Incarner sa foi dans une société en mutation

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
Du 22 au 24 avril prochains, l’IFTM tiendra un colloque sur un sujet chaud: la persécution des chrétiens dans le monde, avec des invités tels que le politologue Sami Aoun et l’évêque d’Alep, en Syrie.
Photo: Source IFTM Du 22 au 24 avril prochains, l’IFTM tiendra un colloque sur un sujet chaud: la persécution des chrétiens dans le monde, avec des invités tels que le politologue Sami Aoun et l’évêque d’Alep, en Syrie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion

Bon an mal an, une centaine d’étudiants fréquente l’Institut de formation théologique de Montréal (IFTM) pour mieux connaître la théologie, la philosophie, la théologie pastorale et le droit canonique. De ce nombre, environ le tiers se destine à la prêtrise. Les autres sont des laïcs de divers horizons désireux d’approfondir ces disciplines.

« Ces laïcs sont les futurs leaders catholiques qui veulent s’engager de différentes façons dans l’Église et dans leur milieu. Nous avons aussi des étudiants retraités qui souhaitent approfondir leurs connaissances ou leur foi, mieux comprendre la Bible. Certains le font parce qu’ils souhaitent devenir bénévoles dans des organismes. Une majorité de nos étudiants sont à temps partiel », explique Jaroslaw Kaufmann, prêtre de Saint-Sulpice (PSS) et recteur du Grand Séminaire de Montréal et de l’IFTM.

Les cours et les diplômes obtenus à l’IFTM sont tous reconnus par le ministère de l’Éducation. Ses étudiants peuvent donc obtenir une majeure ou un certificat en philosophie, ou encore un baccalauréat, une majeure ou un certificat en théologie, en théologie pastorale ou en pastorale familiale. Au deuxième cycle, l’IFTM offre également un DESS en pastorale ainsi qu’une maîtrise en théologie pastorale avec stage. Ces stages peuvent se dérouler dans différents milieux : hôpitaux, prisons, paroisses ou institutions d’enseignement. Certains diplômés pourront aussi, éventuellement, trouver des emplois dans ces milieux, notamment comme animateurs de vie spirituelle.

« La théologie pastorale est une discipline théologique dont le but est de réfléchir pour faire des liens entre la vie quotidienne des gens, les sciences humaines et la théologie, explique Guy Guindon, directeur du département de théologie pastorale, PSS. Elle souhaite actualiser le message de l’évangile pour aujourd’hui, et touche les aspects pratiques de la vie personnelle, ecclésiale et sociale. Pour prendre un exemple lié à l’actualité avec la canonisation prochaine de Mère Teresa, rappelons que Mère Teresa voulait redonner la dignité humaine aux laissés pour compte du système de castes en Inde, ce qui a apporté des transformations sociales. »

Aux études des cycles supérieurs, la recherche en théologie est fortement centrée sur la vie paroissiale et pastorale.

 

« La majorité des sujets de recherche abordent les changements profonds qui touchent l’Église, ajoute le prêtre. Depuis 2005, avec la laïcisation des écoles, la formation à la vie chrétienne et catholique se fait dans les paroisses et les familles. Le défi est de faire face à une culture qui a complètement changé. La population était habituée à ce que l’enseignement religieux des jeunes se fasse à l’école. Comme ce n’est plus possible, on s’interroge, en recherche, sur les façons de présenter et de faire connaître toute la richesse de la culture chrétienne et catholique dans notre société actuelle. Un autre pôle de recherche est la famille : comment vivre en tant que famille chrétienne, aujourd’hui. »

Conférences grand public

 

L’IFTM offre aussi chaque année des conférences et des activités ponctuelles pour le grand public, souvent en lien avec des thèmes très actuels. Du 22 au 24 avril prochains se tiendra un colloque sur un sujet chaud : la persécution des chrétiens dans le monde, avec des invités tels que le politologue Sami Aoun et l’évêque d’Alep, en Syrie.

« Certains aspects politiques de cette guerre seront abordés, mais notre réflexion portera avant tout sur la situation des croyants, ajoute Jaroslaw Kaufmann. Nous voulons sensibiliser les catholiques d’ici à cette situation. »

« Nous essayons toujours d’avoir des activités qui intéressent la population et sont en lien avec l’actualité, souligne Guy Guindon. Nous sommes conscients que l’Église est en dialogue avec le monde. Tous les choix politiques ont des conséquences sur le plan religieux. Nous ne faisons pas de politique partisane, mais nous réfléchissons sur la société, sur la liberté religieuse et sur la possibilité d’exprimer sa foi religieuse sur la place publique. Nous voulons être actifs dans la construction de la société. »

Dans un Québec moderne très sécularisé, quel rôle peuvent encore jouer les croyants, les prêtres, les diplômés en théologie et les agents de pastorale ? Sont-ils des résistants ?

« Nous ne nous voyons pas du tout comme les derniers des Mohicans, ni comme des victimes, rétorque Guy Guindon. Nous nous situons plutôt comme des citoyens qui ont le droit de parole comme les autres dans la société actuelle. Aujourd’hui, c’est très difficile de faire un débat et d’être respecté lorsqu’on est un prêtre catholique, ou même un catholique laïque. Souvent, on va nous ressortir les problèmes de l’Église et c’est comme si nous n’avions plus le droit de parole. Ce qu’on revendique, c’est la possibilité de participer aux débats actuels. L’un des messages que nous avons à livrer est de rappeler que l’économie et la course effrénée actuelle à l’argent nous conduisent dans un cul-de-sac. Nous sommes là pour dire que la société doit se préoccuper des plus pauvres et de ceux qui n’ont pas de voix. »

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