L’espérance de Pâques

Pierre Vallée Collaboration spéciale
« François ne craint pas de transcender les limites visibles de l’Église, des Églises et des religions. L’Église catholique et l’Église orthodoxe ont la même source, soit Jésus-Christ ; c’est l’histoire et ses malentendus qui ont créé le fossé. Pour dissiper les malentendus, il faut d’abord commencer par une rencontre », assure l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.
Photo: Osservatore Romano Agence France-Presse « François ne craint pas de transcender les limites visibles de l’Église, des Églises et des religions. L’Église catholique et l’Église orthodoxe ont la même source, soit Jésus-Christ ; c’est l’histoire et ses malentendus qui ont créé le fossé. Pour dissiper les malentendus, il faut d’abord commencer par une rencontre », assure l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion

Pour la majorité des Québécois, Pâques représente le renouveau et la renaissance, annonçant du même coup le retour du printemps et des beaux jours. Pour les catholiques, cependant, le dimanche de Pâques est la fête religieuse la plus importante de la liturgie, symbolisant l’espérance. Mais pour en apprécier la complète signification, les catholiques doivent aussi, selon Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, embrasser l’ensemble de la période pascale.

« Il ne faut pas négliger la signification du Vendredi saint ; la croix, comme la résurrection, fait partie du mystère pascal. En mourant sur la croix, Jésus témoigne de l’amour qu’il porte aux hommes. Au fond, il va jusqu’à l’extrême de l’amour. À preuve, devant la mort qu’on lui donne, Jésus choisit le pardon. Ne dira-t-il pas sur la Croix : “Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.” ? Il avoue aussi son angoisse devant la souffrance et la mort, mais s’abandonne à son Père et s’en remet à sa volonté. Il s’agit d’un geste de confiance, présage de la résurrection et de l’espérance. »

Le pape François

 

Et en tant que pasteur de l’Église catholique romaine, le pape doit être le porteur auprès de ses brebis du message d’espérance qu’est celui de la résurrection. Mais le pape François a une façon bien à lui d’incarner son rôle pastoral. Certains de ses gestes et déclarations en ont fait sourciller certains. N’a-t-il pas accepté de poser un geste historique en rencontrant Cyrille, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, un rapprochement qui n’avait pas eu lieu depuis le schisme des deux églises, il y a de cela un millénaire ? « François ne craint pas de transcender les limites visibles de l’Église, des Églises et des religions. L’Église catholique et l’Église orthodoxe ont la même source, soit Jésus-Christ ; c’est l’histoire et ses malentendus qui ont créé le fossé. Pour dissiper les malentendus, il faut d’abord commencer par une rencontre. »

Cette capacité de transcender les limites a permis à François de quitter le strict plan des religions, comme en témoigne son adhésion à l’écologie et à la protection de l’environnement. De plus, il n’a pas hésité à faire siennes des théories scientifiques comme le Big Bang et la théorie de l’évolution, les jugeant en rien contradictoires avec la foi. « François a une vision d’ensemble de l’écologie et il sait que l’individu ne peut pas être séparé de l’environnement. Cela lui permet d’amorcer le dialogue entre la foi et la science. La science a pour but de nous expliquer comment le monde fonctionne, et la foi, elle, de nous expliquer pourquoi le monde existe. »

Sans compter que le pape François a fait preuve d’une certaine liberté de mouvement. « Il ne pense pas souvent en terme de règles, non que les règles n’existent pas et qu’elles ne sont pas importantes, mais il les assujettit à ce qu’il considère comme plus important. N’a-t-il pas dit : “le Sabbat pour l’homme, mais non l’homme pour le Sabbat” ? »

Cette distance vis-à-vis des règles explique peut-être sa spontanéité, ou est-ce le contraire, sa spontanéité s’accordant mal avec les règles ? Quoi qu’il en soit, certaines de ses déclarations, — on pense à celles sur l’homosexualité et la contraception — ont pu susciter la controverse dans les cercles catholiques conservateurs. « L’espérance prêchée par le pape François est celle de l’espérance en l’humanité. Ce qui compte à ses yeux lorsqu’il rencontre une personne, c’est la valeur et la dignité de cette personne. L’Église catholique, surtout depuis Vatican II, a voulu renouveler le sens du dialogue en entrant en relation avec des visions autres que celles du catholicisme et d’aller rencontrer les gens dans leurs propres croyances. François s’inscrit dans cette recherche du dialogue et de la rencontre, mais il pousse encore plus loin cette notion. Pour François, il ne suffit pas de rencontrer les gens, il faut aussi marcher avec eux. À la notion de dialogue, il ajoute celle de l’accompagnement. N’a-t-il pas dit qu’il faut quitter sa zone de confort et aller vers la périphérie, là où il y a la souffrance ? »

Le 375e de Montréal

En 2017, Montréal fêtera le 375e anniversaire de sa fondation. Cet événement commémoratif ne saurait être célébré sans souligner l’apport considérable de l’Église catholique à l’histoire de Montréal. « Il ne faut pas oublier que c’est au nom de leur foi que Maisonneuve et Jeanne Mance ont fondé Montréal, qui alors se nommait Ville-Marie. Notre méconnaissance de l’histoire nous fait aussi oublier que les deux fondateurs de Montréal ont posé leur geste alors qu’ils étaient tous deux de jeunes gens dans la vingtaine. Il est étonnant que d’aussi jeunes personnes aient pu accomplir un tel exploit que celui de fonder une ville nouvelle, et ce, dans une contrée presque inexplorée. J’y vois là une preuve de la force de la jeunesse et une source d’inspiration et d’espérance pour la jeunesse montréalaise d’aujourd’hui. »

Et c’est sans compter l’apport de personnes comme Marguerite Bourgeois et celui des communautés religieuses qui, chacune à leur manière, ont façonné Montréal. C’est la raison pour laquelle l’archevêché de Montréal entend bien participer aux célébrations. « Nous allons organiser quelques événements de plus grande envergure, telle une messe le 17 mai pour commémorer la fondation de Montréal. Mais nous pensons aussi à des parcours historiques qui mèneraient les participants à des endroits qui reflètent l’histoire et le rôle de l’Église dans la fondation et la construction de Montréal. »

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