La musique pour contrer le décrochage - L’orchestre comme mode de vie

Répétition des élèves de Kahnawake et de Pointe-Saint-Charles en vue de leur concert de fin d’année.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Répétition des élèves de Kahnawake et de Pointe-Saint-Charles en vue de leur concert de fin d’année.

Depuis l’automne, deux groupes d’enfants, de Pointe-Saint-Charles et de Kahnawake, s’initient à la vie d’orchestre. Le projet, piloté par une enseignante de musique de l’école Face, vise d’abord et avant tout l’intégration sociale. Il s’inspire d’un modèle vénézuélien.


Du haut de ses 8 ans, Chayleigh Curotte, de Kahnawake, ne se lasse pas de se rendre chaque jour, après l’école, à la pratique de son orchestre. « Je suis contente d’apprendre le violon, dit-elle. C’est à la fois facile et difficile. » Avec une dizaine d’autres enfants de la communauté mohawk de Kahnawake, Chayleigh fait partie d’un orchestre depuis l’automne. Cet orchestre est lié au projet-pilote Viva Sistema, dont l’initiatrice montréalaise est une professeure d’instruments à cordes de l’école à vocation artistique Face, Theodora Stathopoulos.


Jeudi, les élèves de Kahnawake et ceux de l’école Saint-Gabriel, de Pointe-Saint-Charles, étaient réunis à Montréal pour une répétition de leur concert de fin d’année.


Contrairement aux méthodes traditionnelles d’enseignement de la musique, le projet Viva Sistema a pour but de contrer le décrochage scolaire et de favoriser une meilleure intégration à la communauté. « On se sert de la musique pour le changement social », explique Theodora Stathopoulos. Viva Sistema a pour modèle le programme El Sistema, mis sur pied en 1975 par le musicien vénézuélien José Antonio Abreu. Ce programme permet aux enfants des bidonvilles du Venezuela de participer gratuitement à un orchestre. « Il y a maintenant plus de 300 000 jeunes Vénézuéliens qui font partie d’orchestres. Cela les a littéralement sauvés de la rue », raconte Theodora Stathopoulos. Les élèves potentiellement ciblés par Viva Sistema sont à risque de décrochage scolaire, et ils n’ont pas les moyens de se payer des cours de musique privés.


Plutôt que de demander à l’élève de suivre une formation en privé avec un professeur, tout l’apprentissage s’y fait en groupe, par la voie d’un orchestre. C’est ainsi qu’on y développe l’entraide, et l’engagement.


« C’est un excellent remède contre l’intimidation, parce que les enfants ont intérêt à ce que tout le monde réussisse », remarque Nicola Miller, une étudiante en enseignement de la musique de l’Université McGill, qui donne bénévolement les cours de musique aux enfants de Kahnawake. « La méthode n’est pas axée sur la performance, mais plutôt sur le fait de se rendre aux classes tous les jours. » Auprès des élèves, Nicola Miller travaille avec Kaia’tanoron Dumoulin, une Mohawk qui a reçu une formation en musique avec Theodora Stathopoulos à l’école Face.


« Ça fait vraiment une grande différence pour les élèves. Ça paraît dans leur comportement », remarque Kaia’tanoron, qui est aujourd’hui étudiante en beaux-arts au cégep Dawson.


Donna Curotte, la maman de Chayleigh, remarque aussi que sa fille prend de l’assurance depuis qu’elle fait de la musique, qu’elle a une plus grande facilité à s’exprimer.


Il faut dire qu’on trouvait déjà quelques musiciens dans la famille paternelle de Chayleigh. Car il y a chez les autochtones de nombreux violoneux, qui ont appris la musique par oreille, et qui se sont transmis des airs de génération en génération.

 

Programme gratuit


Le programme de Viva Sistema est entièrement gratuit, et repose largement sur l’implication de bénévoles comme Nicola Miller et Kaia’tanoron Dumoulin. La première année, les élèves se voient confier un violon. La deuxième année, ils apprivoisent le violoncelle, puis, la troisième année, ils s’initient aux instruments à vent. Ils ont entre sept et dix ans.


Une période de la formation est consacrée à l’aide aux devoirs des élèves, ce qui se complique lorsque ceux-ci sont en langue mohawk, comme c’est souvent le cas à l’école d’immersion en langue mohawk de Kahnawake.


« La bibliothécaire de l’école nous apporte bénévolement son soutien pour aider les élèves à faire leurs devoirs en mohawk », raconte Nicola Miller.


« Nous ne prenions que 15 personnes, mais il y a rapidement eu 30 demandes dans la communauté de Kahnawake », relève Mme Stathopoulos. Quand les autres enfants entendent le son de la musique qui s’échappe de l’orchestre, ils sont de plus en plus nombreux à avoir envie d’y participer. « À cause de restrictions budgétaires, on ne pouvait pas ouvrir deux groupes », dit-elle.


Au Venezuela, le gouvernement paie une bonne partie des activités liées au programme El Sistema, qui par ailleurs, fait des petits un peu partout dans le monde.


Présentement, il n’y a au Québec qu’un seul projet de Viva Sistema, celui qui a cours à Kahnawake et à Pointe-Saint-Charles.


« Je crois qu’il devrait y en avoir dans toutes les communautés autochtones », commente Kaia’tanoron Dumoulin.

9 commentaires
  • Jean-Robert Primeau - Inscrit 29 mars 2013 07 h 35

    Bravo !

    J'offre mes félicitations les plus sincères aux femmes bénévoles de ce projet. C'est une vraie merveille et je me demande quand nous pourrons offrir ce programme dans tous les quartiers pauvres de Montréal et d'ailleurs.

  • Claude Smith - Abonné 29 mars 2013 08 h 23

    Très intéressant !

    Je trouve très intéressant de lutter contre le décrochage scolaire par la musique instrumentale ou vocale. Malheureusement, notamment dans les polyvalentes, pour avoir accès à ces activités, il faut avoir de bonnes notes. Cela est vrai aussi au niveau sportif. Il en résulte que, pour l'élève en difficulté d'apprentissage, il ne retrouve pas à l'école le rayon de soleil lui permettant d'y trouver un certain intérêtà la fréquenter.

    Claude Smith

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 mars 2013 09 h 49

      L'idée c'est que les élèves cherchent à faire monter leur notes pour faire parti de la «chorale». C'est comme à la pèche, faut accrocher l'hameçon à la ligne; jeter des hameçons dans le lac... pas d'avance !

    • Claude Smith - Abonné 29 mars 2013 14 h 34

      Je serais d'accord avec vous si on tenait compte des capacités d'un élève, du soutien qu'il reçoit notamment dans son milieu familial.

      Claude Smith

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 mars 2013 06 h 26

      Ah bien là si vous ajoutez le millieu famillial, votre argument prend de l'empleur et en plus des capacités du jeune, là on ne parle plus de la même chose encore.

      J'ai offert une guitare à mon petit fils. Une guitare sèche. Pas contant le jeune parce qu'il voulait avoir une guitare électrique pour accrocher sur son mur de chambre. C'est pas tout à fait dans le sujet, mais c'en est pas si loin quand on y pense. Un autre que j'ai vu capotais sur un set de drums parce qu'il y avait plusieurs morceaux, mais pas capable de faire 1 et 2.

      La musique comme le sport, c'est pas pour tout le monde. Y a pas de panacée.

  • Michel Mongeau - Inscrit 29 mars 2013 09 h 07

    Et pourtant, c'est connu!

    Et pourtant, nous savions cela depuis des lustres. Aux USA, notamment dans la communauté afro-américaine, nombreux sont les mécènes qui ont soutenu et soutiennent toujours l'apprentissage de la musique et la formation d'orchestres, de big bands, de chorales dans les écoles défavorisées de leur communauté. Mais ici, nous préférons souvent gaspiller nos ressources dans des réformes bâclées et prêter foi aux multiples courants pédagogiques qui prétendent avoir enfin découvert
    la panacée de l'éducation collective. Navrant!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 mars 2013 06 h 34

      Les «multiples courants pédagogiques» malheureusement servent trop souvent à ceux qui s'en mêlent de plateformes pour démontrer leur acquis pédagogique plutôt que se tourner vers les jeunes. Palabrer pendant des lunes sur la formation n'apporte pas le même résultat qu'en faire ! Discuter profondément sur la température plus chaude quand il neige que quand il fait soleil en février n'enlèvera pas celle-ci de votre stationnement, sauf si vous en parler jusqu'en juin !

  • Lorraine Beauvais - Abonnée 29 mars 2013 22 h 29

    Lorraine beauvais

    Pour les sportifs, il existe le programme Bien dans mes baskets à l'école Jeanne-Mance qui possède des valeurs et une philosophie d'intervention qui semble très voisine du projet Viva Sistema.

  • Lorraine Beauvais - Abonnée 30 mars 2013 10 h 52

    Et ça continue...

    J'ai omis d'écrire que le programme Bien dans mes Baskets fait des petits actuellement au Québec, au primaire principalement à l'école au Pied-de la Montagne à Montréal et au secondaire aux écoles Gérard-Filion de Longueil et Mont-de-La Salle à Laval.