Combiner les perspectives

Philippe Tsaronsere Meilleur
Photo: Valérian Mazataud/Hans Lucas Philippe Tsaronsere Meilleur
Ils étaient bébés ou enfants durant la crise d’Oka. Même s’ils saisissent la pleine mesure de ce traumatisme collectif, ils se sont tournés vers l’action à l’échelle de leur communauté pour améliorer leur avenir. Par l’art, le sport, le journalisme, l’agriculture ou l’activisme, ces jeunes Mohawks revendiquent une nouvelle identité dans l’espace public : plus positive, plus engagée, plus inclusive.


Philippe Tsaronsere Meilleur a grandi aux limites du territoire mohawk de Kanesatake, dans la pinède tristement célèbre. Métis, il a été élevé sur cette frontière entre deux mondes : sa mère mohawk, son père québécois, avec des amis autant dans le village d’Oka que dans la communauté.

Il a vécu la crise d’Oka comme un enfant qui ressent l’importance des événements. Le jeune homme se souvient de la double perspective : « C’était une juxtaposition d’informations. Certains Québécois voulaient protéger la forêt parce qu’elle était importante sur le plan environnemental, et notre nation voulait la protéger parce qu’elle “est à nous”. »

L’enfant de 9 ans ne comprend toutefois pas comment on peut vouloir déplacer un cimetière pour en faire un jeu, un golf. Philippe se rappelle aussi du matin du 11 juillet, quand il s’est réveillé au son des tirs, et des armes braquées sur sa mère à un poste de contrôle de la police, alors qu’elle revenait d’acheter du lait et des saucisses.

À 14 ans, ses parents choisissent de se faire racheter leur maison par le gouvernement fédéral, pour ne pas la perdre advenant le décès de la mère. En ce début d’adolescence, Philippe se sent attiré par Montréal, qu’il rejoint dès ses 17 ans. Le Sommet des Amériques de 2001 réveille l’envie de se battre contre les injustices : « Je voyais à nouveau des barricades, mais cette fois, ce sont les élites qui s’isolent d’une population qui exprime son désarroi à propos de la libéralisation extrême de l’économie. »

Ses « racines de sensibilité », comme il les appelle, repoussent. Philippe travaille ensuite pour Équiterre et dédie aujourd’hui sa carrière à défendre les intérêts des minorités, surtout ceux de la vingtaine de nations autochtones vivant à Montréal, une population en forte croissance.

Le Centre de développement communautaire autochtone de Montréal (CDCAM), qu’il dirige depuis un an, cherche à améliorer la qualité de vie des autochtones en leur proposant des services adaptés. « En santé, par exemple, plusieurs vivent de la discrimination ou de la difficulté avec la langue. On veut offrir une sorte de sécurisation culturelle », explique-t-il. Il mise aussi sur l’économie sociale pour dynamiser les réseaux autochtones de la métropole.