Offensive improvisée contre la violence faite aux femmes

Une campagne d’affichage aux slogans provocateurs a cours à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une campagne d’affichage aux slogans provocateurs a cours à Montréal.

Si vous allez faire un tour au centre-ville de Montréal ces prochains jours, il y a de fortes chances pour que vous voyiez de nombreuses affiches dénonçant les agressions sexuelles placardées sur les murs publicitaires et les abris d’autobus.

Depuis l’affaire Jian Ghomeshi, de nombreux groupes de femmes et organismes d’aide multiplient les coups d’éclat pour sensibiliser l’ensemble de la société à ne plus tolérer la violence faite aux femmes et pour inciter aussi les femmes à dénoncer leur agresseur comme l’a fait, lundi, l’ancienne ministre libérale Sheila Copps.

Dans la métropole, un groupe de jeunes féministes a d’ailleurs trouvé le moyen de faire passer son message en dessinant des visages de femmes avec des slogans provocateurs tels que: « Ce n’est pas parce que j’suis dans un lieu public que mon corps en est un. » Sur leur site Internet, ontwach.wordpress.com, les filles expliquent que leur campagne « Stop au harcèlement » vise à inviter les femmes à circuler dans les lieux publics sans avoir peur de se faire agresser ou se faire regarder de travers. « Ceci est une invitation à se réapproprier nos espaces, à créer un climat de prise de pouvoir et de confiance, de solidarité », peut-on lire.

À Laval, les trois maisons d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale ont également lancé une campagne-choc intitulée « Vous n’êtes pas folle » affichée dans le métro et les stations de la Société de transport de Laval. Cette campagne menée aussi en anglais, en espagnol et en arabe, aspire à rejoindre les membres des communautés culturelles pour prévenir et pour endiguer la violence psychologique faite aux femmes.

« La violence psychologique entraîne chez ses victimes beaucoup de confusion, d’ambivalence, une baisse marquée d’estime de soi. Elles se sentent dans le fond souvent folles », mentionne Pascale Bouchard, la directrice de la Maison Le Prélude à Laval en ajoutant que de nombreux services d’aide sont disponibles 24 heures sur 24 et gratuitement.

L’intervenante espère ainsi que les femmes auront le courage de recourir aux services en cas de besoin, et qu’elles n’auront plus peur de briser le silence, comme l’ont fait, ces derniers jours, de nombreuses femmes et personnalités publiques dans le cadre du mouvement pancanadien « agression non dénoncée ».

Sheila Copps

Lundi, l’ex-ministre libérale Sheila Copps y est allée de sa propre sortie en révélant avoir elle aussi été agressée et violée lors de deux événements distincts. « Je n’ai pas seulement fait l’objet d’une agression sexuelle par un autre député », écrit-elle dans l’hebdomadaire Hill Times, où elle tient une chronique. « Quelqu’un que je connaissais m’a aussi violée. Je soupçonne que mon expérience n’a pas été très différente de celle de tant d’autres ? Je suis allée à la police. On m’a dit qu’une condamnation était impossible. La police a seulement rendu visite au coupable pour l’avertir de garder ses distances. »

L’agression, quant à elle, est survenue alors que la députée avait 28 ans et participait à un voyage parlementaire dans le nord de l’Ontario. Un collègue député l’a coincée dans un ascenseur. « J’ai repoussé mon agresseur et ai donné un coup là où ça fait mal lorsqu’il a tenté de me plaquer contre le mur pour m’embrasser », note Mme Copps qui prend la peine d’écrire après ce passage qu’au « risque d’être harcelée sur Twitter, je pense qu’il est important de faire la distinction, nuancée, entre un environnement de travail vicié et des signaux sexuels mal interprétés entre adultes ». Mme Copps n’a pas rappelé Le Devoir.

Avec Hélène Buzzetti

6 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 11 novembre 2014 07 h 27

    Bravo les filles....

    Vous allez finir par faire changer la société.

    • Christian Fleitz - Inscrit 11 novembre 2014 09 h 17

      Seulement les filles, c'est insuffisant : bravo, bien sur, mais il faut que tous hommes comme femmes se mobilisent.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 11 novembre 2014 08 h 48

    Violence psychologique ?

    QU'est-ce que c'est la violence psychologique ? On est rendu loin. Presque tout peut être considéré comme de la violence psychologique. Il n'y a pas de confusion possible quand c'est une atteinte physique, mais là on est dans la définition fourre-tout. Est-ce que l'indifférence et l'inaction sont des violences ? Tout le monde en prison tout de suite.

    Madame Copps dit : «des signaux sexuels mal interprétés entre adultes.». Déjà là, on est dans la confusion totale et on ne parle pas de violence psychologique. Elle échangeait des signaux sexuels qui ont été mal interprétés ? Peu importe, le collègue l'a agressée, voilà un fait.

    • Johanne Bédard - Inscrite 11 novembre 2014 22 h 28

      M. Chagnon,

      L'indifférence et l'inaction deviennent une forme de violence psychologique lorsque vous êtes témoin d'un fait qui porte préjudice à une tierce personne, et que vous ne faites rien pour empêcher ou dissuader... l'agresseur de cette personne qui subit le préjudice psychologique ou physique.

      C'est justement à cause de l'indifférence et du je m'enfoustime de notre société que des femmes subissent des blagues mysogines, offensantes, déplacées, innapropriées, indécentes, violentes, et qu'elles se font harcelées, violées et battre.

      Abstenez-vous de vos commentaires plates et désobligeants « Tout le monde en prison tout de suite ». À force de ridiculiser, de banaliser et de ne jamais s'indigner, l'humain perd sa dignité et il se perd lui-même. Nous vivons dans une société de plus en plus violente et on n'en n'a marre !

  • Christian Fleitz - Inscrit 11 novembre 2014 09 h 15

    Et si la peur du gendarme....

    ''Les droits des hommes résultent uniquement de ce qu'ils sont des êtres sensibles susceptibles d'acquérir des idées morales et de raisonner sur ces idées. Ainsi les femmes, ayant ces mêmes qualités, ont nécessairement des droits égaux. Ou aucun individu de l'espèce humaine n'a de véritables droits ou tous ont les mêmes.’’Condorcet 1791- Il est vrai qu'acquérir des idées morales et raisonner sur ces idées est particulièrement difficile dans un société dans laquelle, près de 50% de la population est ''analphabête fonctionnelle'', autant dire privée d'une capacité d'acquisition des connaissances qui permettent l'élévation de la pensée. Si l'on ajoute à ce constat la disparition des groupes véhiculant l'échange de pensés, victimes de l'individualisme découlant autant des effets de l'idéologie néolibérale que de l'excès de ''webomanie'', on n'est pas surpris du déficit moral constaté et de l'obscurantisme machiste que l'on observe. Ce n'est pas une raison pour accepter collectivement cette stupidité et c'est la raison pour laquelle il faut se mobiliser pour obtenir que, dans ce domaine, la législation soit singulièrement durcie à l'encontre des délinquants et que les juges cessent de concocter des décision ''eau tiède'' totalement inutiles. Pour les esprits obtus et réfractaires, la ''peur du gendarme'', surtout si celle-ci est efficace, est le meilleur moyen d'obtenir le respect des règles sociales, et peut-être d'améliorer l'éducation des plus frustres, toute autre approche relève intellectuellement de pratiques illicites sur les mouches.... Exigeons le respect systématique de tous et toutes.

    • Johanne Bédard - Inscrite 11 novembre 2014 22 h 29

      M. Fleitz,

      Merci pour votre commentaire. Enfin, un qui a compris.