Un zoo le jour

Marie-Josée Limoges<br />
Photo: Marie-Josée Limoges

Dans la salle d'opération de l'hôpital vétérinaire du zoo de Granby, le singe rouge Worf subit son détartrage annuel des dents. L'équipe vétérinaire du zoo a en effet profité du fait que le singe est anesthésié pour l'examen d'un fémur pour procéder à son examen général annuel.

Le singe rouge, qu'on appelle aussi singe patas, s'est cassé un fémur, il y a deux mois, durant la nuit. Ces singes, originaires des savanes africaines, ont de longs membres qui leur permettent de se déplacer rapidement. Worf a subi une intervention chirurgicale et il est traité à l'hôpital du zoo depuis.

Marie-Josée Limoges, la vétérinaire du zoo, procède ainsi à quatre ou cinq interventions par semaine, que ce soit sur des lions ou sur des perroquets.

Worf a 21 ans. Il vivra sans doute plus vieux en captivité que ses congénères des savanes africaines, entre autres grâce aux soins qu'on lui prodigue et de l'absence de prédateurs. Mais la vie au zoo a sa part d'inconvénients. Les animaux, qui ne peuvent pas se déplacer autant que dans la nature, doivent manger des rations moins importantes de nourriture pour ne pas devenir obèses.

Aussi, un animal comme Worf a une vie sociale très intense, et le fait d'être isolé de ses amis durant deux mois lui cause un stress intense, qui nécessite l'administration d'anxiolytiques.

Mais, mis à part ces cas exceptionnels, Marie-Josée Limoges est catégorique: les animaux du zoo de Granby ne sont pas médicamentés. Ils ne chassent pas de proies vivantes, bien sûr, mais un animal comme le lion mange chaque jour huit livres de viande rouge. Selon Marie-Josée Limoges, l'instinct des prédateurs, comme les tigres ou les léopards, n'est pas atrophié par leur séjour au zoo. Les animaux ne sont tout simplement pas soumis à la stimulation nécessaire pour développer les réflexes suivants: poursuivre, tuer et manger.

Puis, les animaux, comme l'humain d'ailleurs, sont naturellement paresseux. Rien ne sert de courir, il faut être servi à point...

Nés en captivité


Il faut dire aussi que la très grande majorité des animaux du zoo de Granby, et il y en a beaucoup, est née en captivité, dans différents zoos.

Depuis l'arrivée de Joanne Lalumière à sa direction générale en 2004, le zoo de Granby a en effet récupéré son accréditation au sein de l'AZA (Association of Zoos and Aquariums), qui regroupe différents zoos d'Amérique du Nord.

«Juste avant que j'arrive, le zoo avait perdu son accréditation à cause d'espaces jugés inadéquats. On a dû se débarrasser de certains animaux, comme l'ours polaire, par exemple», explique Mme Lalumière.

Les rhinocéros ont également dû quitter le zoo temporairement, le temps qu'on leur trouve de nouveaux espaces plus adéquats.

Depuis quatre ans, le zoo permet également au public d'aller visiter les animaux dans leurs quartiers d'hiver, c'est-à-dire souvent à l'intérieur.

«On essaie de laisser les animaux le plus libres possible de circuler à l'intérieur ou à l'extérieur», dit Mme Lalumière.

Les éléphants, semble-t-il, ne dédaignent pas une petite promenade dans la neige, tandis que les lions préfèrent généralement rester à l'intérieur, même quand les portes leur sont grandes ouvertes.

Des espèces menacées


Diplômée en géographie, en agronomie et en sciences environnementales, Mme Lalumière ne considère pas que la direction d'un zoo soit contraire à ses convictions environnementales.

En fait, 50 des quelque 250 espèces que l'on retrouve au zoo sont des espèces menacées. Et ces espèces sont souvent, semble-t-il, mieux protégées en captivité que dans la nature.

Reste que les animaux qui ont grandi en captivité sont sans doute moins bien adaptés à la nature. C'est vrai particulièrement pour les animaux qui ont été élevés par les hommes. Mumba, par exemple, un gorille du zoo mort en 2008 à l'âge de 48 ans, avait été pris en charge par des humains dans son enfance, ce qui fait qu'il ne s'est jamais identifié aux gorilles et qu'il ne s'est jamais reproduit! En 2008, le zoo a également adopté temporairement le lion Boomer, qui avait été confisqué à un privé de Maniwaki mais qui avait été élevé auparavant en Ontario.

«Nous lui avons fait côtoyer d'autres lions pour lui permettre de rester en contact avec sa nature», raconte Alain Fafard , biologiste et conservateur du zoo.

En fait, le Québec a des lois particulièrement sévères en ce qui a trait à la possession privée d'animaux sauvages, comme des tigres.

«Aux États-Unis, il y a plus de tigres chez les particuliers que dans les zoos. C'est la nouvelle mode», dit Alain Fafard.

Il arrive aussi que des zoos mettent sur pied des programmes spéciaux de réinsertion dans la nature de bêtes élevées en captivité.

À l'inverse, le zoo de Granby compte une buse pattue originaire de la Saskatchewan, qui, blessée, ne pouvait plus voler.

«Comme nous l'avons eue à l'âge adulte, nous ne savions pas si elle se plierait à l'entraînement à la fauconnerie. Mais ça s'est bien passé», dit Marie-Josée Limoges.

De même, plusieurs poissons du nouveau pavillon du Pacifique Sud, ouvert pas plus tard qu'en juin dernier, ont été prélevés dans la nature.

Quant à Worf, son détartrage est terminé. La vétérinaire Marie-Josée Limoges est un peu déçue des radiographies. Les singes ne tolérant pas les plâtres, Worf s'est fait implanter une tige à l'intérieur de la patte et ne guérit pas aussi vite que prévu.

C'est que le singe est assez âgé, et son corps, comme celui des humains, ne se refait pas aussi rapidement qu'avant.

«Dans la nature, il mourrait», dit Marie-Josée Limoges, qui doit intégrer une forme de gériatrie dans sa pratique.