Planification - La ville sera numérique et… intelligente

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Confluence est un nouveau quartier branché bâti sur les friches industrielles au sud du centre-ville de Lyon.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jeff Pachoud Confluence est un nouveau quartier branché bâti sur les friches industrielles au sud du centre-ville de Lyon.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lyon — Si le concept de ville intelligente semble incontournable pour l’avenir des métropoles, il demeure encore flou, voire l’objet d’essais et d’erreurs. La manière de prendre ce virage numérique varie beaucoup d’un endroit à l’autre.

 

Une quarantaine de projets, rien de moins. L’administration du Grand Lyon a décidé de transformer son agglomération en un laboratoire des potentiels urbains à l’ère numérique. Toutes ces initiatives sont associées à quatre piliers : l’énergie intelligente, les nouvelles mobilités, l’innovation dans les services et les conditions d’innovation. « La ville intelligente ne se réduit pas à un seul projet : c’est un ensemble d’actions qu’il faut lancer, une démarche qui doit être suffisamment globale, avec des projets qui doivent se répondre », a affirmé Karine Dognin-Sauze, vice-présidente à l’innovation et aux nouvelles technologies au Grand Lyon, lors du colloque sur les villes intelligentes organisé le 25 novembre dernier à l’hôtel de ville de Lyon.


Lyon smart community

 

L’une des initiatives les plus ambitieuses est sans doute la Lyon smart community, objet d’un investissement de près de 75 millions de dollars. Ce projet de démonstration, réalisé en partenariat avec l’agence japonaise Nebo, s’érige à Confluence, un nouveau quartier branché bâti sur les friches industrielles au sud du centre-ville. Il s’agit d’un îlot de trois bâtiments à énergie positive dotés de panneaux photovoltaïques et de tablettes tactiles pour suivre sa consommation d’électricité, de gaz ou d’eau. La livraison est prévue en 2015. Une flotte de 30 véhicules électriques destinés à l’autopartage est liée à ce projet.

 

Pour s’attaquer aux problèmes de la circulation, le projet Optimod cherche, à l’aide de nouveaux capteurs installés dans la ville et d’une nouvelle façon de traiter les données au sein d’une centrale de mobilité, à prédire le trafic, à créer des applications mobiles pour réduire le temps de transport et à fournir un service aux entreprises pour réduire leurs coûts associés à la livraison. Lyon mise beaucoup aussi sur le Lyon urban data, un partenariat public-privé qui sera implanté en 2014 dans le quartier Part-Dieu. Ce lieu se voudra un espace de collaboration, où des données publiques et privées seront échangées, pour élaborer les prototypes de nouveaux produits ou services et ensuite les tester auprès des citadins. Par contre, les citoyens ne semblent pas, pour l’instant, être mobilisés par ces projets. « Il est entendu que ce projet de ville intelligente les interpelle peu, reste inaccessible ou très peu défini et que c’est probablement au travers des usages dans leur quotidien qu’ils vont se rendre compte des améliorations apportées à la qualité de vie », a observé Mme Dogin-Sauze.


Montréal: du bas vers le haut

 

À Montréal, la situation est tout autre. Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, ne s’est pas fait tendre. « Je ne considère pas que Montréal brille par son intelligence », a-t-il lancé. N’empêche, l’Intelligent Community Forum a placé Montréal dans son dernier classement annuel des 21 villes les plus intelligentes du monde. « L’une des particularités de Montréal, ce sont l’émergence et l’audace de plusieurs groupes, issus de différentes communautés d’intérêt, à lancer et développer des initiatives sans vraiment attendre les politiciens », a expliqué Lidia Divry, directrice générale de la grappe des technologies de l’information et des communications (TIC) TechnoMontréal.

 

Le projet fédérateur Montréal métropole numérique, que la grappe porte à bout de bras, vise à créer un système collaboratif par le développement d’une plateforme d’innovation et de collaboration ouverte mettant à contribution la communauté des TIC, les universités, les PME et les grandes entreprises. De plus, TechnoMontréal cherche à « développer une stratégie pour faire de Montréal la capitale des Living labs en Amérique du Nord ». La dizaine de Living labs déjà actifs à Montréal sont des espaces de cocréation intégrant les usagers et les citoyens dans le processus d’élaboration de nouvelles technologies, souvent à vocation sociale.

 

Fab Lab Barcelona

 

Tomas Diez, directeur du Fab Lab Barcelona, a de son côté insisté sur l’importance, pour la ville intelligente, de mettre à la disposition des citoyens des outils numériques pour qu’ils participent, créent et innovent. Il a signalé que Barcelone, dans les cinq prochaines années, prévoit doter chacun de ses districts d’un Fab Lab, soit un laboratoire de fabrication ouvert, donnant à tous l’accès à des imprimantes 3D. Selon lui, le numérique nous entraîne dans une nouvelle révolution industrielle, où le citoyen peut devenir à la fois consommateur, usager et producteur, le média social Youtube en donnant la plus éloquente démonstration. « Un neurone, en soi, c’est stupide. Il y a de l’intelligence quand plusieurs neurones sont connectés et sont capables d’échanger des informations. Notre cerveau est composé de milliards de neurones et il y a une partie inconsciente, siège d’une intelligence que nous ne pouvons pas contrôler, a-t-il dit métaphoriquement. J’ai peur lorsque certaines personnes croient que la ville intelligente est une grande salle de contrôle, qui éteint et allume l’énergie à différents endroits de la ville, contrôle la circulation ou regarde les citoyens bouger. Ce serait vraiment stupide. Cela reviendrait à tout centraliser. »

 

Entre un modèle élaboré par les décideurs, comme à Lyon, et un autre soutenu par la base, comme à Montréal, Mme Divry croit qu’« il faut trouver un équilibre. Si en haut on dit qu’on a un plan numérique, mais que les citoyens n’y croient pas, le changement se fera difficilement et il va y avoir de la résistance. Quand les initiatives arrivent de la base, il y a une appropriation des thématiques numériques. Quand il y a une volonté politique par la suite, on accélère le mouvement, parce qu’on y croit tant à la base qu’au niveau politique. »

 

 

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