L’autre réseau social

Rassemblement de jeunes à Pâques en 2015
Photo: Famille Marie-Jeunesse Rassemblement de jeunes à Pâques en 2015

Pendant que l’héritage catholique québécois s’effrite et que les églises se vident, certains jeunes bravent les préjugés en se tournant vers Dieu. Qu’ils s’engagent dans une voie traditionnelle ou plus contemporaine, tous ont leur raison de lever les yeux vers le ciel, à la recherche de sens. Deuxième de trois textes sur ces jeunes catholiques qui, en 2015, croient toujours.

Les jeunes réunis dans cette grande maison située en bordure de la rivière Saint-François, à Sherbrooke, sont des croyants comme les autres. Ici comme ailleurs, on accorde une grande importance à la prière. La différence, c’est qu’entre ces murs elle peut prendre la forme d’une performance rap, d’un spectacle de jonglerie ou d’une chorégraphie.

Bienvenue dans la Famille Marie-Jeunesse, cette « communauté nouvelle » qui regroupe, depuis le début des années 1980, des jeunes âgés de 15 à 30 ans.

« Le but, c’est de faire des choses que les jeunes aiment, mais dans un contexte de foi, explique le père Grégory Gémin, 36 ans, responsable de la maison de Sherbrooke. Ce n’est pas que la grande Église est rigide. C’est plutôt que notre communauté permet davantage de diversité. »

Avec ses auberges situées à Sherbrooke et à Québec, mais aussi en Belgique, à l’île de la Réunion et à Tahiti, la Famille Marie-Jeunesse constitue l’une des « communautés nouvelles » les plus importantes du Québec, qui en compte une douzaine. Ces communautés, qu’on évalue à 800 à travers le monde, sont appelées « nouvelles » parce qu’elles ont été fondées à la suite du concile Vatican II, organisé dans les années 1960 pour moderniser l’Église catholique.

Elles sont cependant bien différentes les unes des autres et ne sont pas « nouvelles » dans tous les sens du terme. Au sein de la Famille Marie-Jeunesse comme ailleurs, les grands principes de l’Église guident les actions de quelque 135 jeunes, garçons et filles, qui font voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance.

« Cette notion de chasteté est très importante, affirme le père Gémin. Beaucoup de garçons disent qu’ils apprennent ainsi à être un garçon normal qui ne vit pas en cherchant à plaire aux femmes […] Les jeunes disent qu’ils ont l’impression de découvrir l’amour vrai. »

Ces jeunes frappent bien souvent à la porte de Marie-Jeunesse parce qu’ils veulent rencontrer des croyants de leur âge, une denrée rare dans bien des paroisses, reconnaît le religieux. « On ne peut pas soupçonner toutes les blessures de nos jeunes actuellement, notamment avec les réseaux sociaux. Ici, ils retrouvent un lieu où, gratuitement, ils reçoivent le pardon de Dieu et la guérison de l’âme », dit-il.

Donner au suivant

Lorsqu’ils avancent en âge, certains jeunes qui ont grandi dans une « communauté nouvelle » s’y engagent pour de bon, alors que d’autres choisissent de lancer des initiatives dans leur paroisse locale. C’est ce qui a mené à la création de la Bande FM, associée à la paroisse Saint-Jean-Baptiste, à Montréal. Cette fraternité regroupe une trentaine de jeunes qui ont choisi de vivre en communauté tout en continuant à étudier ou à travailler.

La fraternité attire des jeunes qui ont vécu des expériences marquantes, très personnelles, remarque le curé de la paroisse, Alain Mongeau. « On pense que la vie étudiante, c’est tripant, mais beaucoup d’étudiants sont seuls. C’est donc un lieu de rencontre et d’échanges. »

La famille n’est plus le canal de transmission des valeurs religieuses qu’elle a déjà été, et les jeunes religieux demeurent peu nombreux, constate M. Mongeau. « Ça me désole parce que je vois beaucoup de jeunes mourir de soif à côté de la fontaine. Le mur des préjugés est difficile à franchir, parce qu’on a souvent une image de l’Église qui est très négative, alors que son message parle d’abord d’amour et de justice. »

Même si elle n’est pas « nouvelle » à proprement parler, la communauté franciscaine regroupe elle aussi des jeunes qui ont choisi de vivre leur foi en s’écartant des rites plus traditionnels. Les Franciscains s’inspirent des enseignements de saint François d’Assise et accordent notamment une importance particulière à la justice, à l’écologie et à la spiritualité.

« Il n’y a pas de personnalité type parmi nos membres, observe l’animateur jeunesse pour la famille franciscaine Jean-Sébastien Lajoie. Les valeurs chrétiennes sont suivies de près ou de loin, puisque la chasteté, la pauvreté et l’obéissance peuvent avant tout être une source d’inspiration dans la vie. Pour moi, par exemple, ça veut dire vivre avec simplicité, sans être attaché aux biens matériels. »

Le jeune homme ne croit pas qu’un fossé sépare les croyants des non-croyants. Après tout, glisse-t-il, « Dieu peut être présent dans notre vie sans qu’on le nomme ».

Toutes ces communautés, « nouvelles » ou non, traditionalistes ou plus progressistes, répondent en effet à des besoins que la plupart des jeunes comblent différemment, comme l’accomplissement personnel et la recherche de sens, juge Jean-Philippe Perreault, qui enseigne à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval.

« Si, il y a quelques années, l’important était de gagner son ciel, aujourd’hui, cette perspective n’apparaît presque pas. Elle est remplacée par le salut intra-mondain : être heureux aujourd’hui, à l’intérieur du monde », note-t-il.

« Certains jeunes ont été déçus de leur expérience en société, poursuit le chercheur. Ils ont vécu des échecs ou des rejets, et la religion devient alors un espace de repli avec des normes très claires et très sécurisantes. »


 
13 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 11 août 2015 07 h 51

    Ce qui me chicotte ....

    cette nouvelle église qui semble si bien, quelle est sa croyance envers les femmes? y ont-elles leur place? ou sont-elles juste des réceptacles tel que le promouvait l'église? je suis très méfiante envers toutes les sortes d'églises, la plupart du temps ils stigmatisent la femme qui ne sont rien pour eux en plus des viols et du reste.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 11 août 2015 09 h 03

      Quel est leur opinion sur l'avortement, les homosexuels, le mariage gai, les femmes au sacerdoce et les vetements sacerdotaux des cardinaux et de nos religieux. Les moines sont plus sobres dans ce domaine. Ces jeunes vont se réveiller comme l'ont fait des milliers de personnes qui rejettent les religions. Serait-ce un autre lavage de cerveau?

    • Johanne Fontaine - Inscrite 11 août 2015 09 h 33

      La dénomination officielle des franciscains suivant arrêté pontifical est la suivant: Franciscains de Marie, d'où, probablement, les lettres FM apposées au mot Bande, dans la dénomination sociale du groupe montréalais de la paroisse St-Jean Baptiste.

      Partant, on est en droit de penser que les valeurs prônées par l'organisme qui non seulement propose l'obéissance, la pauvreté et la chasteté comme règle de vie, inclut sans toutefois le dire et valorise au plus haut niveau, la virginité de la Femme.

  • Josée Duplessis - Abonnée 11 août 2015 09 h 01

    Jonglerie,

    Prière prenant la forme de jonglerie.
    Tout ça m'a l'air d'une clownerie...

  • Claude Paradis - Abonné 11 août 2015 09 h 29

    Rien de rassurant!

    Ce retour en arrière n'a rien de rassurant. En plus, à l'heure où l'islam se répand, j'ai l'impression que nous assistons à la simple recrudescence des positionnements religieux radicaux. Et je m'inquiète davantage de lire quelque chose comme ceci: « Certains jeunes ont été déçus de leur expérience en société, poursuit le chercheur. Ils ont vécu des échecs ou des rejets, et la religion devient alors un espace de repli avec des normes très claires et très sécurisantes. » Les béquilles ne révèlent que des difficultés à marcher de manière autonome dans la vie. Quelle sera la place de la femme dans tout cela? Quel accueil sera fait à la différence? On prône encore les mêmes vieux discours qu'au temps de mon enfance «puisque la chasteté, la pauvreté et l’obéissance peuvent avant tout être une source d’inspiration dans la vie». Nés pour un petit pain, nous disait-on!

  • Jean Laberge - Inscrit 11 août 2015 09 h 38

    Résurrection

    L'espérance me porte à croire que le Québec vit une sorte de renaissance spirituelle. Malgré le laïcisme ambiant, la foi persiste et se fraie un chemin à travers ces ronces que sont la science et le consummérisme. Le mot prophétique du Cardinal Ouellet a maintenant des échos : « Québec, qu'as-tu fait de ton baptême ?»

    • Johanne Fontaine - Inscrite 11 août 2015 11 h 56

      Vous ne devez pas saisir ce que laïcisme signifie: repect de toutes les croyances.

      Quant au mot du cardinal Ouellet, contrairement à vous, Monsieur Laberge, je le qualifierais de réactionnaire, compte tenu de l'ardent désir manifesté par le Québec moderne de s'affranchir de l'interdit de penser au principe même de la vocation religieuse catholique Romaine.

    • Dominique Boisvert - Abonné 12 août 2015 07 h 38

      J'ai peine à croire qu'en 2015, 50 ans après la nécessaire libération de la domination ecclésiale sur la société québécoise, on en soit encore rendus à croire que "l'interdit de penser (est) au principe même de la vocation religieuse catholique Romaine"!

      Combien de temps (de générations?) encore faudra-t-il pour "qu'on en revienne", qu'on guérisse de ces blessures historiques et qu'on puisse réévaluer notre héritage religieux par nous-mêmes à sa (juste) valeur: ni plus, ni moins?

      C'est ce que je m'efforce de faire, sans prosélytisme ni fausse pudeur, dans un petit livre à paraître en septembre chez Novalis: "Québec, tu négliges un trésor".

  • Michel Lebel - Abonné 11 août 2015 09 h 47

    Des jeunes chercheurs!

    La suconsommation dans tous les domaines ne peut abolir la quête de sens. Jeunes comme plus âgés, un jour ou l'autre, se posent des questions sur la vie, la mort, le sens des choses, la spiritualité. Les jeunes cherchent du solide, de l'authentique. Ils cherchent, c'est déjà beaucoup! Ils finiront bien par trouver: ce lieu sera en eux!


    Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 11 août 2015 11 h 17

      Et tant qu'ils écouterons et chercherons «ailleurs», ils ne trouverons pas «en eux». Qu'ils «consomment» du vieux au lieu de du neuf, c'est toujours de la consommation.

      Je leur souhaite longue vie afin qu'ils décortiquent tout ça.

      PL