Fédération interprofessionnelle de la santé - «Prenons aussi soin de nous »

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Régine Laurent, présidente de la FIQ
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Régine Laurent, présidente de la FIQ

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme - 1er mai 2012

Dans le concert des difficultés traversées au cours des dernières années, une note festive résonnera dans les murs de la Fédération interprofessionelle de la santé (FIQ) ; elle atteindra bientôt son quart de siècle. Tour d’horizon des dossiers en cours, chez cette organisation syndicale en bonne santé, avec sa présidente, Régine Laurent.

Régine Laurent laisse trans-paraître dans sa voix un ton joyeux, là d’où elle s’a-dresse au Devoir, soit à Genève, en Suisse ; elle n’est pas peu fière de voir la FIQ atteindre ses 25 ans : « On a fait beaucoup, mais on est jeune. C’est le 2 décembre 1987 qu’a eu lieu la fusion de trois fédérations pour créer notre centrale, et, tout au long de l’année, il y aura des activités spéciales pour souligner cet événement ; on va même tenir nos rencontres de déléguées à l’extérieur de Montréal. »


La thématique retenue pour marquer cet anniversaire est la suivante : « Fière et engagée, à votre santé! » « Il y a une chose qui me tient à coeur et qui sera soulignée en mai, durant notre mois santé : devant les heures supplémentaires, la détresse psychologique, les abus que vivent les professionnelles en soins, on a choisi de placer celui-ci sous le thème « Prenons aussi soin de nous ». Alors, on dit à nos membres : prenez également soin de vous, c’est correct et c’est professionnel de le faire, si vous voulez être capables de dispenser des soins sécuritaires et de qualité. »


La FIQ est affiliée à l’Internationale des services publics, et Régine Laurent participait en Suisse à une rencontre du secteur santé de cette organisation, au moment de l’entrevue. Il y avait là des infirmières venues de nombreux pays : « Pendant trois jours, on s’est penché sur les recommandations qu’on aimerait voir être débattues au prochain congrès, en novembre 2012. On souhaitait aussi voir quels types d’actions on pouvait mettre de l’avant dans nos différents pays, à condition bien sûr qu’elles soient adaptées à chacune de nos réalités ; après avoir partagé nos différentes expériences et expertises, il s’est agi de regarder ce qu’on pouvait faire ensemble. »

 

Les nouvelles règles du jeu


De la scène internationale, la présidente passe au Québec, où elle cerne une des avancées majeures qui ont marqué la vie syndicale au cours des derniers mois : « Le dossier qui a évolué, c’est celui qui a trait à toute la main-d’oeuvre indépendante ; il faut se rappeler à ce sujet que, dans la convention collective, on a arraché au gouvernement qu’il s’engage à travailler à une réduction de 40 % de cette main-d’oeuvre au cours des prochaines années. On a également obtenu un gain à ce propos parce que, pour la première fois, le ministère de la Santé a envoyé une circulaire aux établissements qui encadre de façon très stricte comment ceux-ci peuvent faire appel aux agences privées. Finalement, on a effectué un pas en avant dans ce domaine, sur le plan juridique, à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. »


En même temps, elle se montre contrariée par un aspect de l’organisation du travail : « Tout n’est pas réglé. Il y a encore un grand nombre d’employeurs qui éprouvent un malaise à mettre en place une structure de postes qui a du bon sens. » Elle s’explique : « Malgré le taux de main-d’oeuvre indépendante réduit, on a encore un taux élevé de plus de 50 à 60 % d’infirmières et d’infirmières auxiliaires qui occupent des postes à temps partiel. Cette situation est difficile à comprendre et il reste à obtenir des gains sur ce plan. »


Elle aborde par la suite le dossier de l’impact des nouvelles conventions collectives sur le travail des professionnelles : « On a éprouvé quelques difficultés parce qu’il y a eu plusieurs établissements où les employeurs affirmaient avoir des problèmes informatiques ; il aura fallu une période de presque un an pour mettre en vigueur les nouvelles primes majorées et les gens en ont été privés durant de très longs mois. Je me montre aussi perplexe, ce que j’avais laissé savoir durant la négociation, sur la création d’un grand nombre de comités ; c’est bidon dans certains cas, et il y en a qu’on a décidé de quitter. »


Elle fournit un exemple : « Il y a des comités qui visent à maintenir l’attraction et la rétention du personnel qui travaille en CHSLD auprès des personnes âgées. On était d’accord et on avait posé un diagnostic commun, le gouvernement et nous, pour dire qu’il faut faire quelque chose dans ce milieu-là pour attirer et surtout garder les gens qui travaillent auprès de ces bénéficiaires. On s’est présenté de bonne foi dans ces comités avec des dossiers bien montés ; sauf que le gouvernement ne veut pas mettre un sou là-dedans. Disons que c’est un peu choquant. »

 

Dans les jours à venir


Régine Laurent laisse savoir que la Fédération entend maintenant se montrer vigilante à propos de certaines orientations ministérielles : « Parmi les grands dossiers qui nous attendent, je dirais qu’on va beaucoup travailler à faire attention à tous ces projets lean Toyota qui sont tellement chers au ministre Bolduc ; on se rend compte que le gouvernement mise beaucoup là-dessus et on a demandé des rencontres régulières à ce sujet avec le ministre, qui ont eu lieu. »


Elle clarifie la position de la Fédération : « On réclame que les directrices des soins infirmiers soient placées au coeur de ces projets-là, car, lorsqu’on parle de l’organisation du travail et de la dispensation des soins, il est clair pour nous que celles-ci figurent avantageusement dans le portrait. »


Elle signale en outre que la FIQ s’est prononcée clairement sur la formation dévolue au personnel infirmier, au moment où la présidente de l’Ordre des infirmières, Gyslaine Desrosiers, prône l’obtention universelle d’un baccalauréat : « Je l’ai dit lors du dernier congrès de l’Ordre et devant celle-ci, qui n’était pas du tout surprise de notre positionnement ; j’ai dit qu’on prendrait le temps qu’il faudrait pour faire nos discussions. On ne pense pas que la diplomation soit le seul critère ; au-delà d’exiger cette formation, il faut se demander : qu’est-ce que les infirmières vont faire de plus ? Est-ce que cela va changer l’ensemble de l’organisation des soins ? Pour les autres membres de l’équipe de soins, quelles seront les répercussions ? Nous, on regroupe aussi des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes. »


Elle assure « qu’il faut regarder toute l’organisation du travail et des soins et on va surtout faire beaucoup de consultations auprès de nos membres avant de prendre une position, Donc, on n’est pas pressées. »


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