Robert Latimer recouvre sa liberté

Robert Latimer
Photo: La Presse canadienne (photo) Robert Latimer

Vancouver — Robert Latimer, qui purge une peine de prison à vie pour le meurtre de sa fille lourdement handicapée, pourra profiter d'une libération conditionnelle de jour.

La division d'appel de la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) a renversé, hier, une décision de la CNLC rendue en décembre dernier, qui refusait une telle libération au fermier de la Saskatchewan.

Dans un jugement écrit, la division d'appel stipule que la décision de la commission de refuser une libération conditionnelle à Latimer ne pouvait s'appuyer sur la loi, et que retarder sa libération serait injuste.

L'avocat de Latimer, Jason Gratl, a déclaré que son client était ravi de cette décision. M. Gratl a ajouté que Latimer devra faire des ajustements considérables en quittant la vie carcérale.

«Il devra faire face au feu nourri des médias, réapprendre à vivre en société et tisser de nouveaux liens avec sa famille», a dit l'avocat de Latimer, spécifiant qu'un tel renversement de décision ne survenait que très rarement.

La division d'appel a ordonné sa libération immédiate, conditionnelle à la disponibilité dans une maison de transition d'Ottawa, où une de ses soeurs habite. Latimer y aurait également quelques possibilités d'emploi.

Toutefois, le directeur adjoint de la prison, William Head, où est emprisonné Latimer, a déclaré que le détenu pourrait ne pas quitter cet établissement avant quelques semaines encore.

Parmi ses conditions de libération, Latimer ne doit pas avoir la responsabilité ou prendre des décisions pour une personne handicapée.

«Cette condition spéciale est perçue comme étant raisonnable et nécessaire, étant donné les circonstances entourant le geste que vous avez commis contre votre fille», peut-on lire dans cette décision.

Cette nouvelle a été accueillie avec joie dans la ferme des Latimer, en Saskatchewan. Sa femme, Laura, a refusé d'accorder une entrevue aux médias, mais elle a tout de même déclaré à la Presse canadienne être très heureuse de cette décision.

«Je suis très excitée, a-t-elle dit. Ça représente beaucoup pour notre famille.»

Latimer purge une peine de prison à vie pour le meurtre au deuxième degré de sa fille Tracy, atteinte de paralysie cérébrale depuis la naissance. À l'âge de 12 ans, la jeune fille affichait l'âge mental d'un enfant de trois mois.

Latimer avait initialement nié avoir tué sa fille, avant d'admettre qu'il l'avait placée dans la cabine de son camion et relié celle-ci au tuyau d'échappement, asphyxiant la jeune fille. Il a toujours déclaré avoir commis ce geste par compassion pour sa fille, qui souffrait constamment, puisque les autorités médicales ne lui offraient aucune chance de croire qu'elle pourrait un jour vivre sans douleur.

Latimer pourra demander une libération conditionnelle totale dans trois ans.

***

La chronologie de l'affaire Latimer

24 octobre 1993: Latimer asphyxie avec du gaz d'échappement sa fille Tracy, âgée de 12 ans et lourdement handicapée.

16 novembre 1994: un jury reconnaît Latimer coupable de meurtre non prémédité.

18 juillet 1995: dans une décision partagée (2-1), la Cour d'appel de Saskatchewan maintient le verdict de culpabilité.

25 octobre 1995: on apprend que la GRC, sur ordre de la Couronne, a questionné des jurés potentiels sur la religion, l'avortement et l'euthanasie.

6 février 1997: la Cour suprême du Canada ordonne un nouveau procès à cause d'interférence auprès des jurés.

5 novembre 1997: un jury reconnaît Latimer coupable de meurtre non prémédité, mais recommande sa libération conditionnelle après un an.

1er décembre 1997: le juge Ted Noble accorde à Latimer une exemption constitutionnelle sur la peine habituellement requise: il impose une sentence de deux ans de prison.

23 novembre 1998: la Cour d'appel de Saskatchewan écarte l'exemption constitutionnelle et maintient la sentence de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 10 ans.

18 janvier 2001: la Cour suprême confirme la sentence, et Latimer se rend aux autorités.

Mai 2001: Latimer est désigné «détenu à sécurité moyenne» et est incarcéré à l'Institution Bowden, près de Red Deer, en Alberta.

14 mai 2002: la Cour suprême refuse de revoir la cause.

15 novembre 2003: Latimer est transféré au pénitencier à sécurité minimum William Head, près de Victoria.

5 décembre 2007: la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC) refuse la requête de Latimer pour une libération conditionnelle de jour.

27 février 2008: Latimer obtient de la division d'appel de la CNLC une libération conditionnelle de jour.