«La Commission, ce n’est pas que la présidence»

Philippe-André Tessier, nouveau président par intérim de la CDPDJ, reconnaît que la communication avec le public est l’un des défis pour que la Commission regagne sa confiance.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Philippe-André Tessier, nouveau président par intérim de la CDPDJ, reconnaît que la communication avec le public est l’un des défis pour que la Commission regagne sa confiance.

Quelques mea culpa et une volonté de tourner la page. C’est en essence le message du nouveau président par intérim de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), Philippe-André Tessier, dans la première entrevue qu’il accorde depuis le départ de Camil Picard.

Ce dernier a démissionné après que La Presse eut révélé la semaine dernière qu’il avait fait l’objet d’une enquête pour agression sexuelle sur un mineur.

Sur ce cas précis, le nouveau président par intérim, qui a intégré l’organisation il y a à peine trois mois comme vice-président, s’est bien gardé de tout commentaire. Ce n’est pas la Commission qui choisit les nominations et elle n’était pas au courant de ce fait. Mais M. Tessier reconnaît toutefois que les crises successives — dont l’enquête pour abus de pouvoir de la présidente Tamara Thermitus, partie en congé — qui ont secoué l’organisation ont « eu un impact ».

« Oui, c’est difficile, on ne peut pas nier que ces situations ont eu un impact, mais c’est pour ça qu’on a des objectifs clairs, des employés mobilisés, des membres à temps partiel [commissaires] qui sont tous là et un président par intérim qui répond aux questions des journalistes », a déclaré M. Tessier, qui a effectué 17 ans de pratique privée en droit du travail.

« La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, ce n’est pas que la présidence », a-t-il répété à maintes reprises.

La CDPDJ a connu quatre présidents en moins de cinq ans et un diagnostic organisationnel la qualifiant de « sclérosée ». « Quatre présidents en moins de cinq ans, est-ce que c’est idéal ou optimal pour une organisation comme la nôtre ? Non », a-t-il poursuivi.

Mais il met en garde contre le fait de trop « focusser sur la personne manquante à la présidence » et rappelle que l’équipe de gestionnaires est complète. Et s’il y a deux postes vacants dans l’organigramme de la présidence, c’est « par choix ». « Il y a des pratiques que nous faisons évoluer à la Commission. On est en processus de changement. »

Il a d’ailleurs qualifié de « bonne nouvelle » l’octroi de 750 000 $ par le ministère de la Justice pour l’ajout de 12 postes, dont des enquêteurs pour réduire les longs délais de traitement des plaintes, ce qui portera à plus de 150 le nombre d’employés de la Commission.

Avant cette annonce, 22 postes étaient vacants. « Je peux vous dire que ce que je vois depuis trois mois, ce sont des gens qui ont du coeur au ventre. »

Des chantiers prioritaires

M. Tessier ne croit pas que son organisation a particulièrement été absente des débats publics ou des médias dans la dernière année.

« Au contraire, on est très présents sur le terrain, on était à la commission Viens, on est très proactifs », a dit le jeune quarantenaire. « Mais il y a des situations qui sont hors de [notre] contrôle. Et d’ajouter une voix de plus sur un sujet très délicat dont la décision ne revient pas à la Commission, je ne sais pas si ce serait utile. »

Cela ne l’empêche pas de reconnaître que la communication avec le public est l’un des défis pour que la Commission regagne sa confiance. « D’avoir un dialogue et d’être ouverts, ça fait partie des choses qu’on va faire », a-t-il assuré, disant vouloir communiquer davantage avec les centrales syndicales, les organisations patronales et les médias.

Ça et faire de l’éducation aux droits — « on ne va pas faire adhérer les Québécois aux valeurs de la charte uniquement par la contrainte » —, et veiller à l’application des programmes d’accès à l’égalité. Élaboré sans objectifs chiffrés, le plan stratégique, qui vient à échéance l’an prochain, sera revu.

L’autre grand chantier demeure la réduction des délais de traitement des plaintes. « Je ne vous cacherai pas qu’il y a un processus de révision interne. »

Un système de dépôt de plaintes en ligne devrait voir le jour. Même si 50 % des dossiers sont réglés en cinq mois, il admet que, pour des questions aussi complexes que le profilage racial ou le racisme systémique, c’est plus long. « Il faut que les gens acceptent qu’il y ait un délai raisonnable. »