Le père du meurtrier accuse la Couronne d’avoir voulu «démoniser» son fils

Manon Marchand et Raymond Bissonnette, les parents du tueur de la mosquée de Québec, ont brisé le silence jeudi au terme des observations sur la peine.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Manon Marchand et Raymond Bissonnette, les parents du tueur de la mosquée de Québec, ont brisé le silence jeudi au terme des observations sur la peine.

Brisant le silence pour la première fois jeudi, les parents d’Alexandre Bissonnette ont dénoncé la sévérité de la Couronne à l’endroit de leur fils en soulignant l’ampleur de ses problèmes de santé mentale et l’intimidation dont il a été victime dans le passé.

Dans un texte lu devant les médias, le père du meurtrier, Raymond Bissonnette, a d’abord tenu à s’adresser aux victimes. « J’aimerais leur faire part, une fois de plus, en mon nom et au nom de ma famille, de toute notre compassion et notre sympathie. »

« J’ai réalisé à quel point cette communauté se sent isolée et incomprise, a-t-il poursuivi. J’ai réalisé aussi qu’il n’y a absolument rien qui pourrait changer les perceptions à l’égard d’Alexandre et je le comprends très bien. »

À l’exception d’un bref message écrit transmis aux médias en janvier dernier, le couple n’avait fait aucun commentaire depuis la tuerie.

« Alexandre n’est pas un monstre », a dit Raymond Bissonnette alors que sa conjointe pleurait en silence à ses côtés. « Les témoignages des psychiatres sont venus expliquer les causes probables de son geste. Particulièrement l’intimidation subie durant des années à l’école. »

Motivation politique

« J’ai beaucoup de difficulté à comprendre l’attitude de la Couronne d’avoir ignoré les problèmes de santé mentale d’Alexandre », a aussi déclaré le père du tueur. À ses yeux, la Couronne a « banalisé » l’importance de l’intimidation et son impact sur les jeunes.

La Couronne a recommandé la prison à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant 150 ans pour les crimes commis par Alexandre Bissonnette le 29 janvier 2017.

Raymond Bissonnette a en outre déclaré que l’attitude de la Couronne était à son avis « le résultat d’une volonté politique et non juridique ». Il a conclu son message en insistant sur les ravages causés par les problèmes de santé mentale. « Cette terrible maladie n’a pas de couleur, pas de religion, pas de sexe. Il est impossible de prédire à quel moment de notre vie […] elle peut nous frapper. »

Des regrets

Les observations sur la peine s’étaient conclues un peu avant par la plaidoirie de l’avocat de la procureure générale du Québec venu défendre la constitutionnalité des dispositions du Code criminel qui rendent possible un emprisonnement de 150 ans.

Me Jean-François Paré a notamment fait valoir que le juge n’était pas obligé de s’en prévaloir. « Votre pouvoir discrétionnaire, il est total, complet », a-t-il dit. À ses yeux, il appartient au juge dans sa sentence de s’assurer qu’une peine ne soit pas abusive.

Avant de conclure, le juge Huot a demandé à Alexandre Bissonnette de revenir au tribunal le 29 octobre prochain pour entendre sa sentence.

Il lui a ensuite demandé s’il souhaitait déclarer quelque chose. D’une voix hésitante et faible, l’homme de 28 ans a répondu par quelques mots. « Je voudrais réitérer que je regrette atrocement ce que j’ai fait le 29 janvier 2017 », a-t-il dit d’une voix faible et hésitante.

« Je regrette que ma vie ait été la cause de tant de souffrances et de peines pour tant de personnes. J’aimerais peut-être avoir une lueur d’espoir au bout du long tunnel noir dans lequel je me suis perdu le 29 janvier. »