Procès du policier Patrick Ouellet: l’excès de vitesse était «la seule option», dit-il

Le policier de la Sûreté du Québec Patrick Ouellet
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le policier de la Sûreté du Québec Patrick Ouellet

L’excès de vitesse était « la seule option » pour rattraper un homme qui faisait l’objet d’une filature, a dit lundi le policier Patrick Ouellet, de la Sûreté du Québec (SQ), lors de son témoignage. Sa voiture banalisée a heurté de plein fouet un véhicule qui arrivait en sens inverse et qui a fait un virage vers la gauche, tuant un enfant de cinq ans qui se trouvait sur le siège arrière.

Le policier âgé de 29 ans au moment du drame, en février 2014, a témoigné lundi à son procès pour conduite dangereuse ayant causé la mort. Le petit Nicholas Thorne-Belance, 5 ans, qui était assis dans un siège d’appoint à l’arrière du côté droit de la voiture, est mort quelques jours après la violente collision.

La voiture banalisée du policier, une Toyota Camry noire, a roulé jusqu’à 134 km/h dans une zone de 50 km/h avant la collision, a-t-on appris durant le procès, au palais de justice de Longueuil. Patrick Ouellet a expliqué que les conditions étaient « idéales » pour lui permettre de rattraper un collègue qui menait la filature d’un homme soupçonné d’abus de confiance et de corruption.

La chaussée était sèche, la visibilité était bonne et il y avait peu de circulation sur le boulevard Gaétan-Boucher, à Saint-Hubert. Vers 7 h 50, à l’angle de la rue Davis, un véhicule Kia gris arrivant en sens inverse s’est avancé lentement pour faire un virage à gauche. Le policier, qui roulait à haute vitesse à environ 100 mètres de l’intersection, a constaté que la voiture n’aurait jamais le temps de traverser la rue.

« Aussitôt que je l’ai vu, j’ai freiné. Je tiens le volant à deux mains pour éviter la collision. Il est arrivé devant moi directement dans ma voie. L’impact arrive dans ma voie », a témoigné le policier d’un ton calme. Il avait sept ans d’expérience au moment du drame, dont un peu moins d’un an comme agent de filatures.

Exercer son jugement

L’agent Ouellet a appelé le 911 dans les secondes ayant suivi la collision. Il a constaté que l’enfant se trouvait dans un état critique : « Je te confirme que c’est plus compliqué que ça, il y a un enfant qui va être mort en arrière d’après moi », dit-il à la personne qui prend l’appel d’urgence.

Je te confirme que c’est plus compliqué que ça, il y a un enfant qui va être mort en arrière, d'après moi

 

Le policier venait de percuter la voiture d’un père de famille qui conduisait ses enfants à l’école et à la garderie. La poursuite tente de démontrer que le policier a agi d’une manière déraisonnable, qui mettait en péril la sécurité de la population, en roulant à une aussi grande vitesse en pleine heure de pointe du matin.

L’homme qui faisait l’objet de la filature avait un comportement prévisible, et le supérieur de Patrick Ouellet menait déjà la filature, seul, un peu plus loin à l’avant, a souligné la procureure de la Couronne.

L’agent Ouellet a expliqué qu’en pareille situation, les policiers ont l’ordre de rattraper la filature « le plus rapidement possible » pour éviter de faire échouer l’opération.

« La vitesse était la seule option [pour rattraper le suspect]. À 80 km/h, je n’aurais jamais rattrapé le sujet », a expliqué le policier.

« On nous demande de respecter le CSR [Code de la sécurité routière] dans la mesure du possible », mais de telles missions nécessitent généralement des excès de vitesse, a-t-il précisé. Le policier doit constamment exercer son jugement pour éviter de mettre en danger la population, selon lui.

Une politique interne de la SQ prévoit que les agents responsables d’une filature peuvent contrevenir au CSR lors de situations urgentes. Le policier Ouellet a indiqué qu’il n’a jamais pris connaissance de cette politique lors de sa formation. La filature n’était pas « urgente », mais néanmoins « pressante », a-t-il précisé.

Le procès de Patrick Ouellet doit se poursuivre mercredi avec les plaidoiries de la poursuite et de la défense. Le juge devra déterminer si le policier a agi selon les règles de conduite de la profession, s’il a agi de façon dangereuse et si sa conduite a causé la mort de l’enfant.