Météo: la canicule accable et tue

Seuls deux petits ventilateurs donnent un peu d’air à Céline Sedillot, résidente au Centre d’hébergement Jean-De La Lande, sur le Plateau-Mont-Royal.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Seuls deux petits ventilateurs donnent un peu d’air à Céline Sedillot, résidente au Centre d’hébergement Jean-De La Lande, sur le Plateau-Mont-Royal.

Six personnes sont décédées de causes liées à la chaleur à Montréal. Au troisième jour d’une période où le mercure dépassait les 30 °C, combiné à un taux d’humidité inhabituel, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé mardi que la Ville passait au niveau « intervention » de son plan d’action en cas de chaleur extrême.

« Avec les changements climatiques, ces épisodes [de chaleur accablante] seront plus fréquents, a indiqué la directrice de santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin. Ce sont aussi des enjeux sociaux. »

La Dre Drouin a du même souffle soulevé l’importance de la lutte contre les îlots de chaleur.

Les personnes âgées, souffrant de maladies chroniques ou de troubles de santé mentale sont particulièrement vulnérables aux effets de la chaleur.

« On demande aux gens de s’hydrater et de visiter les endroits climatisés », a rappelé la mairesse, citant entre autres les bibliothèques publiques. Elle a aussi invité les Montréalais à se montrer solidaires envers les plus vulnérables et à ne pas hésiter à leur rendre visite pour s’assurer de leur bien-être.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a salué les mesures de prévention prises par la Ville de Montréal et le CIUSSS du Centre-Sud. « C’est la chose à faire », a dit le ministre.

Des résidents de CHSLD et des employés du réseau de la santé ont témoigné de conditions difficiles dans certains établissements. Le thermostat oscillait entre 29,5 °C et 31 °C quand Le Devoir a visité, mardi en après-midi, la chambre de Céline Sedillot, résidente au Centre d’hébergement Jean-De La Lande, sur le Plateau-Mont-Royal.

L’atmosphère était étouffante dans sa « trop petite » chambre sans climatisation située au 14e étage. Son moral est bon, mais elle a chaud. Seuls deux petits ventilateurs lui donnent un peu d’air. Elle garde à portée de main une débarbouillette humide pour se rafraîchir un peu. « On endure », dit-elle. Mais la chaleur empêche la femme de 88 ans de bien dormir.

Dans l’entrée de l’établissement, des affiches rappellent les consignes de base pour diminuer les effets de la chaleur, mais autrement, Mme Sedillot affirme qu’il n’y a pas eu de « mesures particulières » pour affronter la température.

Des aires communes climatisées où les résidents peuvent aller se rafraîchir sont accessibles sur tous les étages des centres d’hébergement, a indiqué Justin Meloche, porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Plus tôt dans la journée, un reportage de Radio-Canada avait en outre signalé que l’installation de la climatisation dans les chambres de certains résidents du centre d’hébergement Paul-Émile-Léger, aussi sur le territoire de ce CIUSSS, n’avait toujours pas été effectuée.

Sa p.-d.g., Sonia Bélanger, a déploré la situation et confirmé qu’elle serait réglée mardi. La vétusté de plusieurs bâtiments du réseau complique leur climatisation, a-t-elle affirmé en point de presse. « On doit composer avec nos infrastructures. »

Ailleurs au Québec

Ailleurs dans le réseau de la santé, des employés constataient les conditions parfois pénibles dans certains hôpitaux et CHSLD. Un infirmier de la Rive-Sud de Québec a par exemple raconté que ce week-end, au CHSLD où il travaillait, la température atteignait 30 degrés avec un fort taux d’humidité. « Et ça, c’est au poste de garde, relate-t-il. Dans les chambres, c’était 35 ou 36 degrés. »

Certains résidents ont des climatiseurs portatifs, mais pas tous. Il n’est pas facile d’hydrater tous les résidents correctement : « Certains souffrent de démence et refusent de boire, par exemple », explique cet infirmier, qui souhaite rester anonyme. Une de ses collègues a même dû rester pour faire des heures supplémentaires obligatoires, en l’occurrence seize heures consécutives, dans ces conditions.

Les mesures d’urgences enclenchées dans plusieurs régions

Plusieurs régions du Québec ont dressé un bilan des mesures de sensibilisation et d’atténuation des effets de la chaleur mises en place, ainsi que des interventions déployées.

Montréal. 150 employés des services d’urgence montréalais iront visiter les communautés les plus vulnérables. Quelque 1300 visites à domicile ont déjà été faites lundi — seulement une d’entre elles a mené à une intervention des services de santé. Elles passeront à 5000 aujourd’hui et se poursuivront dans les prochains jours.

Urgences-santé a dénombré 640 transports ambulanciers sur son territoire lundi, une hausse par rapport à la moyenne de 540 par jour.

17 000 litres d’eau ont été distribués aux organismes d’aide aux personnes itinérantes.

19 haltes climatisées sont mises en place par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal pour des personnes considérées comme vulnérables par le réseau de santé.

Laval et Lanaudière. Aucun décès lié à la canicule n’a été rapporté, ni hospitalisation ou augmentation anormale de l’achalandage des urgences.

Dès ce week-end, les employés du CISSS de Laval ont contacté la clientèle vulnérable à domicile pour s’assurer de son bien-être et lui prodiguer des conseils, une opération qui sera répétée cette semaine, indique le responsable des communications, Pierre-Yves Séguin.

La chaleur a tout de même généré un surplus d’environ 30 appels par jour à Info-Santé. La plupart des établissements du réseau de la santé de Laval sont climatisés ou possèdent une aire où il est possible de se rafraîchir, a ajouté M. Séguin.

Montérégie. Neuf patients ont été conduits en ambulance pendant la fin de semaine pour des malaises liés à la chaleur. « Jusqu’à présent, nous ne sommes pas en mesure de lier de décès aux conditions climatiques des derniers jours », a affirmé Chantal Vallée, du CISSS de la Montérégie-Centre.

Estrie. Deux décès font l’objet d’une enquête pour déterminer « s’ils ont un lien avec la chaleur extrême », a indiqué Yan Quirion, porte-parole de la direction des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS de l’Estrie.

Lundi, des records de chaleur ont été enregistrés dans plusieurs régions de la province, à Montréal, en Montérégie, en Outaouais, au Saguenay–Lac-Saint-Jean et dans le Bas-Saint-Laurent. Le mercure devrait grimper jusqu’à 34 °C mercredi et jeudi dans la métropole.

Avec La Presse canadienne

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 4 juillet 2018 09 h 10

    Climatisation excessive et climatisation malsaine

    On ne doit pas nier les bienfaits de la climatisation pour certaines personnes, mais quitte à ne pas faire plaisir à Hydro-Québec, pour qui la climatisation est une manne – elle consomme autant d'énergie que le chauffage en hiver – il serait bon de se méfier des excès de climatisation.

    Certains commerces, les restaurants en particulier, ont la fâcheuse manie de surclimatiser. Or, le choc thermique, ça existe. On estime qu'une baisse brutale de température d'environ 8 °C est suffisante pour provoquer un malaise (ce n'est pas comme en hiver où les vêtements plus épais viennent amortir le choc). Quand il fait 35 °C sur la rue et qu'on entre dans un commerce climatisé à 22 °C, on subit brutalement, surtout si on est habillé au minimum, une baisse de température de 13 °C.

    Un autre effet de la climatisation est la création de zones très humides (saturées) où prolifèrent certains éléments pathogènes. Les rhumes de climatiseur, ça existe aussi, et ça peut dégénérer chez des personnes déjà affectées par des problèmes de santé.

    Les médias aiment bien ce régaler avec cette mesure imaginaire qu'est l'humidex. Il serait pourtant plus simple de parler de température du point de rosée (une mesure réelle, contrairement à l'humidex), cette température à laquelle l'air refroidi devient saturé (humidité à 100 %). Au cours des derniers jours, la température du point de rosée sur Montréal a été aussi élevée que 25 °C. Climatiser une pièce dans ces conditions exige que le climatiseur commence par extraire beaucoup d'eau de l'air ambiant, ce qui consomme beaucoup d'énergie. Il y a plus : dans un local restreint où s'entassent quelques dizaines de personnes, il faut un apport constant d'air extérieur – très humide – et il y a aussi la vapeur d'eau relâchée par la respiration. Conséquences de tout ça : une salle climatisée à 22 °C quand la température du point de rosée est de 25 °C à l'extérieur est ttout probablement une salle très malsaine.