Flot d’appels au Centre de prévention de Montréal

Photo: Rommel Canlas / Getty Images

Dans la foulée des attentats de Paris, une cinquantaine d’appels à l’aide provenant de familles craignant qu’un proche ne passe de la parole aux gestes a été notée au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence de Montréal (CPRMV), dont dix cas jugés « assez préoccupants » pour nécessiter une intervention directe.

Le ressac de la vague de violence qui a frappé la Ville Lumière n’a pas tardé à résonner de ce côté-ci de l’Atlantique. Selon le directeur du CPRMV, Herman Okomba-Deparice, la ligne téléphonique de l’organisme accessible 24 heures sur 24 n’a pas dérougi au cours du week-end dernier, prise d’assaut par des familles, mais aussi des enseignants, des travailleurs sociaux et d’autres personnes alertées par le comportement inquiétant d’un proche.

Selon ce dernier, dans dix appels reçus, les cas rapportés étaient assez préoccupants pour que le CPRMV enclenche une intervention immédiate de travailleurs sociaux ou de psychologues. « Depuis notre création en mars dernier, sur 368 appels, 6 cas ont été jugés assez sérieux pour être transmis à la police et 90 autres ont nécessité une intervention sociale », a précisé le directeur.

Selon cet ex-cadre du SPVM, dont le Centre promeut une approche psychosociale auprès des personnes radicales prônant la violence, le carnage de Paris a fait naître un sentiment de culpabilité chez les familles ou les proches qui minimisaient jusqu’à maintenant les comportements troublants de membres de leur entourage. « Les gens osent aller chercher de l’aide et savent que notre objectif n’est pas de judiciariser si ce n’est pas nécessaire. À chaque intervention, notre personnel se rend sur place pour juger s’il y a un enjeu de sécurité pour la personne ou pour la communauté », affirme-t-il.

En à peine huit mois d’existence, le centre affirme que les besoins sont croissants et qu’au moins une vingtaine de dossiers requérant un suivi sérieux sont toujours ouverts. « Il faut un suivi très serré et une longue exposition pour dépister le changement de comportement chez un individu. La plupart des cas ne requièrent pas une prise en charge par la police », explique le directeur du CPRMV.

Une mouvance inquiétante

En sus des jeunes qui succombent aux sirènes du djihadisme, une autre tendance se dessine actuellement, déplore M. Okomba-Deparice. Celle de jeunes qui souhaitent rejoindre la Syrie, mais cette fois pour combattre le groupe État islamique aux côtés des forces kurdes.

La glorification de soldats, notamment de l’ex-tireur d’élite des Forces armées canadiennes, Waly, combattant volontaire qui se met en scène dans ses propres vidéos relayées sur le Web — présenté comme un sauveur aux heures de grande écoute par certains médias — aurait amené une dizaine de jeunes à vouloir prendre les armes et jouer les justiciers, au péril de leur vie. « Pour moi, c’est aussi de la radicalisation dangereuse. Ces jeunes croient se battre pour la bonne cause, mais ils sont souvent vulnérables ou traversent une mauvaise période. L’armée est payée et formée pour faire ça, ce n’est pas un jeu », dénonce le directeur du CPRMV, qui lancera dimanche des outils sur le Web pour aider les familles et l’entourage d’individus à risque de radicalisation violente.

Manque de moyens

Plus d’un an après les attentats menés sur le Parlement d’Ottawa et à Saint-Jean-sur-Richelieu, plusieurs experts consultés estiment que les mesures concrètes mises en place depuis pour prévenir la radicalisation sur le terrain sont insuffisantes. Après la création CPRMV en mars, un plan d’action contre la radicalisation a été dévoilé en juin par Québec, mais les intervenants disposent de bien peu de moyens pour cerner l’ampleur du problème. « Plusieurs organismes travaillent là-dessus, mais en silo, sans trop de concertations. Je crois qu’il y a eu une sensibilisation réelle à l’enjeu de la radicalisation, mais l’articulation efficace des actions reste à faire », affirme David Morin, codirecteur de l’Observatoire sur la radicalisation (OSR) à l’Université de Sherbrooke.

Si la police réussit à neutraliser des radicaux déjà embrigadés, il manque des moyens pour empêcher des jeunes à risque de verser dans l’idéologie sanguinaire. « On reçoit une multitude d’appels de milieux scolaires qui n’ont ni l’argent ni la formation pour ce faire. Quand on frappe à la porte des ministères à ce sujet, ça répond absent », déplore-t-il.

2 commentaires
  • Sylvain Rivest - Abonné 17 novembre 2015 08 h 16

    Pour être sûr d'avoir l'appuie du SPVM

    Ils ont juste à dire qu'ils ont vu un carré rouge.

    La "protection civile" ne semble pas faire la différence entre revendication sociale et idéologie sanguinaire.

    Aveuglé par la haine?

  • Jean-Marc Simard - Abonné 17 novembre 2015 10 h 20

    Jeunes en quête de sens à leur vie...

    Certains jeunes chômeurs sont si désoeuvrés qu'ils n'hésitent pas à s'embarquer dans n'importe laquelle aventure pour donner un sens à leur vie. Malheureusement l'Islam radical, avec son idéologie tordue, leur donne une raison de vivre qui vient combler un profond vide existentiel. Leur mal de vivre trouve dans les opérations de Daesh une façon de remplir ce vide et de trouver une raison d'être. Aller tuer du mécréant et se faire sauter au nom d'Allah, quel beau projet de vie, en effet ! Pourtant, ce ne sont pas les occasions d'être utiles à la société qui manquent. Qu'a-t-il d'alléchant d'aller se faire tuer ou de se faire suicider au nom d'Allah ? Ce n'est certainement la promesse de construire un futur meilleur ni un monde plus humain qui attire ces jeunes...Ne serait-ce pas plutôt l'attrait de l'excitation animale, élevant le taux d'adrénaline dans le sang, exacerbant les sens comme une drogue qui rend invulnérable. Chercher à dominer l'autre en le terrorisant, exercer sur lui un pouvoir sans retenue, lui faire mordre la poussière, le combattre, le ridiculiser, quel beau projet de vie en effet ? Ce faisant, le guerrier se donne l'impression d'avoir de la personnalité et d'être utile, sinon à sa société, du moins à son dieu de guerre, Allah, dont il connait, semble-t-il, les souhaits. Mais que gagneront vraiment ces combattants d'Allah, en remerciement pour leur implication guerrière ? Ils n'auront même pas droit à une médaille de bravoure, ni à une place au cimetière, ni à un coquelicot, ni à un souvenir. Ils ne sont au fond que de la chair à canon en soutien à une idéologie qui ne contribue aucunement à une plus grande évolution de l'humanité. Au contraire leurs corps déchiquetés ne serviront à rien d'autre qu'à servir de nourriture aux nombreux animaux et bestioles qui peuplent Dame nature. Au moins ils auront servi à ça, contribuer à la chaîne alimentaire de Dame nature. Ça n'aura été au fond que leur seule raison d'être, le seul sens donné à leur vie.