Les entreprises s’inquiètent du refus massif de travailleurs qualifiés

Tant les manufacturiers que les entreprises en technologies de l’information déplorent une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et redoutent les effets du contrôle resserré exercé aux frontières.
Photo: iStock Tant les manufacturiers que les entreprises en technologies de l’information déplorent une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et redoutent les effets du contrôle resserré exercé aux frontières.

Les représentants des entreprises du Québec s’inquiètent de la hausse des refus de dossiers des travailleurs qualifiés et des gens d’affaires. Comme le révélait Le Devoir mercredi, le gouvernement du Québec a refusé 50 % des demandes des travailleurs qualifiés entre le début de l’année 2014 et le 30 septembre pour des motifs jugés injustifiés, selon l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).

La présidente de la Fédération des chambres de commerce, Françoise Bertrand, trouve que la situation est préoccupante. « Si ce sont des gens qualifiés qui pourraient venir ici et s’ils sont vraiment refusés pour des raisons de formulaires, ce serait vraiment dommage, et le gouvernement doit en prendre acte », affirme-t-elle.

Malgré nos demandes, la ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, Kathleen Weil, a refusé de nous accorder une entrevue mercredi.

En attendant des réponses aux nombreuses questions soulevées sur les véritables raisons des refus et sur les procédures administratives, Mme Bertrand rappelle que la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée est un « problème majeur » dans plusieurs domaines. Le Québec devra combler, dit-on, près d’un million d’emplois qualifiés d’ici 2021.

La présidente de la Fédération précise que les travailleurs québécois sont bien sûr une ressource importante, mais qu’ils ne pourront pas combler tous les besoins. « On a le souci de nos travailleurs, et on est conscients qu’il y a des problèmes de pertes d’emploi. Mais ce n’est pas parce qu’il y a des gens sans emploi que ces gens peuvent occuper les emplois disponibles. L’adéquation n’est pas parfaite », souligne-t-elle. Mme Bertrand donne l’exemple d’une entreprise en technologie de l’information qui cherche actuellement à recruter de 500 à 600 travailleurs qualifiés et constate qu’une bonne partie des travailleurs en recherche d’emploi n’ont pas les qualifications requises pour occuper ce type d’emplois.

Besoins criants

Le président de Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), Éric Tétrault, soutient que le gouvernement du Québec ne devrait pas être aussi « studieux » dans l’examen des demandes des travailleurs qualifiés. Il comprend que le ministère de l’Immigration ait dû resserrer ses règles ces dernières années, mais il considère que le Québec n’a pas les moyens de se priver d’une main-d’oeuvre qualifiée. M. Tétrault pense qu’il est important de faciliter la tâche des immigrants qualifiés désireux de venir s’installer ici. « C’est plus facile de les recruter une fois qu’ils sont ici », note-t-il.

Au cours des prochaines années, le président de MEQ indique que les petites et moyennes entreprises auront besoin de 200 000 à 400 000 employés qualifiés. « Ces entreprises exportatrices sont essentielles à l’économie du Québec et il va falloir tenir des pourparlers pour trouver des solutions à la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée », dit-il.

Dans le domaine de la construction, il y aura aussi de 10 000 à 15 000 emplois à pourvoir ces prochaines années. En apprenant la hausse des refus de dossiers des travailleurs qualifiés, le porte-parole de la Commission de la construction du Québec, Simon-Pierre Pouliot, a indiqué qu’il s’agissait d’une « mauvaise nouvelle » et qu’il est important d’élargir le bassin de travailleurs qualifiés. Il a toutefois tenu à préciser qu’il est encore trop tôt pour dire si cette situation risque d’accroître le problème de pénurie de main-d’oeuvre qualifiée.

2 commentaires
  • gilbert trudel - Inscrit 13 novembre 2014 08 h 10

    2e article en deux jours, la campagne de désinformation est commencée

    Le Québec reçoit 50 000 immigrants par année soit l'équivalent de villes comme Rimouski, Shawanigan, Rouyn-Noranda. À chaque année.

    Le taux de chomage est de 7.7 %. 250 000 jeunes québécois n'ont pas d'emplois ou des emplois précaires. On pousse les plus de 50 ans vers la porte. 100 000 assistés sociaux. Et les familles monoparentales qui se débattent pour survivre à petit salaire.

    Mais ce n'est pas encore assez.

    Et voilà que le patronat se met de la partie. Un patronat qui, en réalité, est contre le plein emploi qui fait augmenter les salaires. Parce que le patronat veut un bassin permanent et important de chomeurs, de pauvres, d'étudiants à la recherche d'un emploi pour intimider les travailleurs et réduire leurs pouvoir de négociation salariale.

    Parce que une politique d'immigration sans limite n'est pas une politique de gauche, de hippies granoles ou de doux reveurs altermondialistes. C'est une féroce politique de droite qui vise à mettre les travailleurs en compétition l'un envers l'autre. pour les emplois existants.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 13 novembre 2014 12 h 35

      Je partage votre avis, monsieur Trudel.

      L'une des raisons souvent citées par le patronat pour justifier le recrutement outremer ou demander l'ouverture des frontières afin d'avoir accès à un bassin d'immigrants prêts à travailler moyennant une faible rémunération pour acquérir l'expérience "canadienne" qui leur fait défaut pour demander de meilleures conditions de travail, est que les employeurs ne peuvent trouver de candidats canadiens possédant les compétences qu'ils recherchent... comment cela peut-il être possible? Tous les ans, de jeunes diplômés canadiens intègrent le marché du travail, formés dans des écoles canadiennes dont les programmes ont été conçus pour répondre aux besoins du marché canadien.

      Mais, comme vous le dites si bien, la campagne de désinformation est bel et bien entamée.