Regroupement pour la responsabilité sociale et l'équité - L'avoir des communautés religieuses est au service du bien collectif

Au-delà de la seule performance financière, les entreprises ont également la responsabilité de se préoccuper de la portée sociale et écologique de leurs investissements. Tel est le postulat du Regroupement pour la responsabilité sociale et l'équité (RRSE) dont Pierre Viau est directeur général.

Pour inciter les entreprises à s'engager sur la voie de la responsabilité, les membres du RRSE, principalement des communautés religieuses, instaurent un dialogue avec le monde des affaires et abattent quand cela est nécessaire leur carte d'actionnaire.

La puissance des grandes entreprises

La puissance des grandes compagnies est indéniable; elles semblent maîtresses de l'économie mondiale. Cependant, observent-elles une certaine déontologie, se préoccupent-elles des impacts de leurs choix? C'est précisément sur ces points que veille le RRSE, un regroupement initié dans les années 1990. «L'inspiration du RRSE, indique Pierre Viau, est clairement religieuse. Elle s'inscrit dans le sillage du Taskforce on Churches and Corporate Responsibility (TCCR) établi à Toronto.»

Certaines communautés religieuses francophones sensibles au thème de la responsabilité sociale des entreprises ont d'abord formé le TCCR-Québec avant de devenir, le 12 avril 1999, le RRSE. «La séparation a été adoptée du fait du nombre conséquent de grandes entreprises installées à Montréal.» Près d'une trentaine de communautés religieuses et une quinzaine d'individus en sont aujourd'hui membres.

Cependant, pour assurer sa mission, décupler la portée de ses actions et atteindre ses objectifs, l'organisme agit en réseautage. «Nous agissons en partenariat avec d'autres organisations dont Bâtirente, Kairos, Ethical Funds, Groupe investissements responsables et bien d'autres.»

La mission du RRSE consiste à soutenir ses membres dans la gestion responsable de leurs ressources, soit leurs investissements financiers, selon des critères de justice sociale. Cette responsabilité concerne tant les domaines des droits humains que l'environnement, l'équité et la gouvernance. Des actions ont ainsi été menées dans les secteurs bancaire, énergétique et forestier.

Informer et dialoguer

Pour assurer sa mission, le RRSE agit sur plusieurs tableaux. Le premier, intra muros en quelque sorte, consiste à informer et former ses membres au chapitre de la responsabilité sociale. Ils seront ainsi outillés pour déceler les hiatus qui pourraient entacher le fonctionnement des entreprises dans lesquelles ils ont effectué des placements. «Nos membres ont une vision commune de la responsabilité sociale des entreprises parce que, au fond, une entreprise comme telle est un concept abstrait. Elle n'a pas de conscience sociale, ce sont ses actionnaires ou ses membres qui en possèdent une.»

Le second tableau, intermédiaire, consiste en un travail de recherche pour collecter et analyser des données factuelles sur l'entreprise. Dans cette tâche délicate, le RRSE conjugue ses forces à celles de son réseau.

Puis viennent les actions externes, menées directement en entreprise. Elles s'exercent de diverses manières. En effet, elles s'initient généralement par l'instauration d'un dialogue au gré de correspondances, de discussions téléphoniques et aussi, selon le cas, de rencontres avec le personnel cadre. «Des changements peuvent s'opérer dès ce niveau.»

Le directeur général du RRSE donne pour exemple une compagnie papetière qui a accepté d'adhérer aux normes du Forest Stewadship Council (FSC). Orientées vers le développement durable, ces normes prônent de meilleures pratiques en matière d'exploitation de la forêt, de fabrication et de consommation de pâtes et de papiers. Il s'agit de respecter l'écosystème et la biodiversité des forêts, de se soucier du bien-être social et économique des travailleurs du secteur et des collectivités locales, et de respecter les droits des Premières Nations sur les ressources de leurs territoires. Sachant que, selon l'OCDE, la consommation mondiale de papier devrait, par rapport à 1995, augmenter de près de 77 % d'ici 2020, il est particulièrement vital que l'activité forestière se dote d'une ligne de conduite déontologique.

Le poids des actionnaires

Si la démarche de sensibilisation s'avérait infructueuse, une campagne d'actionnaires serait alors enclenchée, soit une stratégie dans laquelle l'actionnaire use de son droit de proposition et de vote pour orienter l'entreprise vers une plus grande responsabilité. «Les communautés religieuses, indique le Groupe investissement responsable, ont été les pionnières de ce militantisme d'actionnaire. Récemment, plusieurs fonds mutuels, gestionnaires de portefeuilles et caisses de retraite ont commencé à voter en faveur des propositions sociales et écologiques, et même à proposer de telles résolutions.»

Pour le RRSE, la prémisse exige naturellement que l'un de ses membres, généralement une communauté religieuse, détienne des actions dans ladite compagnie. Il pourra, de la sorte, émettre une proposition lors de l'assemblée générale des actionnaires. «Même s'il n'y a que 12 à 15 % de votes en faveur de la proposition, indique Pierre Viau, l'entreprise cherchera à en tenir compte d'une façon ou d'une autre.» Les différents organismes du réseau s'appuient dans cet exercice.

Des actions concrètes et des résultats réels

Ainsi par exemple, l'union du RRSE, personnifié dans le présent dossier par les soeurs de Sainte-Anne du Québec, et du comité syndical national de retraite Bâtirente a permis un résultat positif dans le cas de la firme Barrick Gold. Cette dernière a ainsi adopté l'Initiative sur la transparence des industries extractives (ITIE), une coalition internationale, multipartite et indépendante. La production et les réserves de Barrick Gold, à hauteur respective de 20 % et 59 %, se concentrent en Afrique et en Amérique latine, dans des pays en développement et souvent à faible gouvernance où la corruption fait rage.

Dans un tel contexte, l'opacité des flux monétaires ne fait qu'accentuer les problématiques et amputer la légitimité sociale des projets menés. Le cadre de référence de l'ITIE vise à contrecarrer ces écarts grâce à une meilleure transparence des sommes en jeu dans l'exploitation des ressources minières, gazières et pétrolières.

Une autre campagne d'actionnaires a mené au dépôt d'une proposition chez Alcan par les missionnaires oblats de Marie-Immaculée. Elle a été appuyée par Bâtirente et Ethical Funds. L'action visait les parts notables d'Alcan (45 %) dans un important projet d'extraction de bauxite et de production d'alumine, UTKAL, dans le Kashipur en Inde. La mise en oeuvre de ce projet confisquera de nombreuses terres et une grande quantité d'eau, des ressources vitales pour les habitants de la région. Or, le consentement des populations locales a été mis en doute à la suite d'un rapport de l'ONG indienne People's Union For Civil Liberties. La proposition d'actionnaire est parvenue à ce qu'Alcan confie une étude sur les impacts humains et écologiques du projet à une firme indépendante.

Le RRSE seconde également les organismes du réseau. Ainsi, le Fonds Esther-Blondin a appuyé une proposition présentée par Bâtirente auprès de la Banque Toronto-Dominion. Elle visait une meilleure gouvernance — à traduire ici par plus de transparence — quant au processus d'évaluation de rendement utilisé pour déterminer la rémunération des hauts dirigeants.

Ainsi, aux considérations classiques de performance financière liées à l'économie, le RRSE et ses partenaires adjoignent des responsabilités favorisant des investissements plus éthiques et suscitant l'adoption de pratiques entrepreneuriales plus respectueuses des droits humains et de l'environnement.

Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Richard Chamberland - Inscrit 25 avril 2007 09 h 01

    félicatations

    Toute mes félicatations au RRSE et ses partenaires, je ne m'attendans à rien de moins des gens de foi chrétienne.
    Richard