Charmer en utilisant son pouvoir n’est pas une faute, selon l’avocat de Gilbert Rozon

Patricia Tulasne et Geneviève Allard, membres du groupe Les Courageuses
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Patricia Tulasne et Geneviève Allard, membres du groupe Les Courageuses

Charmer une femme en utilisant son pouvoir fait partie de la nature humaine et ne constitue pas une faute, a plaidé lundi matin l’avocat de l’ancien magnat de l’humour Gilbert Rozon.

« [Les êtres humains] dans un rapport de séduction utilisent leur beauté, leur charme, leur pouvoir, leur réseau, pour montrer qu’ils sont des gens que l’on peut aimer, c’est ça la nature humaine », estime l’avocat du fondateur de Juste pour rire, Me Raymond Doray.

Selon lui, la demande d’autorisation d’action collective du regroupement de victimes alléguées du fondateur de Juste pour rire, Les Courageuses, ne devrait pas être autorisé.

La cause était entendue lundi matin au palais de justice de Montréal devant le juge Donald Bisson. Plusieurs victimes sont présentes à l’audience. M. Rozon quant à lui est absent en raison du décès de sa mère dans les derniers jours.

Événements individuels ou phénomène collectif?

L’avocat de M. Rozon fait valoir que le groupe d’une vingtaine de femmes tente de donner un caractère collectif à un ensemble d’événements qui sont individuels.

La sexualité humaine n'est pas en noir et blanc, elle est en teintes de gris, sans vouloir paraphraser le titre d'un livre bien connu

 

« La sexualité humaine n’est pas en noir et blanc, elle est en teintes de gris, sans vouloir paraphraser le titre d’un livre bien connu », a déclaré Me Doray, faisant référence au roman à succès Cinquante nuances de Grey, qui traite de relations sexuelles sadomasochistes.

Il a insisté sur le fait que certaines des victimes, dont la représentante du groupe, Patricia Tulasne, ont admis ne pas avoir dit non lors du viol allégué.

« Mme Tulasne a dit “j’avais consenti” et [aujourd’hui], il faudrait que la cour accepte, sur la base de la théorie du déni, qu’une personne qui n’était pas mineure, qui avait 34 ans quand c’est arrivé, était dans le déni, mais est allée donner une entrevue à Radio-Canada », a-t-il fait valoir.

Selon lui, Mme Tulasne est l’exemple même du fait que la démarche est basée sur les « perceptions » de chacune des victimes vis-à-vis de M. Rozon, dans un contexte qui leur est propre à chacune.

Si une femme a eu l’impression qu’elle devait accepter des avances de M. Rozon, cela s’est passé « entre les deux oreilles de la supposée victime, ce n’est pas la faute à M. Rozon », a-t-il ajouté. « Ce n’est pas parce qu’une relation sexuelle est torride que c’est une agression », a-t-il ajouté.

Me Doray estime qu’il est impossible de faire un procès juste à M. Rozon sans entendre chacune des prétendues victimes.

Plus tôt en matinée, l’avocat des Courageuses a plaidé qu’au contraire, en traitant chaque cas individuellement, M. Rozon pourrait évoquer la notion du consentement pour justifier ses gestes, mais s’il y a des dizaines de femmes qui témoignent, le juge pourra en arriver à la conclusion que l’homme d’affaires « ne croyait pas au consentement et qu’il avait l’intention de s’imposer ».

Une démarche inédite

Rappelons que Les Courageuses a été créé à la suite des révélations du Devoir et du 98,5 FM à propos d’allégations d’agressions sexuelles de la par t de Gilbert Rozon sur neuf femmes, en octobre 2017. Les Courageuses réclament une somme de plus 10 millions de dollars en dommages.

Cette démarche constitue un cas unique au Québec. C’est la première fois que des femmes s’unissent pour viser une seule et même personne.

Jusqu’à présent, Les Courageuses disent avoir identifié 20 victimes qui ont été agressées ou harcelées sur une période qui s’échelonne sur trois décennies, soit de 1982 à 2016.

Le 8 février dernier, lors de sa première apparition publique suivant les révélations, M. Rozon a nié les gestes qui lui sont reprochés. « Je n’ai jamais fait l’amour à quelqu’un si une personne a dit non, jamais », avait-il lancé à une journaliste de TVA Nouvelles.

M. Rozon avait essuyé un premier échec dans ce litige en mars dernier. L’ex-magnat de l’humour voulait faire supprimer les termes « prédateur sexuel » et « viol » de la requête du groupe. Il arguait notamment que ceux-ci font référence à des actes criminels sur lesquels la chambre civile ne peut se prononcer. Actuellement, aucune accusation n’a été portée contre lui.