Tony Accurso nie avoir pris part au système de collusion à Laval

L’ex-entrepreneur en construction Tony Accurso, au palais de justice de Laval
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne L’ex-entrepreneur en construction Tony Accurso, au palais de justice de Laval

Tony Accurso a avoué lundi avoir entendu parler à deux reprises du système de partage de contrats à Laval, mais il jure ne jamais avoir trempé dans des magouilles. L’ex-entrepreneur en construction soutient qu’il était trop occupé à faire grandir son empire pour s’intéresser à la gestion quotidienne de ses firmes.

« Moi, je voulais que mes entreprises soient intouchables […] », a-t-il expliqué aux 12 jurés, non sans un brin de fierté dans la voix. La préparation des soumissions et l’administration de ses entreprises, « ça ne m’intéressait pas », a-t-il assuré, soulignant avoir engagé des présidents pour s’en occuper à sa place.

Vêtu d’un complet bleu et d’une chemise blanche, l’ex-entrepreneur en construction s’est présenté d’un pas décidé à la barre des témoins dans le cadre de son procès pour fraude, corruption d’un fonctionnaire, abus de confiance et complot. Des accusations auxquelles il a plaidé non coupable.

D’entrée de jeu, l’homme de 66 ans a nié avoir participé de quelconque façon au système collusionnaire lavallois.

L’homme d’affaires a également réfuté le témoignage d’un des témoins clés de la Couronne, l’ex-collecteur de fonds du maire Gilles Vaillancourt, Marc Gendron.

« Impossible » qu’il lui ait remis 200 000 $ en argent comptant, a martelé M. Accurso, puisqu’il ne se garait jamais au fond du stationnement, contrairement à ce qu’a affirmé M. Gendron.

L’ancien propriétaire des firmes Louisbourg et Simard-Beaudry a toutefois reconnu avoir entendu parler du système collusionnaire sur le territoire lavallois.

C’est son ami Claude Asselin, à l’époque directeur général de la Ville de Laval, qui lui en a parlé en 1997, lors d’un souper ou d’un dîner. « Il m’a demandé “As-tu entendu parler d’un système de ristourne à Laval ?” J’ai dit “non” », a raconté M. Accurso.

Il a admis avoir été intrigué par la question de son grand ami, si bien qu’il a décidé de questionner ses deux bras droits, Frank Minicucci de Louisbourg et Joe Molluso de Simard-Beaudry.

« Je ne me rappelle pas les mots exacts que j’ai utilisés, mais j’ai demandé s’ils avaient entendu parler d’un système de corruption et de collusion à Laval et ils m’ont dit non », a-t-il mentionné.

Environ cinq ans plus tard, M. Asselin a questionné à nouveau M. Accurso, cette fois sur sa participation à un tel système.

« Je suis retourné voir Frank et Joe et j’ai dit : “C’est quoi l’affaire, y a-t-il un système ou quelque chose dont je dois être au courant ?” Ils m’ont dit “non” », a expliqué M. Accurso.

Alors que le plus gros de son témoignage est ponctué d’anecdotes parfois envoûtantes, M. Accurso a changé de ton lorsqu’il a raconté les aveux de son homme de confiance Joe Molluso, en 2013.

Arrêtés tous les deux par l’UPAC, c’est à ce moment-là que M. Molluso a décidé d’avouer avoir participé au trucage de contrats et payé une ristourne de 2 %. « Je lui ai dit qu’il allait plaider coupable et prendre ses responsabilités », a souligné M. Accurso.

Quant à ses rencontres avec l’ancien maire Vaillancourt, elles n’avaient rien de secrètes, a-t-il insisté à plusieurs reprises. La preuve, selon lui, c’est qu’ils se rencontraient toujours dans des lieux publics.

M. Accurso est le septième témoin de la défense. Celle-ci soutient que l’ex-entrepreneur était trop haut placé pour être impliqué dans la gestion de contrats.

La poursuite, quant à elle, a tenté de démontrer l’implication de M. Accurso dans un système collusionnaire « endémique » sur le territoire lavallois de 1996 à 2010. La Couronne soutient que ce système « bien rodé » a profité à Louisbourg et à Simard-Beaudry, deux entreprises de construction appartenant à M. Accurso, dit la Couronne.

La Couronne a amorcé son contre-interrogatoire en fin de journée lundi et doit le poursuivre mardi.