Rectificatif - Un golf pour réhabiliter un dépotoir à Kahnawake

Contrairement à ce que Le Devoir écrivait samedi dernier, le projet de golf Goodleaf de Kahnawake ne doit pas être confondu avec le site de recyclage de matériaux de construction de la société Mélimax; le projet de golf est plutôt situé à environ un kilomètre de là, et il ne s'y fait aucun recyclage ou enfouissement de déchets de construction.

Les opérations en cours au projet de golf Goodleaf visent à sécuriser un ancien site d'enfouissement de matériaux de construction par des cellules étanches et un recouvrement imperméable. Il ne s'agit donc pas de remblayer un milieu humide pour en faire un terrain de golf, mais, au contraire, de réhabiliter un ancien dépotoir en le transformant en terrain de golf selon des normes environnementales strictes. Cet emplacement ne participe donc pas au phénomène de concurrence déloyale dénoncé par l'industrie de la récupération dans notre enquête sur certains sites hors normes, négligés par les gouvernements.

En somme, notre article de la semaine dernière n'aurait pas dû confondre l'emplacement de Mélimax, que présentaient d'ailleurs les deux photos publiées en guise d'illustration, avec celui du futur golf situé plus loin.

La méprise commise en toute bonne foi, et dont nous nous excusons, résulte du fait que le site de recyclage de matériaux de construction Mélimax est situé sur ce que plusieurs appellent dans la région le «site Goodleaf». Ce terrain, loué à Mélimax, appartient en réalité à un autre Goodleaf que le copropriétaire du projet de golf. On y faisait autrefois le commerce de pièces d'autos usagées. Quant au futur terrain de golf, il appartient à Irvin Goodleaf, qui a entrepris avec son associé, Jean-Claude Duclos, d'en faire un projet-pilote de restauration de site d'enfouissement en vertu d'une entente avec le gouvernement fédéral. M. Duclos subit d'ailleurs quotidiennement les séquelles de cette confusion qui perdure dans la région entre les deux sites: «Je reçois, dit-il, des appels tous les jours» qui s'adressent en réalité au site Goodleaf-Mélimax.

Un autre facteur a contribué à la confusion entre les deux emplacements lors de notre enquête: à plusieurs reprises, quand Le Devoir a posé des questions à des responsables environnementaux sur les opérations et les contrôles effectués au site Mélimax, on nous répondait en évoquant la sévérité des normes appliquées... au golf, où, effectivement, les règles sont exceptionnellement strictes par rapport aux autres sites du secteur, affirmait hier au Devoir Jean-Claude Duclos, associé dans le projet de restauration en cours au golf.

Enfin, la confusion qui s'est glissée dans l'exposé de notre enquête découle de l'impossibilité pour Le Devoir d'avoir accès au contenu des dossiers gouvernementaux concernant les sites Goodleaf-Mélimax et le golf Goodleaf. Or la direction montérégienne du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) a décidé de ne pas répondre à une seule question du Devoir, même après plusieurs demandes répétées.

Les dépotoirs de Kahnawake

Selon Jean-Claude Duclos, le projet d'Irwin Goodleaf — le cousin de Brian Goodleaf, du site Mélimax — d'aménager un golf sur un ancien dépotoir de matériaux de construction se situe dans la foulée de deux séries de démarches dans la réserve autochtone. D'une part, diverses études avaient permis d'établir l'existence de six dépotoirs sur ce territoire, qui ont tous tenu leurs activités entre 1960 et le milieu des années 80. Ces six sites font partie des 2600 globalement relevés dans les réserves amérindiennes au pays. Plusieurs de ces anciens sites d'enfouissement sont situés en bordure de la 138 où, pendant des décennies, les camions venus de Montréal allaient déverser leur contenu de déchets de toutes sortes juste aux limites de la réserve, aux portes de Châteauguay. La réserve compte plus de 40 sites contaminés, ajoute Jean-Claude Duclos, si on tient compte des réservoirs d'essence qui fuient et d'autres activités polluantes. C'est officiellement en 1987, quand la bande autochtone a compris l'ampleur du phénomène, que celle-ci s'est dotée d'une politique d'environnement et de remblayage et qu'on aurait mis fin aux arrivages de matériaux et déchets divers en provenance de la métropole et de la région immédiate.

À l'époque, Jean-Claude Duclos travaillait avec Irwin Goodleaf, qui a oeuvré comme adjoint de plusieurs ministres à Ottawa et occupé le poste de vice-président de l'Assemblée des Premières Mations, à stimuler le développement économique de la réserve et des milieux autochtones. Sous le gouvernement Mulroney, raconte-t-il, Ottawa a accepté de négocier le remboursement d'une dette d'un million investi dans des projets économiques à condition que l'on s'attaque à un des dépotoirs problématiques de la réserve.

C'est alors que Jean-Claude Duclos et Irwin Goodleaf ont entrepris d'utiliser le terrain qui abritait un vieux dépotoir de matériaux de construction pour y ériger éventuellement un golf privé de haut niveau. Il s'agit d'un projet de 12 millions, conçu par le golfeur Graham Cooke, dont des dépenses de 1,25 million engagées pour effectuer des études et appliquer des mesures environnementales telles que proposées par les consultants du site, la firme d'ingénierie Gartner Lee.

Tout le vieux dépotoir a été quadrillé en sections. Le contenu de chaque section fait l'objet d'analyses de sols afin de déterminer ce qui y dort. Chaque section deviendra une cellule étanche: on construit tout autour un mur de glaise imperméable et le sommet de la cellule est, lui aussi, recouvert de 60 cm de glaise afin d'empêcher l'eau d'entrer et de produire des lixiviats susceptibles d'atteindre la nappe avoisinante. On ajoute ensuite de la terre naturelle (catégorie A) ou faiblement contaminée (catégorie B) pour revégéter la surface et la rendre utilisable à des fins commerciales.

Le projet de restauration en cours au golf Goodleaf, explique Jean-Claude Duclos, est le seul de cette importance dans la réserve et un des rares de cette ampleur au Canada. M. Duclos se surprend même de l'importance des exigences des responsables environnementaux de Kahnawake à son endroit — un gardien en permanence et vérification de chaque chargement — alors qu'à son avis, rien de tel ne s'applique au site Mélimax ou au site Vespo sur la route 207 dans la réserve. Toujours selon le copropriétaire du projet, Jean-Claude Duclos, toutes les normes environnementales, tant fédérales que provinciales et locales, ont été respectées.

Le coordonnateur du projet précise qu'il a même soumis, le 11 novembre 2005, le projet de restauration du golf au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec parce qu'il souhaite sa validation. Mais, déplore-t-il, après plus d'un an, «j'attends toujours la réponse»!

Son projet de golf, tient-il à préciser, ne consiste pas à remplir un marais, comme cela se fait ailleurs. C'était déjà un site remblayé avec des déchets et c'est pour mettre fin aux écoulements des matériaux de construction enfouis qu'on a entrepris d'îloter par section cet ancien dépotoir et de le couvrir. Mais, dit-il avec ironie, entre le site Mélimax et son golf, un immense milieu humide a été complètement remblayé dans la réserve au cours des dernières années, au moment où Québec a entrepris d'élargir la 138 à cet endroit. S'agissait-il des déblais de la route reconstruite par Québec? Jean-Claude Duclos répond qu'il ne le sait pas. Il serait surpris qu'on le sache au MDDEP, où on semble, dit-il, considérer le territoire autochtone comme une sorte de «trou noir» sur le plan environnemental.