Des réfugiés syriens doivent se débrouiller sans leurs parrains

De nombreux réfugiés ont été parrainés par de simples citoyens qui, malgré leurs bonnes intentions, n’avaient pas les moyens de s’en occuper.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir De nombreux réfugiés ont été parrainés par de simples citoyens qui, malgré leurs bonnes intentions, n’avaient pas les moyens de s’en occuper.

Huit mois après leur arrivée à Montréal, les réfugiés syriens Dania Saad et son mari, Samir Altabra, perçoivent encore des chèques mensuels de 1000 $ de la part de leurs parrains privés.

Cet argent leur revient, car en vue de leur départ vers le Canada, ils avaient transféré 12 000 $ à une église chrétienne. C’est ce montant qu’ils récupèrent, graduellement, par l’entremise des versements mensuels.

Dania Saad et Samir Altabra, respectivement âgés de 32 et 47 ans, ont eu la chance d’avoir cet argent en main, de même que des parrains assez prévoyants pour s’assurer qu’ils bénéficient de fonds suffisants pour traverser leur première année au Québec.

Cependant, de nombreux réfugiés ont été parrainés par de simples citoyens qui, malgré leurs bonnes intentions, n’avaient pas les moyens de s’en occuper, regrettent de nombreux groupes communautaires joints par La Presse canadienne.

Date butoir des parrainages privés

Ces organismes et le gouvernement provincial tournent maintenant leur regard vers le « 13e mois » — soit la date butoir de tout parrainage privé, à partir de laquelle les réfugiés deviennent responsables de leur propre santé financière.

Contrairement aux réfugiés parrainés par le gouvernement provincial, ceux à la charge du privé ne sont pas immédiatement admissibles à l’aide sociale. Il revient à leurs parrains d’en prendre soin, et ce, pour les douze premiers mois suivant leur arrivée en sol canadien. Ces réfugiés qui sont incapables de se trouver un emploi doivent donc patienter un an avant de pouvoir solliciter l’aide de l’État.

« Ils n’ont rien à manger. Ils n’ont aucun meuble pour vivre, souvent, même pas les électroménagers », déplore Marie Bourret, coordonnatrice de l’organisme lavallois CLICS, qui se consacre notamment à l’intégration des réfugiés.

« On a eu [des familles] qui étaient ici depuis quatre ou cinq mois qui n’avaient même pas encore de réfrigérateur ou de cuisinière, signale-t-elle. On a eu des écoles qui nous ont appelés parce que les enfants allaient à l’école l’estomac vide. Ils n’avaient rien, rien, rien à manger. »

Veronica Islas, également coordonnatrice d’un organisme venant en aide aux réfugiés, raconte que certaines familles ignoraient même où se trouvaient leurs parrains.

Si les Albatra sont reconnaissants de l’aide qu’on leur a accordée, ils savent qu’après le douzième mois, ils seront seuls.

Samir travaille dans un restaurant de hamburgers durant les week-ends et suit des cours de français au courant de la semaine, tout comme sa femme. « Dieu nous a aidés jusqu’ici. Nous sommes confiants que nous trouverons un emploi », a-t-elle lancé, par l’entremise d’un interprète lors d’un événement communautaire dans le nord de Montréal.

Issam Alsamaan a quant à lui passé ses six premiers mois au Québec chez son beau-frère, s’évitant ainsi un loyer. Le réfugié de 55 ans loue maintenant un appartement avec sa femme et leurs trois enfants, âgés de 8 à 14 ans. La famille Alsamaan est arrivée au Canada avec seulement 3000 $US en poche. Des allocations pour enfants les aident cependant à joindre les deux bouts.

   

Que leur parrain soit privé ou non, les réfugiés obtiennent le statut de résident permanent dès qu’ils arrivent en sol canadien. Ils sont alors immédiatement admissibles à l’allocation familiale.

Après l’engagement électoral du premier ministre Justin Trudeau à accueillir 25 000 réfugiés au pays, le Québec en a accepté un peu plus de 2000 en 2015. De ce lot, seulement 15 étaient parrainés par le gouvernement provincial.

Réfugiés syriens au Québec

Cette année, en date du 10 octobre, la province a pris 1123 réfugiés sous son aile. Les 3062 autres réfugiés accueillis au cours de la même période ont plutôt bénéficié d’un parrainage privé.

Alors que pour bien des réfugiés, le premier anniversaire de leur arrivée approche à grands pas, Québec ne sait pas à quoi s’attendre en matière de demandes d’aide sociale.

Si rien ne lui permet d’anticiper une hausse considérable de demandes, le peu de données gouvernementales en matière du taux d’emploi des réfugiés n’a rien de rassurant.

Québec a mis sur pied un programme d’embauche de réfugiés auquel ont collaboré 333 entreprises, indique un porte-parole du ministère de la Solidarité sociale.

Or, à la mi-octobre, seuls 242 des 1350 postes offerts avaient été comblés — et dans certains cas, pas même par des réfugiés.

L'arrivée des réfugiés syriens en chiffres

En 2015 au Québec
 
Parrainés par le gouvernement : 15
 
Parrainés au privé : 2151
 
Au total : 2166
 

En 2016 au Québec (en date du 10 octobre) 
 
Parrainés par le gouvernement : 1123
 
Parrainés au privé : 3062
 
Au total : 4185
 

Depuis le 4 novembre 2015 au Canada 
 
Parrainés au privé : 12 402
 
Au total : 33 239

 
2 commentaires
  • François Beaulne - Abonné 6 novembre 2016 14 h 34

    De l'improvisation

    En principe l'accueuil de réfugiés, de quelque partie du monde qu'ils soient s'inscrit dans la normalité de la solidarité internationale face à l'adversité. Ces personnes, déjà fragilisées par les traumatismes qui les forcent à s'exiler, n'ont pas besoin qu'on ajoute à leurs souffrances la désillusion de rêves brisés. Or c'est ce qui risque d'arriver si l'efficacité des mécanismes d'acceuil et des modalités d'intégration ne sont pas au rendez-vous.
    Il est à souhaiter qu'il n'en soit pas ainsi et que les quelques cas dont font état les médias soient l'exception. Sinon, il faudra en conclure que toute la mise en scène de Trudeau d'il y a un an n'était qu'improvisation visant à lui donner, à lui personnellement, et à son gouvernement fraîchement élu, une image fabriquée d'ouverture sur le monde et d'empathie pour les éprouvés.

  • Claude Lemire - Abonné 6 novembre 2016 23 h 47

    Improvisation et austérité..

    Bien sûr, on ne comptait pas les coûts lorsque la flotte de limousines ministérielles (et municipales) s'alignaient à l'aéroport pour l'arrivée des premiers contingents de réfugiés... Ni lorsqu'on nommait un bon ami à 1800$ par jour pour assurer la coordination.

    Mais lorsqu'il s'est agi de voir à donner des cours de français dès les premières semaines de leur arrivée, on n'avait plus d'argent. On n'allait quand même pas engager temporairement des centaines de nouveaux professeurs: ce n'était pas dans le budget... Alors, la plupart des réfugiés ont dû attendre trois mois, six mois, huit mois avant de pouvoir entreprendre ces cours. Ils ont donc poirotté des mois et des mois chez eux à ne rien faire et à attendre. Et aujourd'hui ils ne peuvent pas travailler et plusieurs sont désillusionnés.