Recréer le lien social à travers l’art et la tradition

Megan Kanerahtenháwi Whyte
Photo: Valérian Mazataud/Hans Lucas Megan Kanerahtenháwi Whyte
Ils étaient bébés ou enfants durant la crise d’Oka. Même s’ils saisissent la pleine mesure de ce traumatisme collectif, ils se sont tournés vers l’action à l’échelle de leur communauté pour améliorer leur avenir. Par l’art, le sport, le journalisme, l’agriculture ou l’activisme, ces jeunes Mohawks revendiquent une nouvelle identité dans l’espace public : plus positive, plus engagée, plus inclusive.


Megan Kanerahtenháwi Whyte débarque de sa voiture en s’excusant de son retard, sa petite fille a connu un réveil difficile. Elle transporte deux toiles longues de 7 pieds roulées sous le bras, une toute petite surface pour contenir tout l’univers mohawk : le mythe iroquois de la création, la dualité équilibrante de l’univers, la nécessité de prendre acte des différentes forces, le tout. « Je pense qu’il faut puiser dans la tradition pour mieux se comprendre et s’accepter », commence-t-elle.

Au centre de santé de Kahnawake, elle a formé des groupes de parents qui ont environ son âge, 25 ans, pour discuter du lien d’attachement et de la parentalité. À partir des mythes traditionnels, Megan veut amener les jeunes femmes à reconsidérer le lien entre leur corps et l’environnement. « Je leur parle par exemple du mythe de la création. Une femme est tombée du ciel sur le dos d’une tortue et elle a fondé l’univers. Dans notre propre corps, des oeufs tombent aussi dans l’utérus pour recréer la vie », résume-t-elle. Une façon romancée de dire aux adolescents que leur corps est aussi important que ce mythe de la création.

 

« Quand on parle des Premières Nations, tout le monde dit qu’elles ont une connexion profonde avec la terre, mais personne ne sait ce que ça veut dire ! Tu peux y penser, mais c’est plus difficile de le ressentir. Ça fait partie de cette déconnexion imposée par la colonisation et les pensionnats autochtones », poursuit-elle. Ses deux grands-pères sont des survivants des pensionnats autochtones, mais ils n’en parlent jamais. C’est ce silence, cette incapacité à communiquer, qui empêche aujourd’hui sa communauté de reconstruire ce lien social, pense-t-elle.

« L’affect [est] passé de génération en génération, au point où on ne sait même plus contre quoi on se bat », affirme-t-elle.

Alors, l’art lui apparaît comme une façon de reconstruire ce qui a été brisé. « L’art est en fait un espace plus sécuritaire pour ouvrir le dialogue, un médiateur entre deux personnes. »