Des jeunes Québécois ont subi l'influence d'«agents de radicalisation»

Le rapport dresse un portrait d’une combinaison d’éléments, notamment l’intervention de manipulateurs extérieurs auprès de jeunes en quête de sens, qui peuvent se retrouver dans une situation de fragilité en raison de difficultés personnelles, tout en éprouvant le besoin d’appartenir à un groupe.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le rapport dresse un portrait d’une combinaison d’éléments, notamment l’intervention de manipulateurs extérieurs auprès de jeunes en quête de sens, qui peuvent se retrouver dans une situation de fragilité en raison de difficultés personnelles, tout en éprouvant le besoin d’appartenir à un groupe.
Des « agents de radicalisation » ont manipulé des jeunes en quête d’identité et les ont convaincus d’aller faire le djihad en Syrie.

Entre 20 et 30 jeunes Québécois âgés de moins de 20 ans se sont rendus au Moyen-Orient faire la guerre aux côtés du groupe armé État islamique, a révélé vendredi le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV). 

Un nombre indéterminé d’autres font l’objet d’une surveillance après avoir cherché à aller faire la « guerre sainte »

Ce rapport d’analyse a été mené à la demande du Collège de Maisonneuve, où 11 élèves ont été arrêtés entre 2013 et 2015 en lien avec l’islam radical et violent. Le rapport relève que les agents de radicalisation identifiés sont extérieurs au cégep.

Plusieurs ingrédients

Il n’y a pas de cause unique à la radicalisation, pas plus qu’il n’y a de portrait type de la personne radicalisée. Certaines constantes se dégagent tout de même de cette recherche détaillée.

Le rapport dresse un portrait d’une combinaison d’éléments, notamment l’intervention de manipulateurs extérieurs auprès de jeunes en quête de sens, parfois d’aventure. Ces jeunes peuvent se retrouver dans une situation de fragilité en raison de difficultés personnelles et souvent aux prises avec un malaise identitaire, tout en éprouvant le besoin d’appartenir à un groupe.

Ces agents de radicalisation profitent du contexte pour mousser le sentiment d’indignation quant à la situation en Syrie et de frustration face à l’inaction des pays occidentaux. Ils exacerbent aussi le malaise identitaire, afin de convaincre les jeunes que leur identité religieuse est incompatible avec leur identité québécoise.

Dans ce dernier cas, le rapport d’analyse note que le débat sur les accommodements raisonnables, suivi de celui sur la charte des valeurs, ont offert un terreau fertile à ces manipulateurs. Ils ont récupéré ces discussions polarisantes pour justifier une rupture avec la société québécoise.

Le Collège de Maisonneuve a eu maille à partir à plusieurs reprises avec le controversé prédicateur Adil Charkaoui. Les auteurs du rapport font état d’une influence extérieure au Collège de Maisonneuve, tout en évitant de nommer qui que ce soit. Ils font valoir que leur rôle n’est pas de cibler des individus, mais bien de comprendre et d’expliquer le phénomène de radicalisation menant à la violence et de dégager des stratégies de prévention.

Recommandations

À cet effet, le rapport formule une série de recommandations visant diverses instances.

Le Collège de Maisonneuve, qui a déjà mis en place un comité de prévention, est invité à faire des efforts de formation de son personnel et à instaurer des mesures de vigilance et de prise en charge des jeunes à risque.

On recommande également une meilleure gestion du fait religieux en milieu scolaire, tout comme on suggère au ministère de l’Éducation d’assurer un encadrement de la gestion du fait religieux dans l’ensemble des institutions et de développer des programmes éducatifs pour renforcer la résilience des étudiants face aux propos haineux.

Les chercheurs demandent également aux ministères provincial et fédéral de la Justice de permettre aux juges de proposer une prise en charge psychosociale des individus ou de leurs proches dans des dossiers associés au terrorisme.

Du côté policier, les services policiers, particulièrement à Montréal, sont pressés de documenter les crimes haineux et de fournir la formation requise en telle matière tant au personnel en service qu’aux aspirants-policiers.
 

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