Libres de manifester… sous haute surveillance

Une première manifestation a réuni entre 500 et 1000 personnes à Québec, jeudi soir.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une première manifestation a réuni entre 500 et 1000 personnes à Québec, jeudi soir.

La première journée de mobilisation dans le cadre du Sommet du G7 a été marquée par une forte présence policière. À Québec, une manifestation s’est déroulée en soirée sans acte de violence. Un peu plus tôt à La Malbaie, où s’ouvrira l’événement vendredi, une arrestation s’est déroulée à la suite d’une fausse alerte.

Entre 500 et 1000 manifestants, membres de dizaines d’organisations communautaires et militantes, se sont rejoints au parc des Braves en fin de journée pour défiler dans les rues de la capitale jusqu’au Centre des congrès, le centre de presse pour les médias qui couvrent le G7. Quelques petits feux d’artifice ont été lancés par les manifestants, mais sans conséquence. Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) indique que deux personnes ont été arrêtées pour possession de substances explosives et qu’aucun méfait sur la propriété n’a été rapporté.

Les organisateurs de la manifestation, le Réseau de résistance anti-G7, avaient appelé à une « marche unitaire et festive contre le G7, contre l’extractivisme et contre les frontières ».

Avant le départ des troupes, Alice-Anne Simard, directrice générale d’Eau Secours, qui agissait à titre de porte-parole pour le regroupement, a toutefois refusé de condamner d’éventuels actes de violence qui se produiraient pendant la manifestation. « La seule violence que l’on dénonce, c’est la violence des politiques néolibérales des pays du G7, et on ne parlera pas de n’importe quelle autre violence. »

Dans les rues, avec la fanfare et les slogans classiques anticapitalistes, l’ambiance était à la fête alors que les manifestants défilaient sous le regard des nombreux curieux sur leurs balcons.

Dans les rangs, on retrouvait quelques personnes cagoulées, mais également quelques familles et autres militants pacifistes. « C’était important pour nous de venir manifester, explique Maxime, accompagné de ses trois enfants. Les enfants sont très conscientisés, ils ont eu congé d’école aujourd’hui, on leur a expliqué pourquoi il fallait manifester. C’est comme une petite fête pour eux. »

Présence policière

Les policiers étaient très nombreux, certains portant des masques à gaz, d’autres étant accompagnés de chiens. Ils ont escorté la manifestation de façon très serrée, pendant que les hélicoptères surveillaient l’activité des airs. « C’est de la provocation, cette répression policière, déplore Marjolaine. Ça fait près de quarante ans que je manifeste, je n’ai jamais vu autant de policiers dans les rues. »

Les manifestants dénonçaient une multitude d’enjeux, du sort des sans-papiers aux paradis fiscaux en passant par l’environnement, les inégalités sociales, les droits des autochtones et des femmes. « C’est l’occasion de mettre en avant nos valeurs et nos luttes anti-impérialistes, anticolonialistes, antiracistes, antipatriarcales et anticapitalistes », écrivaient les organisateurs dans un communiqué.

Une autre journée de « perturbations » est prévue vendredi alors que les militants sont attendus à Beauport dès 7 h du matin. D’autres manifestations sont également prévues samedi devant le parlement.

Fausse alerte à La Malbaie

À La Malbaie, les manifestants se comptaient sur les doigts d’une main, mais une première arrestation a quand même eu lieu jeudi.

Vers 15 h, des agents de la Sûreté du Québec (SQ) ont arrêté un individu qui roulait sur le boulevard de Comporté après avoir relevé des « éléments » suspects dans son véhicule. Une portion du boulevard a alors été bloquée par un périmètre de sécurité pendant près de deux heures et des résidents ont été évacués.

Le suspect circulait dans la zone blanche qui est ouverte à tous et ne se dirigeait pas vers la zone rouge, où se déroule le G7, mais bien au centre-ville. Il a été interpellé après qu’un policier chargé de contrôler les véhicules a cru voir à l’intérieur à l’intérieur de sa voiture « du matériel incendiaire », a expliqué le porte-parole de la SQ Hugues Beaulieu.

Cela s’est finalement révélé une fausse alerte. La voiture contenait un sabre, de la corde en quantité, une génératrice, un poncho et un casque affublé de deux cornes qui semblait en plastique, mais aucun explosif. En fin de journée, jeudi, l’homme n’avait pas encore été relâché et était toujours interrogé par les enquêteurs.

Cette interpellation coïncidait avec l’arrivée du premier ministre Justin Trudeau au Manoir Richelieu. À la veille de l’ouverture du G7, les forces de l’ordre étaient partout sur le territoire et on ne comptait plus les véhicules de la SQ sur le territoire de La Malbaie.

Les contrôles policiers dénoncés

Plus tôt en matinée, des représentants du Conseil des Canadiens et d’ATTAC-Québec avaient vivement dénoncé l’imposant encadrement policier autour de la zone de « libre expression ». « C’est tannant. De la rue à ici, on m’a demandé cinq fois ce que je venais faire ici », s’insurgeait Gianina Mercier-Gouin, une résidente venue participer à leur point de presse.

Pour accéder au site censé être réservé aux manifestations, il fallait passer devant un contrôle policier sur la route. Délimité par une clôture et les gros blocs de béton de la Formule E prêtés par Montréal, le site est de plus surveillé par de nombreux policiers qui contrôlent les allées et venues des voitures et même des piétons. Les voitures doivent par ailleurs aller se stationner à distance du site pour ensuite y accéder à pied.

« Je me suis fait dire : “On ne peut pas se stationner là.” Je dis : “D’accord.” Je traverse la rue à pied. Il y a cinq policiers qui me demandent ce que je viens faire », a poursuivi Mme Mercier-Gouin.

La poignée de représentants du Conseil des Canadiens et d’ATTAC-Québec venus dénoncer le G7 sont d’ailleurs arrivés en retard à leur conférence de presse après avoir éprouvé des difficultés à se garer.

« Venir ici, c’est une expérience un peu intimidante. Il faut traverser des barrages policiers, répondre à toutes sortes de questions », a déploré Claude Vaillancourt d’ATTAC-Québec en qualifiant le lieu « d’enclos de la liberté d’expression ».

La porte-parole du Conseil des Canadiens a quant à elle décrit le lieu comme un « désert ». Son organisme a posé sur la clôture autour du site une affiche demandant la fin des G7. À ses yeux, il s’agit d’un exercice « antidémocratique », puisque seulement une poignée de pays y participent. L’organisme dénonçait en outre la croissance des inégalités dans le monde, les politiques de Justin Trudeau et l’achat de Kinder Morgan.

Tourisme nouveau genre

Tout près de là, trois personnes visitaient le site en touristes. « On est ici dans Charlevoix pour voir de visu et constater un événement international d’ampleur, a dit Denis Cloutier, un avocat de Montréal. Les installations physiques, c’est quand même exceptionnel. »

Dans les jours précédant le G7, certains policiers et militaires en service sur le territoire ont eux aussi pu faire du tourisme. Ainsi, chez Champignons Charlevoix, au fond de la route de Grand-Fonds à une dizaine de kilomètres au nord du centre-ville, la propriétaire, Danielle Ricard, a eu la surprise d’accueillir ses premiers visiteurs armés. « Il y a des militaires qui sont venus visiter la champignonnière comme des clients ordinaires, a-t-elle raconté. C’était la première fois que je voyais des armes à feu dans ma champignonnière ! C’est impressionnant. »

Tout près de là, Le Devoir a d’ailleurs pu constater la présence de membres des forces armées canadiennes et de nombreux hélicoptères à la base de la montagne. Dans le secteur, il n’est pas rare que le bruit des hélicoptères enterre celui des oiseaux, ces jours-ci.

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 juin 2018 15 h 39

    Manifestations...et indifférence !

    Mais où sont les syndicats..? On est loin du temps où ceux-ci étaient la bougie d'allumage des revendications et
    manifestations citoyennes et sociales. Autres temps, autres moeurs ? Ou, c'est encore le symptôme du "confort et de l'indifférence" qui prévaut? Quant au G7...boff! Une visite touristique pour le 1% de ce Monde...payée par le 99% ...des Bouffons que nous sommes...les indifférents.
    Et tous les médias d'applaudir...que voilà une occasion en or de se faire voir. Pendant 3 jours on se fera bassiner
    de : réactions...(sic), arrestations...(sic), points de presse (sic), entrevues (sic) et j'en passe...
    Même le premier ministre Couillard avait le sourire aux lèvres dans son point de pressse de 15:00 sur RDI.
    L'Assemblée nationale étant sous séquestre... pendant que le Cirque tourne.