Pas besoin de parler français pour être bilingue

«Il faut comprendre des arguments oraux et écrits sans interprète», a soutenu la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Il faut comprendre des arguments oraux et écrits sans interprète», a soutenu la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould.

Pas besoin de parler le français pour être « effectivement bilingue » aux yeux du gouvernement libéral à Ottawa. C’est du moins ce qu’a soutenu jeudi la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, en comité parlementaire.

Répondant à une question du chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, au sujet des nouvelles exigences linguistiques liées aux postes de juges à la Cour suprême, Mme Wilson-Raybould a expliqué qu’il fallait comprendre le français parlé et écrit, mais pas nécessairement le parler, pour répondre aux critères de bilinguisme.

« Il faut comprendre des arguments oraux et écrits sans interprète. La capacité pour un juge de soutenir une conversation n’est pas requise. Mais ce serait certainement un attribut bénéfique pour quelqu’un qui souhaite poser sa candidature » pour devenir juge, a-t-elle affirmé.

Le chef du NPD s’est montré fort surpris par cette déclaration. « C’est difficile de comprendre comment quelqu’un peut-être “fonctionnellement bilingue” sans pouvoir parler les deux langues », a souligné M. Mulcair.

« Même si on ne parle pas la langue, on sera réputé “effectivement bilingue” ! »
 

 

La ministre Wilson-Raybould comparaissait jeudi après-midi devant le Comité permanent de la justice et des droits de la personne afin d’expliquer davantage le nouveau processus de nomination des juges et de répondre aux questions des députés.

Elle a aussi confirmé que le prochain juge ne viendra pas nécessairement d’une province de l’Atlantique, comme le veut la tradition, mais a dit comprendre l’importance de la représentativité régionale.

Le député Mulcair lui a aussi reproché de n’avoir pas consulté les partis d’opposition pour développer ce nouveau processus d’embauche et a dénoncé la façon dont celui-ci a été dévoilé, c’est-à-dire par l’entremise d’une lettre ouverte de Justin Trudeau publiée dans deux quotidiens, le Globe and Mail et La Presse.

Les documents fournis par Ottawa précisent qu’« il est prévu qu’un juge de la Cour suprême puisse lire des documents et comprendre un plaidoyer sans recourir à la traduction ou à l’interprétation ».

 

« Idéalement, le juge doit pouvoir discuter avec un avocat et avec les autres juges de la Cour en français ou en anglais », ajoute-t-on.

La comparution de la ministre devant le comité survenait alors que la juge en chef de la Cour suprême déclarait, dans un autre forum, qu’elle souhaite la nomination d’un nouveau magistrat, et vite, sur le banc du plus haut tribunal au pays.

Désignation rapide

Le nouveau processus ne doit pas être une raison de retarder une désignation, a insisté jeudi la juge Beverley McLachlin.

L’annonce de la retraite du juge Thomas Cromwell remonte à mars, mais ce n’est que mardi passé, à un mois de son départ, que le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé un nouveau processus de nomination des juges. Résultat : « nous voici rendus en août, et aucun remplaçant n’a encore été nommé », s’est désolé la juge en chef dans un discours livré à Ottawa à l’invitation de l’Association du Barreau canadien (ABC).

« Je comprends que le processus est important. Mais il est aussi essentiel que le poste vacant soit pourvu afin que la Cour suprême du Canada puisse s’acquitter de ses responsabilités de la meilleure façon qui soit lors de la session à venir », a-t-elle tranché.

La doyenne des juges de la Cour suprême a aussi souligné l’urgence, pour le gouvernement libéral, de pourvoir les 44 postes de juges qui sont actuellement vacants à travers le pays.

À l’issue de son allocution, la juge en chef n’a pas voulu se prononcer sur le nouveau mode de nomination des libéraux. Mme McLachlin, qui a perfectionné son français au fil des ans, s’est contentée d’affirmer que « fonctionner dans les deux langues du Canada est très, très, important » pour les magistrats du plus haut tribunal au pays.

Elle a cependant refusé net de s’aventurer sur le terrain de la représentativité régionale des juges. La tradition voudrait que le juge Cromwell, qui est de la Nouvelle-Écosse, soit remplacé par un autre juge de la région de l’Atlantique.


 
42 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 11 août 2016 18 h 47

    Discrimination suprême

    Totalement discriminatoire. Offre-t-on les mêmes exigences ou dispositions aux francophones concernant la connaissance de l'anglais? Tout ce baratin n'était que de la foutaise.

    • François Dugal - Inscrit 12 août 2016 08 h 47

      Cette "foutaise" est fédéraliste, monsieur Beauchamp. Par conséquent, elle est acceptable.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 août 2016 17 h 52

      J'attend la réaction de M Michel Lebel avant de me prononcer.

    • Benoit Toupin - Abonné 12 août 2016 17 h 54

      Finalement la politique Harper avec un beau grand sourire...

    • Pierre Fortin - Abonné 14 août 2016 18 h 40

      À Raymond Saint-Arnaud,

      « J'attends la réaction de M. Michel Lebel ... » Un plaisir inavouable, Monsieur Saint-Arnaud?

  • Pierre Fortin - Abonné 11 août 2016 19 h 06

    Quelqu'un va devoir m'expliquer ça ...


    ... comme si j'avais six ans!

    Madame Jody Wilson-Raybould peut-elle nous dire comment on peut prétendre comprendre une deuxième langue sans être capable de la parler? Je doute fort qu'un linguiste digne de ce nom puisse endosser une telle affirmation contradictoire. Comprendre les textes pointus déposés à la Cour suprême et ne pas pouvoir les discuter dans leur langue ne m'entre pas dans le crâne.

    Madame Wilson-Raybould est Ministre de la justice, ce n'est pas rien. Est-elle capable de discuter hors-texte dans les deux langues? Elle ne serait pas la première au Conseil des ministres.

    Ce n'est pas un rejet formel de la deuxième langue officielle, mais c'est une énorme déconsidération des attributs d'un peuple fondateur, défricheur de ce pays et antérieur à l'Empire. N'est-ce pas au XVIIIe siècle que nous avons obtenu qu'on fasse justice dans le français de l'accusé dans les tribunaux de la Couronne? La Cour ne s'incarne-t-elle pas dans le juge sur le banc?

    L'air de rien, quand on commence à ignorer la langue de l'Autre ...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 août 2016 09 h 41

      La supposée dualité officielle du français et de l'anglais dans la fonction publique "canadian"...on en fait quoi...Tel, madame Raybould, sûrement de la bouillie pour les chats...échaudés .

  • Gilles Théberge - Abonné 11 août 2016 19 h 14

    Ha ha ha ha ha ha !

    Ouf là ministre est soulagée.

    D'autant que elle-même ne parle pas français.

    Finalement tous cela est un immense guignol, une facteur sinistre, une autre façon de rire de nous...

    Comment tu peux comprendre le francais assez pour en saisir les subtilités, surtout dans le cas d'un procès sans le parler...

    Parler francais dans toutes les cout de justice au Canada c'est un minimum!

    • Sylvie Lapointe - Abonnée 11 août 2016 23 h 23

      Guignol? Tu parles! Sont toujours bien pas pour s'imposer à eux ce qu'ils imposent à nous! Le parfait bilinguisme, c'est surout pour le Québec, pas pour le ROC.

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 août 2016 10 h 04

      Voyons dont, c'est possible de comprendre le français sans le parler, après tout Normand L'amour parlait le chinois snas le comprendre. Ça c'est un exploit!

  • Cyril Dionne - Abonné 11 août 2016 19 h 33

    Honte à vous Mme Wilson-Raybould!

    Honte à vous Mme la ministre "liberal". Si vous voulez un pays, il faudrait commencer par apprendre le français lorsque vous sièger à la Cour suprême. Sinon, votre pays, vous pouvez vous le garder.

    Comme disait l'autre, le Canada ne parle pas français. Il parle le multiculturaliste anglophone.

    • Jean Richard - Abonné 12 août 2016 08 h 35

      On aime bien brandir le multiculturalisme comme un épouvantail. Or, au Canada, ce n'est qu'un état de transition. Une langue transporte une culture. La langue du Canada, c'est l'anglais. Et l'anglais est devenu une langue dominante, pas pour le haut niveau de sa culture, encore moins pour ses qualités linguistiques, mais à la suite d'une domination économique, militaire, politique et à la fin, culturelle.

      L'assimilation totale se fait le plus souvent en moins d'une génération. Le multiculturalisme qui survit au-delà d'une génération est marginal. Une seule culture pourrait avoir résisté un peu plus longtemps, la culture francophone. Mais il se pourrait qu'elle aussi en soit à la dernière génération à survivre, même au Québec.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 août 2016 18 h 30

      Évidemment, vous n'êtes jamais allé à Toronto et sa périphérie pour y vivre. Il n'y a aucune assimilation culturelle ou religieuse. Il parle la langue anglaise avec l'Autre, mais lorsqu'ils sont dans leur patelin communautariste, il parle la langue de leur mère patrie. Renseignez-vous SVP.

      Il n'y pas si longtemps, un Bosnien né au Canada s'était vanté d'aller combattre pour sa mère patrie, la Bosnie, lors de la guerre civile des Balkans.

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 11 août 2016 19 h 34

    C'est une honte ces Trudeau, père et fils.
    Il faudrait porter plainte à l'ONU: ils n'ont jamais représenté le pays dans son ensemble.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 août 2016 07 h 58

      Avec ce bonbon mal-enveloppé Couillard et les fédéralistes ont cru voir la bonté d'Ottawa.Il est évident que ce pays n'a jamais fonctionné et ne fonctionnera jamais.Alors sans animosité formons deux pays distincts espérant devenir des voisins agreables.Les deux seront gagnants sur tous les plans,n'est-ce pas ?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 août 2016 09 h 50

      @ JPG ...mais comment le faire entendre, surtout le faire comprendre à nos compatriotes québécois...durs, durs de la feuille? C'est LE problème à résoudre...mais je vois une embellie sur ce front...faut bien espérer qu'un jour...!