Une mise en bouche avant le Sommet

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le président de l’UPA, Marcel Groleau, souligne l’importance de la recherche afin de trouver des alternatives à l’utilisation de pesticides et autres intrants chimiques.
Photo: iStock Le président de l’UPA, Marcel Groleau, souligne l’importance de la recherche afin de trouver des alternatives à l’utilisation de pesticides et autres intrants chimiques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En vue du Sommet sur l’alimentation, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a organisé au début du mois un webinaire pour parler des grandes problématiques qui traversent le milieu agricole.

Les experts invités à partager leurs points de vue sont unanimes : si l’on souhaite que l’agriculture québécoise demeure une affaire d’entrepreneurs locaux, il faudra lutter contre la spéculation. La valeur des terres a augmenté de près de 800 % en 20 ans, fait valoir le président de l’UPA, Marcel Groleau, ce qui les rend très difficilement achetables par la relève.

La raison de cette augmentation ? La forte demande internationale pour des terres de qualité alors que la pression démographique partout dans le monde, et notamment du côté de la Chine, fait craindre pour la souveraineté alimentaire. Or, le réchauffement de la planète fait en sorte que les terres nordiques sont cultivables sur une période plus longue chaque année.

« La terre est devenue en quelque sorte un or vert, note Karel Mayrand, directeur de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l’Atlantique. Tant qu’elle reste aux mains des exploitants agricoles, ça va. Mais de plus en plus souvent, ce sont des groupes financiers qui investissent. Voire des promoteurs immobiliers qui vont ensuite essayer de la faire dézoner pour construire des habitations. »

« L’étalement urbain est une vraie plaie, confirme le cofondateur et directeur général d’Équiterre, Sidney Ribaux. D’autant que nous avons eu la mauvaise idée de construire Montréal sur les meilleures terres de la province ! »

Formation, recherche et programmes agricoles

Il a été également fortement question de formation et de recherche au cours de ce webinaire. La formation parce que, comme le croit Daniel Mercier-Gouin, titulaire de la Chaire d’analyse de la politique agricole et de la mise en marché collective de l’Université Laval, les entreprises agricoles d’ici ne pourront se développer que si elles parviennent à aller chercher des marchés ailleurs.

« Le Québec est un marché mature en matière de consommation alimentaire, indique-t-il. Il faut donc exporter. Nous le faisons déjà, et cela rapporte 8 milliards de dollars à l’économie québécoise. Mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait donc gagner en efficacité économique pour pouvoir concurrencer d’autres marchés. Et ça prend des agriculteurs éduqués. »

À cela, la présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, Michèle Lalancette, répond que 83 % des jeunes entrepreneurs agricoles disposent d’une formation collégiale ou universitaire. De quoi leur permettre de réfléchir à leur avenir. De quoi également être capable de comprendre les résultats de recherche. Or, tous s’accordent sur le fait que Québec devra investir en la matière.

« Si on ne doit plus utiliser les intrants chimiques et les pesticides, ça nous prend d’autres moyens, souligne Marcel Groleau. Plusieurs de nos membres constatent également l’apparition de nouveaux ravageurs, qu’ils n’avaient jamais vus jusque-là. Comment s’en débarrasser ? On a besoin de chercheurs pour nous aider. »

Enfin, la question des programmes agricoles a également été débattue, car ils sont considérés comme trop généraux, et donc finalement inadaptés à la majorité des producteurs. Tous plaident pour des programmes par filière — maraîchère, bovine, porcine, laitière, etc. — et par région, car la réalité de l’Abitibi n’a rien à voir avec celle de la Montérégie.

Autant de sujets que l’UPA entend bien remettre sur la table lors du Sommet sur l’alimentation, le 17 novembre.