La fusillade de Fredericton relance le débat sur les armes de service

Un militaire de Fredericton et ses deux enfants ont allumé des lampions à l’église évangéliste de Fredericton en hommage aux victimes de la fusillade perpétrée vendredi.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Un militaire de Fredericton et ses deux enfants ont allumé des lampions à l’église évangéliste de Fredericton en hommage aux victimes de la fusillade perpétrée vendredi.

La mort par balles de deux policiers et deux civils a semé l’émoi dans la paisible ville de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, et relancé le débat sur l’arsenal des forces de l’ordre face à des tireurs toujours plus lourdement armés.

Cette éruption soudaine de violence a provoqué une onde de choc dans la capitale de cette province de l’Atlantique, vendredi. La voix nouée par l’émotion, des témoins ont raconté avoir vu en matinée des coups de feu émaner de la fenêtre d’un appartement, puis avoir découvert trois corps inanimés — dont ceux de deux policiers — dans un stationnement voisin.

Une résidente traumatisée a affirmé à Radio-Canada que des balles ont fait éclater la fenêtre de son salon et ont abouti près du lit de son fils.

« C’est le pire moment pour un chef de police d’avoir à annoncer une telle nouvelle », a laissé tomber Leanne Fitch, chef de la police municipale de Fredericton, lors d’un point de presse en fin d’après-midi.

Les policiers Lawrence Robert Costello, un père de quatre enfants âgé de 45 ans, et Sara May Burns, 43 ans et mère de trois enfants, ont perdu la vie. Deux citoyens, un homme et une femme dont l’identité n’a pas été révélée, ont aussi été tués. D’autres résidents auraient été blessés, selon des témoignages de médias locaux non confirmés par les autorités.

Le tireur, un homme de 48 ans, a été gravement blessé lorsque des policiers sont entrés dans l’appartement où il se terrait. Il se trouve à l’hôpital de Fredericton. Au moment où ces lignes étaient écrites, les circonstances de la tuerie restaient nébuleuses. L’enquête a été confiée à la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Des armes plus lourdes

Cette tuerie, perpétrée quatre ans après la mort par balles de trois agents de la GRC à Moncton, relance la question de la sécurité des policiers. La GRC a amélioré la formation de ses policiers et les a équipés d’armes plus lourdes dans la foulée de la fusillade de Moncton.

Des corps policiers du Québec, dont ceux de Laval, Longueuil et Châteauguay, ont commencé à s’équiper d’armes longues et de fusils d’assaut. La Sûreté du Québec a acquis des carabines des Forces armées canadiennes. Le but : permettre aux policiers de riposter à des tireurs équipés d’armes de plus en plus lourdes, comme l’ont démontré les attentats de Paris et des fusillades aux États-Unis.

L’École nationale de police a mis sur pied de nouvelles formations pour préparer les policiers au maniement d’armes dites « de support ». Des cours de maniement d’armes de calibre .223 (5,56 x 45 mm) et .12 sont offerts à la demande des corps policiers.

Un comité du ministère de la Sécurité publique formé des principaux corps de police, de l’École nationale de police et d’autres organismes et experts a tranché en 2016 en faveur de l’utilisation volontaire des armes longues.

« Muni d’une arme de support, le policier patrouilleur premier intervenant peut plus efficacement contenir ou neutraliser une menace lors d’une intervention spontanée à risque », indique Pierre St-Antoine, directeur des affaires institutionnelles et des communications à l’École de police du Québec.

« L’intervention est par le fait même plus sécuritaire pour le policier, mais aussi pour les citoyens qui peuvent y être exposés. […] C’est à chaque corps de police du Québec de prendre la décision du déploiement de l’arme longue auprès des patrouilleurs. »

Une efficacité à démontrer

Jean Sauvageau, professeur de criminologie à l’Université St-Thomas de Fredericton, estime que l’efficacité des armes d’assaut pour les policiers n’a pas été démontrée scientifiquement. « Ce n’est pas facile à évaluer. La communauté scientifique a besoin d’en savoir plus », dit-il.

Il estime que la plus grande prudence devrait guider les corps policiers et les élus. Mais la police a tendance à agir en catimini, et les élus semblent approuver les demandes de la police sans poser de questions, déplore-t-il.

Par exemple, la Ville de Fredericton a donné le feu vert à deux projets controversés de sa police municipale sans réel débat, selon le professeur Sauvageau : les policiers ont désormais à leur disposition six caméras qu’ils peuvent porter lors d’opérations. Et la Ville a acheté un véhicule blindé de 350 000 $ à l’efficacité contestée.

« Malgré ça, on a aujourd’hui deux citoyens et deux policiers qui sont décédés. Quel est le rôle joué par vos caméras et votre véhicule blindé ? » demande Jean Sauvageau.

Autres décisions prises sans réelle transparence, selon lui, les gardiens des palais de justice et les patrouilleurs d’autoroute sont désormais armés au Nouveau-Brunswick. « J’ai eu accès aux rapports d’évaluation et je cherche encore les justifications [pour ces armes] », dit le professeur de criminologie.

« Le ministre a été pris complètement par surprise. Cette façon de faire n’est pas démocratique. Il est possible que ces gens-là aient besoin d’être armés, mais ils s’y sont pris de la mauvaise façon. »

Avec La Presse canadienne