Ottawa n’entend pas accélérer le traitement des dossiers des protecteurs d’Edward Snowden

Edward Snowden a lui aussi interpellé les Canadiens, dans une vidéo publiée en mai, à mettre de la pression sur le ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen.
Photo: Patricia De Melo Moreira Agence France-Presse Edward Snowden a lui aussi interpellé les Canadiens, dans une vidéo publiée en mai, à mettre de la pression sur le ministre de l'Immigration, Ahmed Hussen.

Le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, n’entend pas accélérer le traitement des demandes d’asile des familles qui avaient hébergé à Hong Kong, en Chine, le lanceur d’alerte Edward Snowden, tandis que leurs avocats se tourneront mardi vers la Cour fédérale pour obliger Ottawa à agir dans leur dossier.

« Sans intervention rapide, Ottawa va contribuer à condamner à mort un groupe de bienfaiteurs », soutient l’un des avocats du groupe, Me Marc-André Séguin.

En 2013, trois familles de réfugiés avaient caché pendant deux semaines Edward Snowden, cet ancien employé de la National Security Agency (NSA) devenu lanceur d’alerte en dévoilant les détails de programmes de surveillance américains et britanniques.

Depuis un an, la situation des quatre réfugiés et de leurs trois enfants s’est détériorée, et depuis la dernière semaine, elle « empire d’heure en heure », dit Me Séguin.

Les bienfaiteurs, originaires du Sri Lanka et des Philippines, se sont retrouvés sous les projecteurs à l’automne dernier lorsque leur rôle dans la fuite de M. Snowden a été dévoilé dans le film hollywoodien du réalisateur Oliver Stone.

« Ce sont des personnes qui ont été persécutées dans leur pays et qui risquent leur vie si elles y étaient déportées. On parle de gens qui ont été torturés, même violés », indique Me Séguin.

Leur demande d’asile à Hong Kong a récemment été rejetée et, depuis, ils se sont tournés vers le Canada. Le groupe veut forcer la main du gouvernement fédéral pour que leur demande, déposée depuis janvier dernier, soit traitée avant le 1er août.

« Leur sécurité et leur vie sont menacées. On leur a annoncé la semaine dernière qu’ils doivent se présenter dans un centre de détention au début du mois d’août, ce qui laisse entendre qu’ils pourraient faire face à une éventuelle expulsion vers leur pays d’origine », mentionne Me Séguin. L’avocat souligne que l’immigration de ces trois familles n’engendrerait pas de coûts pour l’État, puisqu’ils seraient parrainés par l’organisme à but non lucratif For the Refugees.

Les protecteurs de Snowden aimeraient vivre à Montréal dans le quartier Côte-des-Neiges, indique Me Séguin.

La semaine dernière, une mise en demeure a été envoyée au ministre Hussen.

Dans le document, on soutient que le ministre de l’Immigration avait reconnu l’urgence de la situation et leur avait promis, en mai dernier, que leurs demandes seraient traitées de « façon expéditive ».

Toutefois, le 7 juillet dernier, les avocats ont reçu une lettre qui confirmait que les dossiers seraient analysés selon les délais habituels, qui s’élèvent à 52 mois.

« Il s’agit d’une situation exceptionnelle de laquelle il faut tenir compte. Parmi ces réfugiés, il y a deux petites filles de 5 ans et un petit garçon de 13 mois », dit Me Séguin.

Traitement « équitable »

Le cabinet du ministre Hussen confirme être au fait du dossier, mais nie tout engagement envers ces réfugiés surnommés les « anges gardiens » de Snowden. « Le ministre n’a pris aucun engagement pour accélérer le traitement de cette demande », indique Hursh Jaswal, adjoint au bureau du ministre Hussen.

« Nous ne pouvons pas en discuter davantage en raison des lois sur la protection des renseignements personnels »,souligne-t-il.

M. Jaswal mentionne toutefois que la demande sera évaluée comme tous les autres cas, soit « selon le bien-fondé du dossier et de manière équitable ».

Le dernier espoir pour les bienfaiteurs est que la Cour fédérale accepte la requête en mandamus qui sera déposée mardi.

« C’est une procédure exceptionnelle, c’est comme une injonction envers le gouvernement », explique Me Séguin.

« Si Ottawa ne peut pas traiter leurs demandes d’ici le 1er août, ils peuvent leur accorder un statut temporaire le temps de les analyser », fait valoir Me Séguin.

En mars dernier, l’une des demandes d’asile avait déclaré par vidéoconférence de Hong Kong vouloir que le premier ministre Justin Trudeau « ouvre son coeur ».

Edward Snowden a lui aussi interpellé les Canadiens, dans une vidéo publiée en mai, à mettre de la pression sur le ministre Hussen.

1 commentaire
  • Diane Germain - Abonné 18 juillet 2017 08 h 55

    Pour que la transparence soit...

    En démocracie, la transparence est une valeur primordiale. Par conséquent, le gouvernement Trudeau se doit d'accueillir les bras ouverts ces gens qui ont hébergé Edward Snowden, grand défenseur de la transparence. Si non, je ne veux plus entendre le mot DÉMOCRATIE de la bouche de M. Trudeau.