Les préjugés sur les athées sont tenaces, même dans leurs rangs

L’athée ne craignant pas la punition des dieux, il s’autoriserait plus facilement à mal agir.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse L’athée ne craignant pas la punition des dieux, il s’autoriserait plus facilement à mal agir.

Immoraux, les athées ? Eux-mêmes ont tendance intuitivement à le croire, révèle lundi une étude qui atteste de la force des préjugés à l’encontre des personnes non croyantes dans le monde.

Une équipe de chercheurs conduite par le psychologue Will Gervais, professeur à l’Université du Kentucky, a mené l’enquête dans 13 pays laïcs ou religieux de cinq continents.

« Nous avons découvert qu’intuitivement, les gens pensent que les actes immoraux graves — dans le cas de l’étude, des meurtres en série — ont plus de chances d’être commis par des athées que par des personnes croyantes », explique à l’AFP Will Gervais.

« Cela atteste d’une suspicion très enracinée concernant le sens moral des athées et d’une intuition très répandue selon laquelle la religion est une composante nécessaire à la moralité », ajoute-t-il.

L’athée ne craignant pas la punition des dieux, il s’autoriserait plus facilement à mal agir...

Les chercheurs ont étudié ces préjugés auprès de plus de 3200 personnes notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Finlande, en Australie, mais aussi aux Émirats arabes unis, à Singapour, en Chine, en Inde ou à l’île Maurice.

Les scientifiques ont utilisé un test de psychologie dit de « l’erreur de conjonction », élaboré en 1992 par Amos Tversky et Daniel Kahneman (biais de représentativité). Il permet de repérer les intuitions des gens sur la probabilité que telle ou telle personne agisse de telle ou telle façon.

Dans le cas de leur étude, publiée dans Nature Human Behaviour, ils ont commencé par décrire aux participants le profil d’un homme qui aurait torturé les animaux dans l’enfance et serait devenu par la suite un tueur en série. Il aurait tué cinq sans-abri et aurait démembré les corps.

Les chercheurs leur ont demandé ensuite ce qui était « le plus probable ». La moitié des participants avait le choix entre « L’homme est un enseignant » (1) ou bien « L’homme est un enseignant et il a des convictions religieuses » (2).

Pour l’autre moitié, le choix était « L’homme est un enseignant » (1) ou « L’homme est un enseignant et il ne croit en aucun dieu » (2).

Les participants ont opté pour le choix 2 bien plus souvent (presque deux fois plus) lorsque le meurtrier n’était pas croyant. « En bref, les gens considèrent que la violence extrême est plus représentative des athées que des personnes croyantes », souligne Will Gervais.

C’est le cas dans les pays avec des populations majoritairement chrétiennes, musulmanes, hindoues, bouddhistes, mais aussi non religieuses.

Cacher son athéisme

« De façon frappante, les athées eux-mêmes semblent partager de façon intuitive ces préjugés à l’égard des non-croyants », souligne Will Gervais. « Je pense que cela résulte de la prévalence de normes proreligion profondément enracinées. »

Même dans les pays ouvertement laïcs, « les gens semblent continuer à croire intuitivement que la religion agit comme un garde-fou moral », ajoute-t-il.

C’est malgré tout dans les pays laïcs que les préjugés à l’égard des athées sont les plus faibles, à l’instar de la Finlande et de la Nouvelle-Zélande. Et dans les pays « très religieux, comme les États-Unis, les Émirats arabes unis et l’Inde » qu’ils sont les plus tenaces, souligne le chercheur.

Cette étude constitue « une avancée importante pour expliquer la prévalence des attitudes contre les athées », relèvent Adam Cohen et Jordan Moore, de l’Université de l’Arizona, dans un commentaire publié dans Nature Human Behaviour.

Dans une autre étude, début 2017, Will Gervais et Najine Najle ont établi qu’aux États-Unis, la force de ces préjugés conduit une partie des athées à cacher le fait qu’ils ne croient pas en Dieu lorsqu’ils sont interrogés par sondage sur leurs convictions.

« Dans beaucoup d’endroits, être athée peut être dangereux, voire fatal », souligne Will Gervais.

12 commentaires
  • Pierre Marcotte - Abonné 7 août 2017 14 h 31

    Cette étude démontre plutôt...

    qu'elle n'a pas été conduite par des athées, car une forte proportion d'entre nous sommes très sensibles à la méthode scientifique.
    "Ne croire en aucun Dieu" n'est pas synonyme de "incapable de toute empathie". Il y a là une faute grave de choix de réponse dirigé. Le fait de ne pas croire en un dieu n'a aucun corrolaire avec la psychopathie ou la maladie mentale des tueurs à sang froid.

    Les athées font surtout preuve d'empathie et d'humanisme, car ils sont très conscients que la vie après la mort n'existe pas, que le court laps de temps que nous avons sur cette terre est précieux, et que nous avons tous droit, nous humains, d'être heureux.

    Enfin, l'athéisme n'étant pas un mouvement unifié mais plutôt une conviction personnelle à laquelle de plus en plus de gens parviennent par eux-même, on ne peut pas généraliser les comportements de quelques individus à l'ensemble de cette section de population. C'est quoi l'expression.... pas d'amalgames?

    • Jacques Patenaude - Abonné 7 août 2017 18 h 38

      Ce que cette étude conclue c'est que nous sommes un minorité opprimée nous aussi. Donc on pourra faire appel nous aussi aux juges-papes de la cour suprême pour nous faire défendre. (ironie)

    • Marc Tremblay - Abonné 7 août 2017 18 h 47

      Les athées ne sont pas conscients que la vie après la mort n'existe pas; c'est ce qu'ils croient tout simplement.

    • Serge Sokolski - Abonné 7 août 2017 21 h 17

      Vous avez parfaitement raison. La compassion et l'empathie ne sont pas exclusives aux religions. L'Histoire démontre que les religions sont plutôt des moteurs de mort et de destruction. Sauf pour les "leurs". Et encore... L'athéisme est une démarche individuelle qui n'empêche pas l'ouverture aux autres, bien au contraire. Amnistie Int., Croix-Rouge (c'est la croix suisse, pas le symbole religieux), Oxfam, Médecins sans frontières, d'autres organismes sans frontières et des ONGs ne sont pas motivés par une quelconque religion. Heureusement d'ailleurs!
      Cette étude est bidon. Les questions sont tendancieuses. Et les athées ne croient pas. Ils savent. Ou pas.

  • Paul Stryckman - Abonné 7 août 2017 15 h 18

    Pays laïcs ?

    Will Gervais & cie parlent certainement de «secular societies».
    Un état peut être laïc de par ses lois, voire la constitution qui le définit. Mais la société est plutôt sécularisée de par les valeurs et les croyances qui la caractérisent. Pourquoi faire parler de laïcité à W, Gervais ce qu'll ne dit pas ?

  • Nadia Alexan - Abonnée 7 août 2017 16 h 07

    Arrêtons l'aveuglement volontaire du mal provenant des religions!

    Au contraire. Les faits nous démontrent que les croyants ont étaient souvent les plus sauvages en commettant les crimes les plus brutaux. Par exemple, historiquement, l'Inquisition initiée par l'église catholique et qui a duré pendant 500 ans, a été une des périodes les plus barbares.
    Récemment, les prêtres pédophiles n'ont démontré aucun remords. Les abus des enfants autochtones dans les écoles dites chrétiennes ne démontrent aucune moralité. Et aujourd'hui, les crimes les plus haineux sont commis par les islamistes croyants, au nom de Dieu.
    Bref, l'histoire consiste de bien de crimes commissent au nom de la religion. Arrêtons l'aveuglement volontaire du mal provenant des religions!

  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 7 août 2017 16 h 08

    La psychologie est une science tellement exacte.

    ''une intuition très répandue selon laquelle la religion est une composante nécessaire à la moralité'' ( Une équipe de chercheurs ).

    ''les gens pensent que les actes immoraux graves — dans le cas de l’étude, des meurtres en série — ont plus de chances d’être commis par des athées que par des personnes croyantes'' ( Une équipe de chercheurs ).

    Oui c'est bien connu que les athées sont plus portés à être méchants. Il y a plein d'attentats dans le monde ou le meurtrier crie ''DIEU N'EXISTE PAS'' juste avant de passer à l'acte.

    Généralement les croyants ne sont pas attachés aux biens terrestres. Ce ne sont pas eux qui vont commettre des vols de banques par exemple.

    Étant donné que Dieu sait tout et Dieu voit tout, comment voulez-vous qu'un croyant commette un crime, il sait qu'il y a un Témoin qui va le voir.

  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 7 août 2017 16 h 57

    Je suis athée et dicriminé!

    « En bref, les gens considèrent que la violence extrême est plus représentative des athées que des personnes croyantes »

    «Cela atteste d’une suspicion très enracinée concernant le sens moral des athées »

    En tant qu'athée, je me considère discriminé par la société.

    Il n'y a aucun cimetière réservé aux seuls athées alors que les catholiques, les protestants, les juifs et les musulmans de Ste-Foy ont un cimetère exclusif.

    Émilie Nicolas co-fondatrice de Québec inclusif, Will Prosper de Montréal-Nord Républik, Amir Khadir et Dalila Awada de Q.S., Essraa Daoui de AMAL-Québec demandent une commission sur le racisme systémique au Québec.

    J'espère que des représentants des athées et pastafaristes seront invités à aller parler de la discrimination dont nous sommes l'objet. L'étude ci-haut est une preuve documentée de cela.