Morrison a été un collaborateur hors catégories

James Morrison n'a pas touché un cent pour ses huit mois de collaboration avec les policiers de la Sûreté du Québec, mais il a dû dépenser une petite fortune pour assurer sa défense. Au coeur du malaise? Son cas n'entrait dans aucune catégorie connue de collaborateurs de la justice.

Morrison n'était pas un informateur de police rémunéré pour ses tuyaux. Pas plus qu'il n'était un agent source, une personne connue avantageusement du monde criminel qui infiltre des organisations sous la supervision des policiers. Il n'a jamais acquis non plus le statut de témoin repenti, une personne qui reconnaît sa culpabilité à des infractions et accepte de témoigner contre ses complices.

À ce sujet, l'homme d'affaires a toujours été clair avec la Sûreté du Québec (SQ): jamais il n'accepterait de plaider coupable pour des crimes qu'il n'avait pas commis. Du début à la fin de sa relation avec les policiers, Morrison n'a jamais changé sa version des faits sur l'essentiel. Sa compagnie a été utilisée à son insu pour importer de la drogue et, s'il n'a pas contacté les policiers, c'est par crainte de représailles. D'ailleurs, Morrison a toujours cru qu'il serait un témoin, et non un accusé, dans cette histoire.

Morrison n'a jamais bénéficié d'un statut officiel avec la police. Considéré comme une personne d'intérêt puis comme un suspect au début de l'enquête, ce n'est que tardivement que l'État a fixé sur lui des yeux accusateurs. «Il est dans une zone grise où il ne correspond pas aux définitions de témoin repenti, d'agent source ou d'informateur, et on peut donc faire n'importe quoi avec lui», constate l'avocat Alain Arsenault. Selon le criminaliste, ce vide s'est traduit par un manque d'encadrement du travail des policiers. «Ils ont joué avec lui comme un chat avec une souris», dit-il.

Hors des paramètres

L'ex-président de l'Association des témoins spéciaux du Québec (ATSQ), Denis «Jim» Boivin, trouve étrange que James Morrison n'ait pas obtenu un statut spécifique. «Je trouve ça inquiétant que les policiers réussissent à contourner les trois catégories. On tombe encore plus hors des contrôles et hors des paramètres», estime cet ancien agent source et repenti.

Selon lui, ce vide pourrait faire en sorte que le contrôle et l'utilisation des collaborateurs de la justice soient resserrés entre les mains de la police, sans examen public. «C'est dangereux de jouer avec le renseignement criminel à ce point. Le renseignement, c'est une arme, il faut que ce soit bien utilisé», estime-t-il.

L'opération SharQc, menée récemment contre les Hells Angels, risque de poser le problème sous un nouveau jour. Pour le moment, personne ne connaît le statut du principal témoin à charge de la Couronne, Sylvain Boulanger, qui a obtenu un contrat de 2,9 millions de dollars pour incriminer ses ex-comparses des Hells Angels. Agent source? Repenti? Personne ne sait encore avec exactitude ce qu'il a fait pour mériter autant d'argent.

Cela étant dit, Boivin s'interroge sur la naïveté prétendue de James Morrison. Pour avoir porté lui-même des mouchards dans sa carrière d'agent source, il sait à quel point il faut du sang-froid pour réussir une telle opération. «Tu peux pas être si naïf que ça pour faire du body pack, c'est pas donné à tout le monde», estime-t-il.

Par contre, Boivin ne doute pas un seul instant que les policiers aient entretenu un climat de panique pour forcer James Morrison à collaborer avec eux. «C'est classique. On prend toujours le contrôle total des individus, parce qu'on se trouve à prendre aussi le contrôle de tous leurs agissements et de leurs renseignements. Je le crois parce qu'on le fait à tout le monde», dit-il.