La riposte d’une Parisienne à des commentaires désobligeants devient virale

Marie Laguerre (à gauche) a publié la vidéo de son agression sur compte Facebook. 
Photo: YouTube Marie Laguerre (à gauche) a publié la vidéo de son agression sur compte Facebook. 

La vidéo devenue virale d’une jeune femme se faisant agresser à Paris a donné des armes à un projet de loi présenté par le gouvernement Macron pour pénaliser le harcèlement de rue.

« L’enjeu est grave : c’est celui de la liberté des femmes de circuler librement dans l’espace public », a commenté la secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, en entrevue avec le quotidien Le Parisien dimanche. Elle défend depuis février un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, qui vise notamment à punir le harcèlement de rue, qui sera passible d’une amende d’au minimum 90 euros (140 $).

La semaine dernière, une Française de 22 ans, Marie Laguerre, a publié la vidéo de son agression dans une rue de Paris sur les réseaux sociaux. On y voit un homme lancer un cendrier dans sa direction, puis la frapper au visage devant une dizaine de témoins.

Dans sa publication, la jeune femme raconte avoir « lâché un « ta gueule » » à l’inconnu qui venait de lui adresser des « bruits/commentaires/sifflements/coups de langue sales, de manière humiliante et provocante », alors qu’elle marchait simplement dans une rue de la capitale, en pleine journée.

« Je ne tolère pas ce genre de comportement. Je ne peux pas me taire et nous ne devons plus nous taire. […] En espérant que ça fasse bouger les choses pour toutes les femmes qui subissent du harcèlement et des violences sexistes au quotidien », écrit sur Facebook Marie Laguerre, affirmant avoir porté plainte.

 

 

« Résistance »

Sa vidéo a été partagée près de 8000 fois en moins d’une semaine et fait beaucoup parler d’elle, même de ce côté-ci de l’océan. Moins important au Québec qu’en France, le harcèlement de rue y est tout de même bien présent.

« J’en ai entendu régulièrement, des femmes se plaindre d’avoir reçu des commentaires déplacés qui se voulaient, soi-disant, des compliments. Pas plus loin qu’au coin de l’UQAM, des femmes se font interpeller par les travailleurs sur les chantiers de construction depuis le début de l’été », indique Rachel Chagnon, directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Elle fait remarquer que « se faire apostropher de la sorte dans la rue quand on est une femme » n’est considéré comme un problème que depuis peu. « Avant, c’était banalisé comme geste, c’était ordinaire que ça arrive et on vivait avec, même si je ne connais aucune femme qui aime vraiment ça, se faire siffler et dire des obscénités », confie l’avocate de formation.

Mais encouragées par des mouvements tels que #AgressionNonDénoncée et #MoiAussi, qui se propagent surtout sur les réseaux sociaux, les femmes n’hésitent plus à dénoncer leurs agresseurs ces dernières années.

« Les plus jeunes femmes sont élevées dans cette croyance que les femmes et les hommes sont égaux, ou du moins qu’ils vont l’être un jour, alors elles sont beaucoup moins tolérantes à l’égard de ce type de comportements », note également Mme Chagnon.

De son côté, la chargée de cours en sociologie à l’UQAM Sandrine Ricci s’est dite surprise en découvrant la vidéo, puisqu’il est plutôt rare de voir une femme répondre à son agresseur et « ne pas accepter la violence comme une fatalité ».

« J’ai hésité à regarder parce que c’est une scène de violence. Mais en même temps, c’est une scène de résistance », souligne-t-elle.

À son avis, la publication de Marie Laguerre envoie un message encourageant auprès de la population, d’autant plus que les témoins n’ont pas adopté une attitude passive devant l’agression. Sur l’enregistrement, on voit en effet certains clients du bar se lever pour parler à l’inconnu et l’empêcher de s’approcher de sa victime.

« On a plutôt l’habitude de voir sur les réseaux sociaux des scènes d’agressions où les témoins n’osent pas agir et défendre la personne en danger. Il y a comme un vent de changement », poursuit la professeure Ricci.

Pénaliser, la solution ?

Mme Chagnon doute toutefois qu’une approche essentiellement punitive, comme celle proposée par le projet de loi en France, soit véritablement efficace.

« Qu’on fasse des campagnes de sensibilisation pour conscientiser les hommes sur la façon dont ils se comportent avec les femmes, je suis à 150 % pour ça. Mais seulement les punir, ça me préoccupe », confie-t-elle. Beaucoup d’hommes ne comprennent même pas pourquoi leurs paroles ou leurs gestes peuvent être considérés comme déplacés, alors comment pourraient-ils comprendre la raison de leur amende et s’empêcher de recommencer ?

Elle craint aussi qu’un profilage social, voire racial, soit appliqué par les forces de l’ordre françaises. Plusieurs études ont démontré que les Françaises, lorsqu’elles osent se plaindre de comportements inappropriés en pleine rue, vont surtout le faire lorsque leur agresseur est un homme de couleur. « Ça semble plus facile de se plaindre d’eux que d’un homme blanc, si on en croit les études. C’est problématique, car ce ne sont clairement pas les seuls concernés », regrette Mme Chagnon.

1 commentaire
  • Tristan Roy - Abonné 1 août 2018 07 h 05

    Très bien capables de comprendre

    Les hommes sont très bien capables de comprendre. Il suffit de leur proposer d'imaginer que c'est leur mère qui se fait sifler, insulter et agresser. Quel serait alors être leur réaction? Ce devra être la même pour toutes les femmes.