Lutter contre l’extrémisme, dix ans après le choc

Esther Hyman pourrait légitimement haïr le kamikaze qui a tué sa soeur il y a dix ans à Londres, mais elle a choisi de canaliser sa colère en oeuvrant à dissuader les jeunes Britanniques de basculer dans le terrorisme.

« Dès que je me sentais en colère, je me disais “Quelle perte d’énergie” », confie Esther, dont la soeur Miriam fait partie des 52 personnes tuées dans les attentats du 7 juillet 2005 à Londres.

« Cela m’a aidée à ne pas m’accrocher à des sentiments négatifs. J’ai renoncé au besoin de pardonner, c’est une affaire entre le meurtrier de ma soeur et son Dieu », poursuit-elle.

Après la mort de Miriam, ses parents et sa soeur ont fondé en Inde une organisation caritative spécialisée dans le traitement des yeux, en hommage à sa mémoire. Dix ans plus tard, ils lancent une nouvelle initiative : un site Internet offrant des ressources pédagogiques aux écoles pour lutter contre l’extrémisme.

Éduquer pour avancer

Il s’agit d’aider les établissements britanniques à enseigner aux élèves les conséquences de la violence, à développer leur tolérance envers d’autres cultures et à leur apprendre à s’exprimer de manière calme et constructive.

« L’idée principale est que si vous avez une opinion, n’allez pas vous faire sauter, ainsi que les proches d’autres personnes, pour la défendre », lâche Esther.

Parmi les nombreuses histoires tragiques du 7 juillet 2005, celle de Miriam, une éditrice photo de 31 ans, est particulièrement terrible.

Ce jour-là, la jeune femme a appelé son père tout juste après avoir été évacuée de King’s Cross : une bombe venait d’exploser entre cette station et celle de Russell Square.

Elle lui dit qu’elle allait prendre un café dans les environs, mais a trouvé la mort quelques minutes après, lorsqu’un autre kamikaze se faisait sauter dans un bus à Tavistock Square.

Le site Internet, baptisé « Miriam’s Vision », a été créé en partenariat avec l’Institut pour l’éducation du University College London (UCL). Il fournit des plans de cours pour des élèves âgés de 11 à 14 ans dans diverses matières, de l’histoire à la danse.

Après les avoir testés avec succès, une école du sud de Londres va les intégrer dans ses programmes. La famille Hyman espère que d’autres écoles feront de même, alors que les établissements scolaires ont, depuis le 1er juillet, l’obligation légale d’« empêcher les gens de basculer dans le terrorisme ».