Faire du pouce dans le cyberespace

Les usagers d’Amigo Express (www.amigoexpress.com) peuvent créer leur profil en ligne semblable à ceux que l’on retrouve sur MySpace ou Facebook, avec une photo et des renseignements sur leurs intérêts, leur profession.
Photo: Les usagers d’Amigo Express (www.amigoexpress.com) peuvent créer leur profil en ligne semblable à ceux que l’on retrouve sur MySpace ou Facebook, avec une photo et des renseignements sur leurs intérêts, leur profession.

Pas d'attente au bout du fil ni d'heure d'ouverture des bureaux à respecter, le covoiturage est passé à l'ère du virtuel. Carte de crédit dans une main et souris dans l'autre, quelques clics sur la Toile suffisent pour unir sa destination et sa destinée à Alain qui, dans sa Pontiac Bonneville rouge, offre le transport jusqu'au Lac-Saint-Jean. Pour le prix d'un billet à peine plus vert que cette façon écologique, mais surtout économique de voyager.

Offrir un service de covoiturage sur Internet, telle est l'idée lancée par Joël Bouchard à Marc-Olivier Vachon, un étudiant à la maîtrise en musique souhaitant créer sa propre entreprise. Il troqua ses partitions contre des livres sur la programmation en javascript et Amigo Express offrait, en février 2006, ses premiers voyages interurbains. Sur une plateforme jusqu'à aujourd'hui laissée vacante par Allo-Stop, doyenne québécoise de l'auto-stop où les transactions se font uniquement par téléphone.

Au bout de la ligne

«Environ 90 % des transactions qui se font, je les vois passer sur le site. Et pourtant, il est possible de ne transiger que par téléphone, ce que peu de gens savent. L'ancienne méthode sécurise aussi les gens qui sont craintifs envers les transactions sur Internet, même si les liens cryptés du site sont plus sécuritaires. Quand il y a du monde qui appelle, je suis quasiment content!», déclare Marc-Olivier Vachon, l'homme derrière l'écran. Pour le moment, Amigo Express n'a de siège que dans le cyberespace et au domicile de son créateur, mais la donne changera à l'automne puisque l'entreprise aura en plus pignon sur rue dans quelques universités québécoises.

«Les gens qui utilisent Amigo sont des jeunes professionnels branchés, qui consultent Internet quotidiennement. Quelqu'un qui n'est pas familier avec le médium ne pensera pas nécessairement à Amigo», explique le jeune entrepreneur de Québec. Des 9000 membres du réseau, 68 % sont âgés entre 20 et 30 ans, en majorité des femmes.

Prendre contact... et prendre la route

«C'est bien beau être sur le Web, mais ce n'est pas la fin du monde non plus. Demain matin, Allo-Stop peut faire la même chose», affirme Marc-Olivier Vachon, maintenant unique gestionnaire. Mettre Amigo Express au Web 2.0 pour souligner le premier anniversaire de l'entreprise est la valeur ajoutée du site. Les usagers peuvent créer leur profil en ligne semblable à ceux que l'on retrouve sur MySpace ou Facebook, avec une photo et des renseignements sur leurs intérêts, leur profession. «C'est aussi une façon de prendre contact. C'est ce qu'on essaie de faire avec Amigo Express, un truc personnel. C'est "people"!», ajoute-t-il.

Lorsque qu'un passager réserve un départ, sa fiche est mise en commun avec le conducteur et les autres passagers du voyage, permettant ainsi d'amorcer la conversation avant le départ et de mieux connaître les gens qui partageront ces quelques heures de proximité sur la route. Et s'éviter, avec de la chance, les conversations parfois platoniques caractéristiques des déplacements avec des étrangers. «C'est pourquoi, dans les fiches de réservation d'un départ, on a mis une option "chauffeur zen". Parce qu'il y a des conducteurs qui n'ont pas envie de parler de ce qu'ils font dans la vie», précise Marc-Olivier Vachon. Dans cette même fiche, les conducteurs peuvent préciser que leur voiture est climatisée, que le voyage est non-fumeur, que les chiens-guides sont les bienvenus. Et mieux encore, qu'ils désirent socialiser!

Amigo vérifie la validité du permis de conduire des nouveaux chauffeurs auprès du CAA. Pour les utilisateurs, «la plus grande sécurité qu'on offre, mentionne le président, ce sont les évaluations en ligne des conducteurs». Les passagers évaluent les chauffeurs selon la sécurité, l'accueil, le confort et la ponctualité. «C'est un bon indice de fiabilité pour les membres.»

Une entreprise à l'image de sa collectivité

Pour tisser un lien encore plus serré avec sa collectivité, Marc-Olivier envoie sporadiquement des courriels sur les derniers développements du réseau et les promotions et départ spéciaux à venir, comme celui vers New York tout récemment. Le site Internet propose, en plus des départs, un blogue ponctué d'informations sur les enjeux environnementaux et un forum de discussion où les membres échangent sur les destinations touristiques et envoient au géniteur d'Amigo leurs questions sur le fonctionnement de l'entreprise. «Je ne sais pas jusqu'à quel point les gens accordent de la valeur au blogue et au fait qu'on soit accessible, mais moi, je "triperais" de voir une entreprise qui ne fait pas semblant d'être trop occupée pour répondre à des questions!»

Pour devenir membre, le tarif annuel est de 7,50 $ mais plusieurs façons de contourner les frais de base sont proposées puisque l'abonnement est gratuit pour les étudiants et les membres de Communauto, et que les usagers d'Amigo peuvent abonner sans frais leurs amis au moyen d'une invitation sur le site. Ensuite, le Québec, les Maritimes et les États-Unis sont à la portée des vagabonds.

Le prix de chaque départ est établi par le conducteur. Par exemple, un aller simple Montréal-Québec coûte entre 10 et 12 $ alors qu'en autobus le prix de détail se situe autour de 50 $. Marc-Olivier, qui utilise les services de sa propre entreprise, avoue utiliser le covoiturage d'abord par souci économique. «Moi, je dirais plutôt que je fais du covoiturage parce que c'est "éconologique" — c'est économique et logique! Parce que, entre l'autobus et la voiture, qu'est-ce qui est le plus écologique?»

Probablement la Pontiac Bonneville d'Alain.