Le parent comme bouclier contre l’analphabétisme

Catherine Girouard Collaboration spéciale
Les maisons des familles aident les parents de 135 000 familles par année à prendre conscience de l’importance et de l’impact qu’ils ont sur le parcours éducatif de leur enfant.
Photo: IStock Les maisons des familles aident les parents de 135 000 familles par année à prendre conscience de l’importance et de l’impact qu’ils ont sur le parcours éducatif de leur enfant.

Ce texte fait partie du cahier spécial Alphabétisation - Septembre 2017

« Le parent est le premier et le principal éducateur de son enfant », affirme avec conviction Louisane Côté, directrice générale de la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille (FQOCF), qui représente 80 % des maisons des familles du Québec. Le parent est donc un acteur-clé pour prévenir l’analphabétisme.

« On oublie souvent la famille dans le rôle éducatif de l’enfant, fait remarquer Louisane Côté. On a voulu développer un réseau de services de garde compétent et professionnel qui contribue au développement optimal des enfants et un milieu scolaire efficace, mais on a oublié que le parent demeure la figure la plus permanente dans la vie de l’enfant pour l’accompagner et le sécuriser à travers toutes les étapes de son développement et de son cheminement scolaire. »

Pour la FQOCF, il allait donc de soi d’être membre du Réseau de lutte à l’analphabétisme. Les maisons des familles aident les parents de 135 000 familles par année à prendre conscience de l’importance et de l’impact qu’ils ont sur le parcours éducatif de leur enfant.

Si le parent est le premier accompagnateur de l’enfant vers la littératie, « les maisons des familles accompagnent les parents dans l’apprentissage de leur rôle parental », résume la directrice de la FQOCF. Diverses activités sont ainsi offertes aux parents, notamment à propos de la stimulation précoce des enfants, du développement du langage, ou encore de l’accompagnement de leur enfant dans ses relations avec les autres.

Travaillant principalement avec des familles d’enfants de 0 à 5 ans, les OCF font dans la prévention de l’analphabétisme. « La petite enfance est une période déterminante dans la réussite et la persévérance scolaire des enfants », affirme Geneviève Lessard, intervenante et animatrice au Carrefour familial du Richelieu depuis 10 ans. Toutes les facettes liées au développement de la psychomotricité, par exemple, sont reconnues comme un apport important dans le processus d’apprentissage. « On développe aussi avec les tout-petits la curiosité pour la lecture par le jeu, on leur fait manipuler des livres, on donne aussi des outils aux parents pour raconter des histoires. »

Une partie importante de notre travail est de donner confiance au parent en ses compétences de premier éducateur

Développer la confiance

« Une partie importante de notre travail est de donner confiance au parent en ses compétences de premier éducateur », renchérit Mme Côté. La directrice générale de la Fédération constate sur le terrain que ce besoin est particulièrement grand pour les nouveaux parents. « De nos jours, beaucoup de parents n’ont pas ou peu de soutien immédiat du milieu familial traditionnel qu’on avait auparavant ; or, c’était le lieu de transmission des connaissances principal pour les nouveaux parents. Plusieurs se sentent donc isolés dans leur rôle et leur apprentissage est plus difficile. » La maison des familles de leur quartier devient alors une référence d’autant plus importante.

Bien outillés, les parents sont aussi plus en mesure de détecter des retards de développements ou des problématiques de langage potentielles chez leurs enfants.

Geneviève Lessard donne l’exemple d’un petit garçon de trois ans qui avait beaucoup de difficulté à communiquer. « Il n’avait presque pas de vocabulaire et faisait beaucoup de crises, raconte l’animatrice. Il était contrarié de ne pas pouvoir se faire comprendre. » En plus d’un suivi à l’externe, sa mère l’emmenait au Carrefour familial du Richelieu au moins une fois par semaine. « Le garçon avait de plus en plus de petites victoires qu’on renforçait par le jeu et, petit à petit, il a commencé à faire des signes et à parler davantage. »

Aujourd’hui, Geneviève Lessard n’a plus aucune inquiétude pour le cheminement scolaire du petit. « En plus des compétences pour communiquer qu’il a acquises, il a développé de bons réflexes et a appris à demander de l’aide, ce qui l’aidera beaucoup à l’école. »

Le défi des parents analphabètes

Et comment un parent qui peine lui-même à lire et à écrire peut-il prévenir ces mêmes difficultés pour son enfant ? « On voit régulièrement des parents dans cette situation, affirme d’abord Louisane Côté. Les maisons des familles sont encore plus importantes pour eux. » Ne pouvant se tourner vers des sources d’information comme le guide Mieux vivre ou des sites Internet consacrés au développement de la petite enfance, la transmission d’informations à l’oral à travers les différents ateliers des OCF devient très importante.

« Mais c’est rare qu’un parent nous parle de prime abord de ses problèmes de littératie, souligne l’animatrice du Carrefour familial du Richelieu. C’est un problème invisible au départ qu’on découvre au fil des semaines. Un parent qui s’absente chaque fois qu’il doit remplir un journal de bord peut être un indice qui aide les intervenants à détecter une difficulté et ainsi les diriger vers d’autres ressources. »

« Souvent, les parents qui ont ces difficultés en littératie ont eu un parcours scolaire plutôt difficile ou ont décroché rapidement », renchérit Mme Côté. Il n’est pas rare qu’ils aient des réserves et des craintes à l’approche de la rentrée scolaire de leur enfant. Les OCF les aident alors à rétablir une relation saine et constructive avec l’école pour éviter que leurs angoisses soient transmises à leur enfant.

Selon Mme Côté, l’importance de la famille dans le cheminement scolaire commence à être un peu plus reconnue. « La ministre de l’Éducation a soutenu le financement des maisons de la famille au cours de la dernière année ; ce geste politique démontre une certaine reconnaissance des organismes et des parents qu’ils accompagnent comme étant des acteurs de premier plan dans la réussite des enfants », conclut-elle.