Azro Nethor, lieu de pèlerinage païen en ascension

Des pèlerins au sommet d’Azro Nethor vont prier à El-Jammaa Oufella, la mosquée en haut de la montagne.
Photo: Barouk Batiche Agence France-Presse Des pèlerins au sommet d’Azro Nethor vont prier à El-Jammaa Oufella, la mosquée en haut de la montagne.

Personnes en attente de descendance, jeunes en quête d’emploi, malades espérant une guérison : en Kabylie, ils sont des milliers à défier chaque été la chaleur accablante et à gravir un pic coiffé d’une petite mosquée pour que leurs prières s’élèvent plus facilement vers le ciel.

Au coeur de la géographie tourmentée du massif du Djurdjura, à l’est d’Alger, le Rocher de la prière du zénith (Azro Nethor) culmine à 1884 mètres d’altitude.

À son sommet, au bout d’un éreintant chemin abrupt et rocheux, est posée El-Jammaa Oufella (La mosquée d’en haut), minuscule lieu de prière dépourvu de tout confort, aux murs blancs creusés de niches où brûlent des cierges, mais qui n’abrite pas de tombes.

Venues de toute la Kabylie, mais aussi d’Alger, des milliers de personnes s’y succèdent trois vendredis de suite, ahanant sous un soleil écrasant, pour l’accomplissement d’un pèlerinage annuel qui tient à la fois de croyances maraboutiques et d’un rituel païen.

Azro Nethor tient son nom d’une légende colportée de bouche à oreille depuis des siècles. Un vieux bienfaiteur qui avait atteint le pic au moment pile où le soleil se trouvait à son zénith mourut sur le lieu en achevant sa prière. Censé avoir reçu la baraka divine, ce personnage n’a jamais cessé de faire des apparitions dans les villages voisins. Sa bénédiction, selon la croyance, sauva de la peine de nombreux habitants et même un plat de couscous qui dévala du haut du mont sans se casser et sans qu’un seul grain ne se perdît…

L’art des marabouts

Au pied du mont, à l’abri d’une tente, des marabouts offrent des notes d’espoir à qui vient les solliciter. Des couples, des jeunes filles, des enfants baissent la tête sous un morceau d’étoffe pour entendre une prière. « L’année prochaine, tu reviendras ici au bras d’un mari, et dans deux ans avec un enfant », promet le marabout à une jeune fille dont le visage ressort illuminé par un sourire.

« Je viens ici depuis que j’ai 20 ans », raconte une septuagénaire, arrivée de Larbaa N’ath Irahen, à une cinquantaine de kilomètres de là. « La première fois, j’ai prié pour avoir un mari, ensuite pour avoir des enfants. Et après pour la paix. »

Mais ce culte des saints et l’idolâtrie, encore enracinés en Algérie, sont durement combattus par les religieux orthodoxes musulmans. Au pays, il n’y a pas de villes ou de villages sans au moins un mausolée, comme celui de Sidi Abderahmane, le saint patron d’Alger.

La nouvelle génération croit moins aux histoires « bigotes » qui entourent Azro Nethor que les aînés, mais y voit d’autres avantages.

Les femmes sont les plus nombreuses à accomplir l’ascension de ce mont, où les miracles ne sont pas toujours l’oeuvre du ciel.

Mohamed A., médecin de 62 ans explique ainsi qu’il s’était rendu il y a trois ans avec sa vieille mère malade, privée de nouvelles d’un enfant vivant en Italie. Le fils est arrivé quelques jours après la supplique de l’octogénaire. Mais c’est le médecin qui avait supplié son jeune frère d’accomplir le voyage.

« Ma mère est morte soulagée, persuadée que son cri était parvenu jusqu’en Italie », raconte-t-il, étranglé par l’émotion.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 10 août 2015 13 h 05

    Paganisme?

    C'est plutôt comme le culte de la Bonne Saint-Anne à Beaupré.