Les adieux à Paul Gérin-Lajoie

Parmi les personnes présentes aux funérailles, la ministre fédérale Mélanie Joly et l’écrivain Dany Laferrière. Ce dernier a comparé Paul Gérin-Lajoie à un grand classique de la littérature.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Parmi les personnes présentes aux funérailles, la ministre fédérale Mélanie Joly et l’écrivain Dany Laferrière. Ce dernier a comparé Paul Gérin-Lajoie à un grand classique de la littérature.

Le Québec a dit adieu à un « géant », un des « pères fondateurs du Québec moderne », qui a laissé sa marque sur trois générations jusqu’en Afrique et en Haïti.

Les funérailles nationales de Paul Gérin-Lajoie, célébrées jeudi par l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, ont donné lieu à un déferlement d’hommages de personnalités du Québec et d’ailleurs.

« Paul Gérin-Lajoie, tu peux reposer en paix. En tant que citoyen mondial, tu as rempli pleinement ton devoir », a résumé Mamadou Ndoye, ex-ministre de l’Éducation du Sénégal. Il considérait l’illustre défunt comme son « père spirituel ».

La « famille » de Paul Gérin-Lajoie s’étendait bien au-delà des frontières du Québec grâce à la fondation qu’il a créée pour éduquer les plus vulnérables partout dans le monde, a souligné M. Ndoye. Il a aussi imprimé sa marque en coopération internationale, à la tête de l’Agence canadienne de développement international (ACDI).

Des hommages sont venus de son fils François, de ses petits-enfants, du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ainsi que des ministres Sébastien Proulx (Éducation) et Hélène David (Enseignement supérieur). L’écrivain Dany Laferrière, membre de l’Académie française et ami de la famille Gérin-Lajoie, a comparé « PGL » à un grand classique de la littérature.

La premier ministre Justin Trudeau, la gouverneure générale Julie Payette, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, ainsi que de nombreux ministres, députés de tous les partis et dignitaires ont aussi assisté aux funérailles, à la basilique-cathédrale Marie-Reine-du-Monde, au centre-ville.

Premier ministre de l’Éducation du Québec, créateur de la Dictée P.G.L., qui a inspiré des milliers d’élèves, infatigable mandarin de l’État et éternel pédagogue, Paul Gérin-Lajoie est mort le 25 juin à l’âge de 98 ans.

Une oeuvre permanente

L’ensemble de l’oeuvre de PGL a laissé une « marque permanente » sur le Québec, a souligné Philippe Couillard. La doctrine Gérin-Lajoie demeure le fer de lance de l’affirmation du Québec sur la scène internationale, a rappelé le premier ministre. « Il a ouvert au Québec les portes de la modernité, à nous de les ouvrir encore plus grandes », a déclaré M. Couillard.

Son fils aîné, François Gérin-Lajoie, a rappelé « l’insatiable besoin d’inspirer pour convaincre » qui animait son père. Il écrivait ses discours et ses textes la nuit, entre 23 h et 4 h du matin. En huit années à la tête de l’ACDI, il a fait 25 fois le tour de la planète. « Les fonctionnaires disaient : “Doux Seigneur, délivrez-nous des idées de PGL !” », a raconté son fils.

Il a raconté que son père avait l’habitude de traîner un bout de papier, dans la poche gauche de veston, où était écrite une des pensées ayant guidé sa vie : « If you can dream it, you can do it. » Ce n’est pas un hasard si un des derniers messages de son père était un appel à l’action : « Rêvons ensemble à un monde meilleur, notre planète en a bien besoin. »

Un héritage à défendre

François Gérin-Lajoie a aussi rappelé les paroles de John Parisella, proche collaborateur de Robert Bourassa et expert de la politique américaine, qui disait de PGL : « Il a été le meilleur premier ministre qu’on n’a jamais eu. »

Julie Robert, petite-fille du défunt, a témoigné que son grand-père était tellement inspirant qu’il a convaincu à 17 ans le jury de lui attribuer la bourse Rhodes pour aller étudier à l’Université d’Oxford, en Angleterre, même s’il ne parlait pas l’anglais.

Les ministres Sébastien Proulx et Hélène David ont fait valoir, eux, leur détermination à défendre l’héritage de PGL en matière d’éducation. Il a mené à la création de tout le système scolaire public, y compris les cégeps et le réseau de l’Université du Québec, à une époque où la moitié des adultes québécois n’avaient qu’une sixième année.

En citant saint Paul, Mgr Lépine a dit qu’il faut « voir les dons que l’on a reçus comme un appel à servir » la communauté. Paul Gérin-Lajoie a servi toute sa vie, avec un « sens de la solidarité internationale ». Sa cause était « l’éducation pour tous, ici comme ailleurs ».

Les funérailles ont pris fin sur l’air d’Un Canadien errant, composé en 1842 par l’arrière-grand-père de PGL, le journaliste et avocat Antoine Gérin-Lajoie. Gregory Charles et son choeur, avec les solistes Johanne Blouin et Yves Duteil, ont chanté tout au long de la cérémonie. Le cercueil noir, garni d’un bouquet de fleurs blanches, a été porté au son puissant de l’orgue d’Hélène Dugal.

Ils ont dit

Jean-François Lisée, chef du Parti québécois
«C'est un homme qui voulait construire, qui voulait sortir du cadre, qui voulait sortir de la norme. Et c'est ça qu'il nous dit finalement. Ne vous contentez pas de ce qui existe, pensez à ce qui devrait exister, faites-le!»

François Legault, chef de la Coalition avenir Québec
«C’est lui qui a fait de l’éducation une des grandes priorités. Si on veut le respecter et lui rendre hommage, il faut s’assurer que lors des prochaines années ça devienne la priorité, pas une des priorités.

Il était aussi un nationaliste qui a développé la doctrine Gérin-Lajoie, qui permet dans des champs de compétence du Québec, quand on va à l’international, de parler en notre nom. Pas de permission à demander à Ottawa.»

Gabriel Nadeau-Dubois, coporte-parole de Québec solidaire
«C’est un homme qui a fait au peuple du Québec le plus beau des cadeaux: celui d’une éducation publique gratuite, laïque, humaniste. Autrement dit, c’est le cadeau de la liberté.»

Valérie Plante, mairesse de Montréal
«Ce grand homme a contribué à créer le Québec moderne. Il a laissé sa marque en éducation. C'est un des faits les plus forts de sa carrière. Je suis très heureuse d'être ici de la part de tous les Montréalais et Montréalaises et de pouvoir souligner la mémoire de M. Gérin-Lajoie.»

Denis Coderre, ex-maire de Montréal
«C’est une source d’inspiration exceptionnelle. Il a préparé une génération à devenir les meilleurs. Il était humble, mais il était ambitieux, pertinent et percutant.»

Justin Trudeau, premier ministre du Canada
«C’est un homme qui a profondément marqué l’histoire du Québec moderne. Il avait la vision d’un Québec éduqué où les gens avaient un rayonnement partout dans le monde. C'est un moment pour s’en souvenir et célébrer tout ce qu'il a fait.»

Julie Payette, gouverneure générale du Canada
«Il était un passionné d’éducation, d’aide internationale, passionné tout court. Il a suscité des changements profonds dans notre société. Il a oeuvré toute sa vie pour le bien commun.» 
4 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 10 août 2018 00 h 33

    Merci

    Tout simplement merci, merci Paul Gérin-Lajoie.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 10 août 2018 07 h 42

    Les commentaires des hommes "politiciens"

    Ces commentaires étaient inutiles et sentaient la propagande électorale. Il aurait fallu se limiter aux commentaires de la famille, des amis mais pas des politiciens. Un Canadien errant était bien approprié et bien chanté par Grégory Charles. Sincères condoléances à ses quatre enfants que lui et sa femme ont "choisi" pour former une belle famille.

    • Nadia Alexan - Abonnée 10 août 2018 11 h 24

      L'hypocrisie de nos politiciens qui coupent les fonds nécessaires dans l'éducation est palpable. Ils versent de l'arme de crocodiles, car, au lieu d'offrir une éducation de qualité gratuite pour tous, ils encouragent la privatisation de l'éducation pour les biens nantis au détriment de l'éducation publique. Au lieu de s'inspirer de l'idéal de Paul Gérin-Lajoie pour une éducation publique pour tous, ils envisagent une éducation à deux vitesses, une pour les riches et l'autre pour les pauvres. Quelle honte.

  • Jason CARON-MICHAUD - Abonné 11 août 2018 20 h 19

    Une dette humaniste et le juste plaisir de la rembourser...

    M. GÉRIN-LAJOIE,

    Nous, peuple doux,
    à l'unique Révolution tranquille,
    vous nous avez légué,
    l'un des plus beaux cadeaux de notre humanité,
    celui de pouvoir être mieux éduqués!

    Sachez, que sans vous,
    les portes de la physique,
    des mathématiques et de la philo,
    faute d'adéquats moyens financiers,
    elles m'auraient été fermées.

    Au nom de mon Astrée,
    je vous en sais gré!

    Par vous, de nature et de culture,
    me voilà maintenant l'héritier!
    Et sur ma fille, ses proches et les générations futures,
    ma dette, je compte bien rembourser!