Changer les perceptions négatives par l’engagement et l’écriture

Jessica Kanhehsiio Deer
Photo: Valérian Mazataud/Hans Lucas Jessica Kanhehsiio Deer
Ils étaient bébés ou enfants durant la crise d’Oka. Même s’ils saisissent la pleine mesure de ce traumatisme collectif, ils se sont tournés vers l’action à l’échelle de leur communauté pour améliorer leur avenir. Par l’art, le sport, le journalisme, l’agriculture ou l’activisme, ces jeunes Mohawks revendiquent une nouvelle identité dans l’espace public : plus positive, plus engagée, plus inclusive.
 

De longs cheveux blonds, des yeux bleus et des traces de rouge à lèvres sur sa tasse à café. Du haut de ses 25 ans, Jessica Kanhehsiio Deer écrit depuis sept ans déjà dans les pages du Eastern Door, l’hebdomadaire de Kahnawake. D’abord stagiaire, et désormais reporter, elle y tient aussi une chronique, baptisée la « Patate caféinée », inépuisable source de controverses et de débats. Elle vient même de remporter quatre prix pour ses reportages et enquêtes.

 

Elle préfère la vie de bureau au plein air et ne manque aucune des activités de la communauté. Quand elle ne court pas après les mots avant l’heure de tombée, Jessica est aussi présidente par intérim du Forum jeunesse de Kahnawake, qui a récemment bénéficié de l’impulsion du mouvement Idle No More de 2013.

Avec ce profil, se lancera-t-elle un jour en politique ? Elle fait la moue. « Pour l’instant, je préfère bien couvrir les enjeux de la communauté pour le journal. Il faut défaire chaque semaine le travail de désinformation des [autres] médias. » Le Eastern Door accueille à ce titre beaucoup de jeunes stagiaires, dans l’espoir d’apporter une meilleure compréhension des enjeux autochtones aux futurs journalistes. « On les voit maintenant écrire dans des quotidiens à Montréal et on se dit que ça peut changer les perspectives. »

Adolescente, elle fréquente une école secondaire de Montréal, où elle se sent étrangère. Les questions et les idées préconçues sur les Premières Nations la dérangent. Aujourd’hui, elle monte au front à chaque occasion, pour dénoncer l’utilisation des coiffes de plume dans une publicité, ou l’inscription du mot « sauvage » sur un chandail.

Âgée de quelques mois durant la crise d’Oka, elle n’en garde aucun souvenir, et l’école n’a pas amélioré les choses, remarque-t-elle, incisive : « La crise n’est qu’une note en bas de page des trois lignes des livres d’histoire consacrées aux autochtones. »

 

La jeune Mohawk encourage d’ailleurs les élus de Kahnawake à faire pression sur le gouvernement pour inclure davantage les Premières Nations dans le curriculum scolaire. Les élections au conseil de Kahnawake de juin dernier ont été l’occasion pour elle d’organiser une soirée électorale pour les jeunes. « Ils ont posé des questions embarrassantes et j’ai constaté que les candidats, au lieu du discours moralisateur habituel, ont véritablement discuté de leur programme. » Et ils sont allés voter, du moins deux fois plus que lors de la dernière élection du grand chef.

« Je veux donner aux jeunes toutes les occasions possibles de faire entendre leur voix. Nous sommes une génération éduquée, qui sait utiliser les réseaux sociaux, il faut prendre ce rôle de leader. »