Les haltes-garderies ne sont pas la solution

La halte-garderie est accessible pour toute personne suivant des cours en francisation. Mais elle ne s’adresse pas à quelqu’un qui veut y laisser ses enfants pour toute la journée pour aller travailler.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La halte-garderie est accessible pour toute personne suivant des cours en francisation. Mais elle ne s’adresse pas à quelqu’un qui veut y laisser ses enfants pour toute la journée pour aller travailler.

Les haltes-garderies communautaires ne sont pas la solution pour les demandeurs d’asile qui n’ont pas accès aux garderies subventionnées, comme l’a laissé entendre le ministre de la Famille, Luc Fortin. Car ces services de garde gérés par les organismes d’aide aux immigrants ne s’adressent qu’aux parents qui veulent faire garder brièvement leurs enfants le temps d’un rendez-vous médical ou de faire quelques courses. « C’est vraiment pour du répit de quelques heures », explique Marion Hély, directrice adjointe de l’Association des haltes-garderies communautaires.

La halte-garderie est également accessible pour toute personne suivant des cours en francisation. Mais elle ne s’adresse pas à quelqu’un qui veut y laisser ses enfants pour toute la journée pour aller travailler. « Le gouvernement nous a refusé la subvention si c’était pour s’occuper d’enfants dont les parents travaillent ou étudient » à temps plein, a-t-elle ajouté.

Pour Anait Aleksanian, directrice générale du Centre d’appui des communautés immigrantes (CACI), c’est là le « paradoxe ». « On peut garder l’enfant pendant que la maman est à la recherche d’un emploi, mais une fois l’emploi trouvé, qu’est-ce qu’on fait ? On ne peut pas », fait-elle remarquer. « Malheureusement, il n’y a aucune solution. Si c’est un couple, on essaie de voir si le mari peut garder l’enfant pendant que la femme travaille ou l’inverse. Sinon, on regarde si un membre de la famille ou une connaissance peut s’en occuper. »

Certains des quelque 300 services de halte-garderie à travers la province sont gratuits, en échange d’une implication bénévole, par exemple. D’autres coûtent entre 3 et 5 $ pour une demi-journée. Pour Mme Hély, plusieurs haltes-garderies doivent même puiser dans leur budget de fonctionnement parce que la subvention du ministère de la Famille n’est pas suffisante.

Et les besoins auraient augmenté ces dernières années, surtout avec la vague récente de demandeurs d’asile. « Avant, nos matins étaient pleins, mais on avait de la place en après-midi, explique Mme Aleksanian. Maintenant, on n’a plus de place et on dirige les demandeurs d’asile vers d’autres organismes qu’on paye pour qu’ils prennent leurs enfants. »

Erreur administrative

Jeudi, La Presse révélait qu’une erreur administrative avait amené le ministère de la Famille à accepter que les centres de la petite enfance accueillent des enfants de demandeurs d’asile. Or, en avril dernier, le ministre Fortin aurait clarifié que seules les personnes ayant le statut de réfugié pouvaient accéder aux places subventionnées et non celles qui sont en attente d’une réponse de leur demande d’asile. Après la publication de l’article jeudi, il a précisé sur Twitter que les enfants ayant été admis avant que l’erreur soit corrigée ne seront toutefois pas expulsés et a invité les autres à se tourner vers les haltes-garderies communautaires.

Au cabinet du ministre de la Famille, les services liés aux demandeurs d’asile « dépassent les compétences du ministre de la Famille », et la balle est dans le camp d’Ottawa. « Il y a une panoplie de services qui doivent être mis en place pour les demandeurs d’asile, et les CPE sont seulement une partie de ça. Il revient au gouvernement fédéral de traiter les demandes plus rapidement », a déclaré Karl Filion, attaché de presse du ministre.