Appel aux politiciens et aux médias dans le dossier des demandeurs d’asile

Ces jours-ci, de 175 à 200 demandeurs d’asile franchissent quotidiennement le chemin Roxham, près de Lacolle, de façon irrégulière.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ces jours-ci, de 175 à 200 demandeurs d’asile franchissent quotidiennement le chemin Roxham, près de Lacolle, de façon irrégulière.

Le représentant du Haut commissariat pour les réfugiés au Canada (HCR) s’inquiète des dérapages médiatiques et du « discours populiste » de certains politiciens dans le dossier des demandeurs d’asile. En cette période électorale, il appelle la classe politique à « faire preuve de jugement » et les médias à ne pas « promouvoir certains messages politiques ».

« Le discours populiste haineux anti-réfugiés ou anti-migrants, souvent teinté de discrimination raciale ou religieuse, est extrêmement dangereux », a déclaré Jean-Nicolas Beuze, en entrevue au Devoir.

« On appelle vraiment les politiciens, y compris dans les campagnes électorales, à toujours faire preuve d’un bon jugement. C’est facile de marquer des points en trouvant des boucs émissaires comme les demandeurs d’asile ou les réfugiés. Mais ça a des conséquences à long terme. »

Une question de droit

M. Beuze récuse des idées comme celle du chef du Parti québécois de construire une clôture à la frontière de Lacolle, estimant que cela n’empêchera pas les migrants de tenter de traverser.

« Il faut être réaliste et pratique. Il y a 9000 kilomètres de frontières. Si on fermait Roxham Road, il y aurait d’autres endroits qui deviendraient des points de passage irréguliers, ce qui compliquerait le travail des autorités canadiennes et risquerait de forcer les demandeurs d’asile à traverser à des endroits beaucoup plus dangereux, comme des lacs ou d’autres plans d’eau qui sont en train de dégeler », a-t-il dit.

Il martèle que c’est une question de « droit » protégé par les chartes et conventions : à travers le monde, toute personne, même si elle ne peut pas entrer dans un pays de manière régulière, a le droit de pénétrer dans un territoire pour y trouver refuge si elle estime sa sécurité menacée.

C’est facile de marquer des points en trouvant des boucs émissaires comme les demandeurs d’asile ou les réfugiés

 

« On peut se poser des questions du point de vue éthique et moral, et même légal, lorsqu’il s’agit de fermer toute frontière », a soutenu M. Beuze.

Il s’inquiète aussi de la couverture que feront les médias advenant que le flux soit aussi important que l’an dernier. « J’ai été surpris qu’il n’y ait pas plus de conscience de certains médias des risques qu’ils faisaient prendre aux demandeurs d’asile », a-t-il dit.

« C’est toujours un peu décevant de voir que certains médias s’autorisent à biaiser les reportages et les chiffres, à ne pas raconter la vérité avec l’intention de passer un discours politique plutôt que de faire un travail de journalisme. »

Un flux difficile à prédire

Le représentant canadien du HCR refuse d’appréhender une vague de demandeurs d’asile comme en 2017. Certes, les Haïtiens sont venus en grand nombre en juillet et août derniers parce que leur permis temporaire de séjour allait être révoqué, mais il rappelle que les Honduriens, les Salvadoriens et autres ressortissants dans la même situation ne sont pas venus.

« Il faut aussi remettre les chiffres en perspective. Ce ne sont que 20 000 personnes qui sont arrivées de manière irrégulière l’an dernier, minimise-t-il. C’est en train d’augmenter, mais il est impossible de déterminer si la tendance va se maintenir. »

Dans un entretien accordé au Devoir jeudi, le président du syndicat des douanes et de l’immigration s’inquiétait de la capacité d’accueil du Québec.

Ces jours-ci, de 175 à 200 demandeurs d’asile — surtout d’origine nigériane — franchissent quotidiennement le chemin Roxham, près de Lacolle, de façon irrégulière. À Montréal, le taux d’occupation en centre d’hébergement est maintenant de 74 %.

M. Beuze croit que le Québec et le Canada, qui octroie une subvention de 173 millions, ont la capacité d’accueillir tout le monde. « Les autorités fédérales et provinciales ont appris des hick up de l’an dernier et on est mieux préparés », croit-il.

Rappelons que, pour les demandeurs d’asile haïtiens, le taux d’acceptation est jusqu’ici très faible puisqu’il oscille entre 8 % et 13 %. Toutefois, seulement 14 % de toutes les demandes d’asile déposées l’an dernier ont été étudiées.

18 commentaires
  • Henrietta Picard - Abonnée 28 avril 2018 05 h 04

    La crise des immigrants

    Il est facile d'accuser les Québécois de populisme lorsque nous sommes les SEULS à en faire les frais!
    L'Ontario n'en a encore reçu aucun et se plaint déjà des conséquences s'il devait y avoir partage.
    Pour ce qui est du Canada, on ouvre toute grande les frontiéres par de beaux discours en se degageant de ses responsabilités.

  • André Savary - Abonné 28 avril 2018 07 h 39

    l'art de la désinformation...un pas vers la propagande. de belle valeurs...

    Les politiciens, les médias ont trouvé une mine d'or! Discours anti demandeurs d'asile alimentant la montée du racisme.... On assiste a une monté de la droite raciste, sous couvert de se protéger des musulmans, sauvegarder notre culture et nos valeurs...

    Tant les politiciens et les médias, personne ne semble vraiment intéressé a donner les vrais chiffres. Des chiffres honnêtes... Lorsqu’on lit 20,000, c’est par jour, mois ou année...en proportion c’est combien? ... Les médias rapportent des montants astronomiques...178 millions...sur des budgets de plusieurs milliards, ce montant n’a pas la même signification... On est loin des 4 milliards pour les médecins spécialistes...des fortunes englouties dans une cimenterie...

    On se fait un capital politique, en augmente les revenus dans les médias, on dit ce que le « peuple » veut entendre...
    Existent aussi les chroniqueurs et chroniqueuses...Alimentant par des faussetés, des exagérations nourries par leur propre ignorance et préjugés qui prennent plaisir a publier leurs pamphlets contre les immigrants, surtout ceux et celles voilés...

    Et tout ça sur le dos des plus démunis de la planète... Toute une valeur de société à protéger...
    ..

  • Daniel Ouellette - Abonné 28 avril 2018 07 h 40

    Une vision culpabilisante et empreinte de chantage émotif

    Désolant de lire un topo dont l’angle est essentiellement celui d’un « promoteur» de la migration. À quoi s’attendre de la part du représentant du Commissariat pour les réfugiés au Canada. Cela fait penser aux textes lors des débats sur l’avortement qui ne rapportaient que les « lignes » de l’Évêché. On devrait nous inviter à la réflexion et non à un texte « orienté ».En 2018, devant les crises provoquées par les mouvements migratoire et la de masse d’information disponible, nous avons besoin de nuances, d’analyse qui nous permettent d’avoir une vision tenant compte des divers points de vue.

    On écrit beaucoup sur le « comment recevoir », mais peu sur les solutions pour endiguer et répondre à ce problème qui dégénère depuis une décennie. L’exemple des solutions Australiennes sont intéressantes.Elles offrent d’autres perspectives que la litanie gauchisante et culpabilisante promouvant l’accueil massive de migrants majoritairement économique dans les pays Occidentaux. L’Australie a mis en place l’opération Sovereign Borders (“Frontières souveraines”) dont le programme repose sur plusieurs principes combinés afin de répondre aux milliers de migrants illégaux qui tentaient de rejoindre son territoire.

    Ici, on entend les crieurs de sermons démonisant la pratique australienne pendant que les dirigeants européens et canadiens sont empêtrés dans leurs contradictions, l'Australie récolte les fruits de sa position en la matière. Sa politique en fait une zone fermée aux chantages émotifs comme ceux du Commissariat aux migrants, tout en recevant plus de 200,000 immigrants légaux par les circuits normal de l’immigration. Un autre topo qu’on ne lit pas, concerne la fermeture aux migrants de la part des riches pays arabes.Expliquez-nous pourquoi les Syriens, Égyptiens, Libyens ne migrent pas vers le Qatar, les Émirats ou l’Arabie Saoudites, plutôt que de choisir des pays de mécréants comme les Pays Occidentaux? Les lois sur la migration ne sont plus adaptées au contexte act

  • Gilles Théberge - Abonné 28 avril 2018 08 h 07

    WOW...!

    « M. Beuze récuse des idées comme celle du chef du Parti québécois de construire un mur à la frontière de Lacolle, estimant que cela n’empêchera pas les migrants de tenter de traverser. »

    Avez-vous lu ça? Quant est-ce que JFLisée a émis une telle opinion? Même en étirant à l’extrême sa déclaration, comment un représentant de l’ONU peut-il en arriver à une telle interprétation...?

    À moins qu’il ne se fasse que le « perroquet » de ce journaliste qui à Ottawa cette semaine demandait à Trudeau ce qu’il pensait de l’idée du parti québécois de « construire un mur »

    Monsieur Beuze participe à la désinformation des propos de monsieur Lisée, et ça c’est inacceptable. Il faut exiger qu’il se rétracte, autrement sa déclaration perd toute sa valeur!

  • Caroline Mo - Inscrite 28 avril 2018 08 h 41

    Le moulin québécois

    On n'entre pas dans un pays comme dans un moulin.

    De plus, le Québec fait largement sa part dans ce dossier. Autour du Canada de fournir des efforts (certaines provinces ont accueilli zéro illégaux).

    Ce n'est pas une question de discrimination, de populisme mais de sécurité. Que savons-nous de ces gens qui viennent ici dont ceux qui se perdent dans la nature? Des précautions doivent être prises.