Fusillade à Toronto, entre questions et recueillement

Des centaines de personnes se sont réunies mercredi soir pour une marche visant à se réapproprier le quartier où a eu lieu l’attaque armée.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Des centaines de personnes se sont réunies mercredi soir pour une marche visant à se réapproprier le quartier où a eu lieu l’attaque armée.

D’où provenait l’arme à feu qui a permis à Faisal Hussain de tuer deux personnes et d’en blesser treize autres, dimanche soir, en pleine rue à Toronto ? La police n’était pas prête, mercredi, à divulguer cette information, qui en intéressait plusieurs.

Selon CBC qui cite une source policière non identifiée, l’arme utilisée par le tireur proviendrait des États-Unis, et il l’aurait obtenue par l’entremise de son frère aîné. Toujours selon CBC, l’homme serait connu des policiers pour ses liens avec un gang de rue. CBC précise que le frère de M. Hussain serait actuellement dans le coma. Les autorités américaines collaboreraient pour obtenir plus de détails sur l’arme.

« Comment et où M. Hussain a obtenu une arme à feu fait partie des éléments faisant présentement l’objet d’une enquête, a déclaré au Devoir Meaghan Gray, du service de police de Toronto. Pour l’instant, nous ne sommes pas en mesure de révéler cette information. »

Faisal Hussain, 29 ans, a ouvert le feu au hasard, dimanche soir, sur l’avenue Danforth dans le quartier considéré comme paisible de Greektown. Reese Fallon, 18 ans, et Julianna Kozis, 10 ans, ont été tuées. Treize autres personnes ont été blessées et cinq d’entre elles étaient toujours à l’hôpital mercredi.

Le tireur a été retrouvé mort après la fusillade. CBC a rapporté mercredi que M. Hussain s’était suicidé. La police de Toronto a déclaré qu’elle ne commentait pas les informations provenant de sources anonymes. L’Unité des enquêtes spéciales est responsable de faire la lumière sur la mort de M. Hussain.

Les parents du tireur ont affirmé que leur enfant avait souffert toute sa vie de psychose et de dépression. Ni les médicaments ni les thérapies n’avaient pu l’aider à surmonter sa maladie mentale, ont-ils précisé.

Depuis le tragique événement, le maire de Toronto, John Tory, se questionne sur le nombre d’armes qui circulent dans sa ville. « Pourquoi quelqu’un dans cette ville a-t-il besoin d’un pistolet ? » a-t-il demandé, lundi matin, au conseil municipal. Il a renchéri le lendemain, affirmant qu’« il y a un problème d’armes. Trop d’armes se retrouvent dans trop de mains et sont utilisées pour commettre des actes terribles ».

Selon le service de police de Toronto, de moins en moins d’armes à feu au Canada proviennent des États-Unis. Avant 2012, quelque 75 % des armes à feu étaient importées du voisin du Sud. En 2017, près de la moitié provenait du pays. Aussi, de plus en plus d’armes à feu achetées légalement au Canada sont ensuite revendues, se retrouvant dans les mains de criminels.

« Chaque fois que vous avez un marché légal pour que les civils possèdent des armes à feu dissimulables […] il y a toujours une possibilité que ces types d’armes à feu achetées légalement tombent entre les mains de personnes qui veulent les utiliser pour commettre un carnage », a affirmé à La Presse canadienne Jooyoung Lee, professeur à l’Université de Toronto spécialiste dans l’examen de la violence armée.

La Ville Reine connaît une hausse des fusillades sur son territoire : 220 ont été compilées depuis le début de l’année. Elles avaient fait 27 morts en date du 9 juillet.

Il y a deux semaines, le maire Tory et le chef de police Mark Saunders avaient annoncé un plan pour contrer la violence qui frappe la ville, prévoyant d’affecter 200 policiers supplémentaires dans les rues, la nuit, pendant l’été.

Le groupe EI revendique l’attaque

Mercredi matin, le groupe armé État islamique a affirmé, via l’agence de nouvelles Amaq, que M. Hussain était « un soldat de l’État islamique ». Il aurait commis l’attaque en réponse à un appel pour cibler les citoyens des pays membres de la coalition menée par les États-Unis pour l’éradiquer.

Cette thèse n’a pas été confirmée par la police de Toronto. « À cette étape, il n’y a aucune preuve pour soutenir ces revendications, a déclaré le chef Saunders. Les informations exactes au sujet de l’enquête seront seulement diffusées par le service de police de Toronto. »

Mardi, le ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, avait affirmé qu’il n’y avait pas de lien entre le tireur et la sécurité nationale.

M. Saunders a affirmé que toutes les pistes seront poursuivies pour mener l’enquête. Des entretiens avec des proches de M. Hussain seront effectués, son activité en ligne sera évaluée et ses expériences par rapport à sa santé mentale, considérées. Son appartement a été fouillé. Le service de police dit recevoir de l’aide de partenaires « à tous les niveaux ».

Recueillement

L’activité commerciale a tranquillement repris sur l’avenue Danforth. Une marche et une cérémonie aux chandelles en mémoire des victimes ont rassemblé des centaines de personnes mercredi soir. Howard Lichtman, le porte-parole de la Danforth Business Improvement Association, coorganisatrice de l’événement, a dit espérer que la marche donne l’occasion à la communauté de se réapproprier le quartier après l’attaque. « Cette marche est pour ceux qui ont été tués et blessés sans raison, et c’est aussi en remerciement pour les premiers répondants », a-t-il affirmé à La Presse canadienne. Le maire John Tory et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, étaient présents à la cérémonie.