Le choix du chef français Joël Robuchon au Casino indigne les restaurateurs

Pour plusieurs, le chef des cuisines du Casino de Montréal, Jean-Pierre Curtat, a poussé encore plus loin l’insulte en demandant à Joël Robuchon de devenir l’ambassadeur de la cuisine québécoise dans le monde.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Pour plusieurs, le chef des cuisines du Casino de Montréal, Jean-Pierre Curtat, a poussé encore plus loin l’insulte en demandant à Joël Robuchon de devenir l’ambassadeur de la cuisine québécoise dans le monde.

L’ouverture du restaurant de luxe L’Atelier de Joël Robuchon, au Casino de Montréal, fait des vagues dans le monde québécois de la restauration. Le propriétaire du restaurant Joe Beef, David McMillan, dénonce le fait que la société Loto-Québec ait investi dans un concept français plutôt que de faire la promotion des restaurateurs québécois. Le vice-président de l’Association des restaurateurs du Québec, François Meunier, parle également de « concurrence déloyale » pour les autres restaurants haut de gamme de Montréal.

Depuis mercredi, le restaurant L’Atelier Montréal a ouvert ses portes au casino. Il s’agit d’un concept qui compte plusieurs succursales dans le monde, et dont Joël Robuchon, le chef le plus étoilé au monde, est le propriétaire.

Pour David McMillan, il s’agit d’une sorte de « McDonald’s de luxe », lourdement financé par les fonds publics québécois, qui lui livre une concurrence directe pour « les repas à 250 $ le couvert », dit-il. Or, Loto-Québec refuse catégoriquement de dévoiler l’entente qui la lie à Joël Robuchon, ainsi que les sommes qui sont en cause. Le responsable des relations publiques de Loto-Québec, Patrice Lavoie, soutient que le restaurant offre un menu composé de produits québécois et que son chef, Éric Gonzalez, est lui-même québécois.

Certains restaurateurs du Québec auraient cependant préféré qu’on les consulte directement sur la carte, le personnel, le design et les accessoires de ce restaurant haut de gamme, pour créer une adresse typiquement québécoise.

Occasion ratée

Le mécontentement contre L’Atelier de Joël Robuchon provient en partie de Lesley Chesterman, critique gastronomique au quotidien Montreal Gazette, qui dénonce depuis le début ce choix de la société d’État québécoise. « La vaisselle a été importée d’Europe, et les chefs sont allés suivre leur formation en France », dit-elle, n’hésitant pas à parler d’une décision de colonisés.

Pour plusieurs, le chef des cuisines du Casino de Montréal, Jean-Pierre Curtat, a poussé encore plus loin l’insulte en demandant à Joël Robuchon de devenir l’ambassadeur de la cuisine québécoise dans le monde.

Pourtant, la cuisine québécoise vit un âge d’or dans l’opinion publique mondiale. En 2015, le restaurant Joe Beef a été le seul restaurant canadien inscrit sur la liste des meilleurs restaurants au monde de San Pellegrino, et le magazine Town and Country a désigné en 2016 Montréal comme étant la capitale gastronomique d’Amérique du Nord, surpassant New York.

Pas contre Robuchon

La critique ne s’adresse pas à l’individu Robuchon, que l’on reconnaît « comme une étoile dans le firmament de l’industrie », dit François Meunier. Le fait qu’il ait installé son restaurant à Montréal plutôt qu’à Toronto est d’ailleurs un indicateur de la qualité gastronomique de la restauration montréalaise. Mais le fait est que les restaurants privés du Québec ne bénéficient d’aucune subvention pour mener à bien leur entreprise.

Pour M. Meunier, le Casino de Montréal constitue depuis ses débuts un concurrent pour les entreprises privées de la restauration à Montréal.

« On aurait voulu que le casino soit au centre-ville, pour que les usagers viennent manger dans les restaurants privés », dit-il.

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 12 décembre 2016 11 h 58

    ELLE A RAISON

    Lesley Chesterman dénonce à juste titre ce choix de la société d’État québécoise, choix qui est bel et bien « une décision de colonisés ».