Port de signes religieux - Le principal syndicat des infirmières appuie la charte

Régine Laurent, présidente de la FIQ, assure que les débats se sont faits dans le « respect et l’écoute »
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Régine Laurent, présidente de la FIQ, assure que les débats se sont faits dans le « respect et l’écoute »
Note dissonante jusqu’à maintenant dans le réseau de la santé, le principal syndicat infirmier au Québec, la FIQ, appuie la charte des valeurs et l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans le système public.

Selon un sondage représentatif mené par la firme Repère communication auprès de 647 des 62 000 membres de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), 60,1 % d’entre elles se sont dites en accord avec le projet de charte. En instance, le vote des déléguées des différents syndicats locaux s’est fait encore plus clair : 80 % se sont rangées du côté de la charte telle que présentée dans le projet de loi 60 de Bernard Drainville.

« C’est une décision courageuse. Nos membres prennent une décision collective pour l’avenir », selon la présidente de la FIQ, Régine Laurent.

Un peu plus de 60 % des sondées se sont prononcées pour l’interdiction de signes religieux visibles. Régine Laurent assure que les débats se sont faits dans le « respect et l’écoute ». « Je ne sens absolument pas de tension », dit-elle.

Régine Laurent ignore combien de ses membres portent le voile ou un autre signe religieux visé par la charte. « Ça aurait pu être discriminatoire de poser la question », explique-t-elle. Aucune des déléguées appelées à voter sur la proposition ne porte le voile non plus. « Certaines déléguées ont exprimé un malaise, car elles ont des membres qui portent le voile, raconte Mme Laurent. Elles étaient moins à l’aise de prendre position. Elles ont dit qu’on devra s’assurer que le gouvernement et les gestionnaires vont gérer l’application de la loi avec doigté et respect. »

Des accommodements à baliser

La FIQ défendra-t-elle ses membres qui risqueraient des sanctions ou même la perte de leur emploi si le projet de loi 60 est adopté ? « Notre mission première reste la défense de nos membres », assure Mme Laurent, mais elle ajoute qu’elle demandera à ses membres de respecter la loi. « Ce n’est pas paradoxal, assure-t-elle. Quand une infirmière est prise à voler des narcotiques, ce n’est pas légal, on est contre, mais ça arrive. Quand c’est le cas, on l’accompagne afin qu’elle revienne au travail correctement. »

Autre important volet de la charte, 55 % des infirmières sondées affirment recevoir des demandes d’accommodements religieux de la part de patients. Ce qui fait dire à Mme Laurent que le phénomène est plus fréquent que ce qu’affirment les gestionnaires du réseau de la santé et qu’il faut les baliser.

Le quart des demandes se règlent d’elles-mêmes, alors que plus du tiers se règle au sein des équipes de soins. L’autre tiers est transmis au supérieur immédiat.

Jusqu’à maintenant, l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), les médecins résidents et les médecins spécialistes se sont prononcés contre la charte des valeurs. Certains, comme les médecins omnipraticiens et l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), ont sondé leurs membres sans encore se prononcer officiellement.

La CSN, qui regroupe des milliers de travailleurs de la santé, doit pour sa part prendre position la semaine prochaine à l’occasion de son conseil fédéral.

Réactions

La présidente de Pour les droits des femmes du Québec (PDF), Michèle Sirois, s’est réjouie de la prise de position de la FIQ « parce qu’il s’agit d’une organisation composée d’une majorité de femmes qui travaillent en première ligne auprès de la population », a-t-elle fait savoir par voie de communiqué. Selon Mme Sirois, cet appui est d’autant plus significatif que les infirmières sont « confrontées directement à des revendications à caractère religieux ».

À l’opposé, le président de Québec inclusif, Rémi Bourget, se dit perplexe qu’un syndicat « censé protéger les emplois de tous leurs travailleurs » se prononce pour la charte. « C’est aussi s’engager sur une pente glissante que de soumettre à l’opinion de la majorité par sondage pour déterminer la position sur la minorité. C’est justement pour ça qu’on confère des droits fondamentaux aux minorités [dans les chartes des droits] ».

Aroun Bouazzi, de l’Association des musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, voit mal comment une infirmière issue d’une minorité religieuse pourra demander l’appui de son syndicat à l’avenir.

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