Tammy Beauvais, créatrice de mode - Une petite touche d'Iroquoisie

La designer de mode Tammy Beauvais et son mari, qui porte une création inspirée de la tradition autochtone.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La designer de mode Tammy Beauvais et son mari, qui porte une création inspirée de la tradition autochtone.

C'est lorsqu'elle avait huit ans et qu'elle devait assister à une cérémonie traditionnelle à Kahnawake que Tammy Beauvais a décidé de devenir designer de mode. La petite fille, dont la mère était mère de clan, rêvait en effet d'avoir un costume traditionnel iroquois comme elle en avait vu dans d'autres réserves aux États-Unis, mais elle n'en trouvait aucun à Kahnawake.

La petite Tammy se met donc en tête de confectionner son propre costume, pour l'une des nombreuses cérémonies d'actions de grâce qui ont lieu chaque année, à la maison longue de Kahnawake, pour saluer le cycle des saisons.

Des décennies plus tard, Tammy Beauvais tient sa boutique de vêtements, Tammy Beauvais designs, inspirés de la tradition iroquoise, rue Clay Mountain, à Kahnawake. On y trouve des vêtements modernes, mais ornés de ce petit quelque chose qui témoigne de la longue tradition autochtone de la Confédération iroquoise des six nations.

Tammy Beauvais fabrique par exemple des étoles de graduation, pour les autochtones diplômés, ornées du symbole de la Confédération des six nations iroquoises: quatre anneaux réunis par un losange. «Je fais des vêtements pour les écoles de tous les niveaux, du préscolaire à l'université», dit-elle.

Pourquoi quatre anneaux alors qu'il y a six nations? «Parce qu'à l'origine la Confédération se voulait ouverte à la venue d'autres nations», explique-t-elle. Mais il est peu probable que d'autres nations s'ajoutent à la Confédération aujourd'hui. «Maintenant, nous avons tellement de travail simplement à préserver notre identité que je ne crois pas que nous soyons capables d'accueillir de nouvelles nations», dit-elle.

La Confédération des six nations iroquoises regroupe donc les six nations mohawk, seneca, cayuga, onadaga, onaida, tuscarora, au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Les Tuscaroras, qu'on retrouve en Caroline du Nord, se sont joints à la Confédération iroquoise après le contact avec les Blancs.

Mais, selon Tammy Beauvais, les traditions ne sont pas aussi éteintes qu'on le croit, même tout près de Montréal, à Kahnawake.

«Nous célébrons treize cérémonies par année, pour célébrer le cycle du temps. Le nouvel an, au mois de janvier, dont la date est établie en fonction de la position des étoiles, mais aussi l'arrivée du sirop d'érable, celle des petits fruits, par les fraises, par exemple, ou l'arrivée des haricots ou du maïs. Cela a beaucoup à voir avec la nourriture, mais aussi avec la médecine, nous célébrons les plantes médicinales, au printemps», dit-elle.

Selon Tammy Beauvais, de plus en plus de Mohawks se rendent à ces cérémonies aujourd'hui. «Je crois que de moins en moins de personnes vont à la messe et de plus en plus de personnes vont à ces cérémonies traditionnelles.»

Ces cérémonies ne sont d'ailleurs pas ouvertes au public ou aux touristes. «Ce sont des événements très privés».

Tammy Beauvais a donc commencé à coudre ces vêtements traditionnels, que les Mohawks ne veulent pas appeler des «costumes», dès l'âge de 13 ans. Et elle amorce alors ses recherches sur la culture traditionnelle iroquoise.

«Je crois que, à cause de la situation géographique de Kahnawake, nous avons perdu beaucoup de notre culture. Plus que d'autres communautés plus isolées, plus qu'Akwesasne, par exemple. Comme nous sommes près de l'eau, nous avons probablement été l'une des premières nations autochtones à être en contact avec les Blancs», dit-elle.

Dans la mythologie iroquoise, la création du monde arrive avec une femme enceinte, nichée dans le monde des cieux, qui, en raison de sa grossesse, a une envie folle de nourriture nouvelle. C'est en fouillant le sol à la recherche de cette nourriture qu'elle traverse le dôme du ciel et tombe dans l'océan, avant de se retrouver sur le dos d'une tortue, sur laquelle se développera la terre.

Tammy Beauvais elle-même dit provenir du clan de la tortue, l'appartenance clanique se transmettant chez les autochtones par la mère.

«Beaucoup de personnes n'ont pas de clan, parce que leur père, qui pouvait avoir une appartenance clanique, a épousé une femme qui n'en avait pas. Le père ne peut pas transmettre l'appartenance clanique», dit-elle.

Plusieurs vêtements confectionnés par Tammy Beauvais sont donc décorés de tortues, tandis que d'autres portent le symbole du traité signé avec George Washington ou que d'autres encore évoquent l'ours et ses griffes.

«Pas besoin d'être du clan de l'ours pour porter ces vêtements!», dit-elle. Ce sont d'ailleurs des vêtements modernes que Tammy Beauvais est intéressée à confectionner. «Avec juste une subtile petite touche iroquoise, dit-elle. J'aime les vêtements parce qu'ils ne sont menaçants pour personne.»

Plusieurs de ses vestes portent aussi le symbole de la plume, très prisé chez les Cris et les Ojibways, parmi lesquels Tammy Beauvais a beaucoup vécu, entre autres au Manitoba.

«Le centre de la plume indique une forme de destin, tandis que les poils de la plume représentent toutes les décisions que nous prenons, bonnes ou mauvaises», dit-elle.

Le jour de notre rencontre, Tammy Beauvais se préparait activement aux pow-wows mohawks de Kahnawake et de Kanesatake. Elle vend également ses créations dans différentes conférences et aimerait ouvrir son marché au grand public.

«Mais le gros de ma clientèle demeure autochtone, et c'est bien comme ça», dit-elle.

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Pour voir les créations de Tammy Beauvais: https://www.tammybeauvais.com
1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 19 juillet 2011 00 h 31

    Grande déception...

    Je suis allé voir le site de Madame Beauvais.
    Malheureusement, il vaut mieux savoir parler anglais pour pouvoir y acheter...

    Qui sait, se sera peut-être pour une prochaine fois ?