Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac - Il y a 100 ans, arrive en terre québécoise Dom Paul Vannier

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Ce sont aujourd’hui 43 moines, dont 26 pre?tres, qui composent la communaute? de Saint-Benoi?t-du-Lac. La fromagerie reste leur principale source de revenus, au me?me titre que le verger, la vente des pommes et de leurs sous-produits.<br />
Photo: Source Abbaye Saint-Benoît-de-Lac Ce sont aujourd’hui 43 moines, dont 26 pre?tres, qui composent la communaute? de Saint-Benoi?t-du-Lac. La fromagerie reste leur principale source de revenus, au me?me titre que le verger, la vente des pommes et de leurs sous-produits.

Ce texte fait partie du cahier spécial Religion - Pâques 2012

4 juillet 1912 - Dom Paul Vannier, au nom de l'abbaye normande de Saint-Wandrille, arrive à Montréal avec le mandat de fonder un établissement bénédictin au Canada français. Cent ans plus tard, quarante-trois moines composent la petite communauté religieuse de Saint-Benoît-du-Lac, à une vingtaine de kilomètres de Magog, et l'abbaye fait partie des deux lieux recevant le plus de touristes chaque année dans les Cantons-de-l'Est.

Cent ans. L'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac a pourtant bien failli ne jamais atteindre cet âge canonique. À l'époque, les lois antireligieuses de 1880 et 1901 obligent les communautés religieuses à quitter la France et certaines d'entre elles cherchent un endroit pour s'y établir.

«Le Québec semblait être une terre d'accueil favorable, raconte Dom René Salvas, moine de l'abbaye et auteur d'un ouvrage sur son histoire. Parce qu'on y parlait le français et parce que la grande majorité de la population y était profondément catholique. Le diocèse de Sherbrooke a été choisi parce que l'évêque souhaitait y voir s'installer une communauté bénédictine. Mais les premières années ont été très difficiles. Manque de ressources financières, manque de personnel. Et puis, un événement tragique: le père fondateur, Dom Paul Vannier, sur les épaules duquel tout reposait, s'est noyé le 30 novembre 1914. Durant la guerre, toutes les communications avec l'abbaye fondatrice de Saint-Wandrille sont interrompues. En 1919, les relations reprennent, quelques moines partent en Europe pour faire leurs voeux solennels et parviennent à convaincre l'abbaye mère qu'il faut continuer...»

La situation reste cependant très précaire et l'abbaye végète pendant une vingtaine d'années, faute de moyens financiers et, encore et toujours, de personnel. «Les vocations étaient rares, poursuit Dom René Salvas. C'était compliqué car, pour faire son noviciat, il fallait se rendre en Europe. L'abbaye fondatrice prenait une partie des coûts à sa charge, mais ça restait quand même risqué de s'engager dans cette voie. À trois reprises, les moines ont voulu quitter Saint-Benoît-du-Lac pour se rapprocher d'un centre urbain. Il ne faut pas oublier qu'entre novembre et mai, à l'époque, la route de Magog était impraticable et les moines, complètement isolés. Ça ne favorisait pas non plus le recrutement.»

De monastère à abbaye

Mais la communauté tient bon et commence à prendre son essor dans les années 30, alors que Dom Léonce Crenier en prend la tête. Toutes les étapes canoniques sont franchies. Au départ, il ne s'agit en fait que de cinq maisons monastiques. En 1929, le monastère devient un prieuré simple, en 1935, un prieuré conventuel — il acquiert alors son autonomie par rapport à sa maison mère — et, en 1952, une abbaye. «Ce qui signifie qu'elle répondait à certaines exigences canoniques en ce qui concerne les moyens financiers et le nombre de prêtres notamment. En 1955, soixante-dix-neuf moines composent la communauté. C'est le maximum atteint. Aujourd'hui, nous sommes quarante-trois, dont vingt-six prêtres.»

Quarante-trois moines à suivre la règle de Saint-Benoît, l'un des ordres contemplatifs. «Nous n'avons pas de ministère actif, pas de paroisse, pas de collège, explique Dom René Salvas. L'essentiel de nos activités se résume à la prière et au travail. Travail intellectuel tout d'abord: certains moines sont affectés à l'enseignement de la philosophie et de la théologie; nous avons des sessions de chant grégorien et, à ce titre, il faut souligner l'apport de notre abbaye à la diffusion de ce chant; enfin, dans le cadre de notre hôtellerie, nous avons des visiteurs qui font des séjours de recueillement, de prière et de détente, et certains d'entre nous répondent à leurs demandes, les soutiennent dans leur démarche, les guident dans leur questionnement. Mais le travail manuel tient également une grande place dans notre vie quotidienne.»

Une ferme pour vivre

Ainsi, dès la fondation du monastère, une ferme est achetée avec le cheptel et les terres, et les premiers moines subsistent grâce aux récoltes et au troupeau. La fromagerie débute en 1943. On y fabrique l'Ermite, un fromage bleu, le Mont-Saint-Benoît, un type de gruyère très doux, le Le Moine, encore un type de gruyère mais à saveur plus marquée.

Ce sont aujourd'hui principalement des laïcs qui y travaillent, car la communauté religieuse est vieillissante, mais la fromagerie reste la principale source de revenus, au même titre que le verger et la vente des pommes et de tous leurs sous-produits: compote, cidre, etc.

Célébrations 2012

2012, année du centenaire de l'abbaye, donc. Plusieurs événements vont ainsi avoir lieu pour souligner cet anniversaire. Points d'orgue de ces célébrations: le 27 mai, dimanche de la Pentecôte, le jubilé d'or de profession du père abbé Dom André Laberge, et le 4 décembre, la clôture des festivités avec une grande messe présidée par l'archevêque de Sherbrooke, Mgr Luc Cyr.

Malgré cette grande année ponctuée par une multitude de célébrations, l'avenir de l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac ne semble pas tout rose. Depuis les années 1960, le nombre des moines n'a cessé de baisser. «La faute à la déchristianisation du Québec, souligne Dom René Salvas. Phénomène qu'on retrouve en Europe et aux États-Unis, par ailleurs. Les familles chrétiennes sont moins pratiquantes, ça ne favorise pas les vocations. Mais il faut cependant garder confiance et espérance, poursuit-il. Si le Seigneur souhaite que l'abbaye de Saint-Benoît-du-Lac traverse encore cent années, il va faire naître la vocation chez les jeunes et faire en sorte qu'ils trouvent courage et générosité pour entrer dans la vie monastique, franchir le seuil du monastère.»

Dom René Salvas, ainsi que le père abbé Dom André Laberge, seront à la librairie Paulines, 2653, rue Masson à Montréal, le 5 juin prochain, pour le lancement de l'ouvrage de René Salvas sur l'histoire de l'abbaye.

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Dans la beauté de la paix
Histoire de l'abbaye
Saint-Benoît-du-Lac
Père René Salvas
Novalis, Montréal, 2012
264 et 248 pages
59,95 $ et 24,95 $

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Collaboratrice du Devoir