Le Sommet de la Francophonie s'ouvre cette semaine dans la capitale libanaise - Beyrouth sous haute surveillance

Beyrouth - Plus tôt cette semaine, un commando d'une vingtaine de militaires a pris d'assaut un avion sur le tarmac du nouvel aéroport international de Beyrouth. Heureusement, l'opération n'était qu'une simulation et faisait partie des nombreuses mesures de sécurité qui entourent la préparation du 9e Sommet de la Francophonie, qui s'ouvrira vendredi dans la capitale libanaise.

Les équipes qui précèdent les 37 chefs d'État ou de gouvernement qui participeront au sommet commencent à peine à arriver que la présence des 8500 militaires qui seront mobilisés se fait déjà sentir. Les banlieusards qui se rendent au travail voient chaque matin des convois militaires qui affluent vers Beyrouth.

Les principaux immeubles jouissent déjà d'une protection renforcée et les équipes de sécurité scrutent à la loupe les grands hôtels. Mitraillette au poing, les soldats se préparent à boucler le centre-ville et l'aéroport.

La GRC confirme d'ailleurs qu'elle échange depuis des mois des renseignements confidentiels avec les autorités libanaises afin d'assurer la protection du premier ministre.

Elle refuse cependant de dire si le gouvernement canadien a doté la garde présidentielle d'un «équipement technique sophistiqué», comme l'affirme l'Hebdo magazine de Beyrouth.

Les responsables libanais ne cachent pas que le sommet se tiendra dans une situation régionale à peine moins tendue qu'après le 11 septembre 2001, alors qu'on avait choisi de reporter le sommet d'un an. Responsable de la sécurité et commandant de la garde présidentielle, le colonel Mustafa Hamdan évoquait «les délicates circonstances régionales qui entourent l'événement».

Même s'il affirme qu'aucun danger imminent ne menace la rencontre, la tension croissante avec l'Irak fait du Moyen-Orient une poudrière. À cela s'ajoute l'ultimatum lancé par Israël contre le pompage, qui doit débuter le 16 octobre, des eaux de la Wazzani, une rivière libanaise qui alimente le Jourdain en territoire israélien. À plusieurs reprises, des hélicoptères de l'armée israélienne ont survolé les travaux qui se déroulent pourtant au Liban.

Selon une source proche du ministère des Affaires étrangères libanais, la rumeur courait encore la semaine dernière que le sommet pourrait se transformer à la dernière minute en simple rencontre des ministres de la Francophonie. «Le sommet se tiendra, j'en ai l'intime conviction», a répondu à l'AFP le ministre de la Culture, Ghassan Salamé.

La tension du conflit irakien est tangible dans la capitale libanaise. Depuis deux jours, Tarek Aziz, ministre des Affaires étrangères irakien, est à Beyrouth où il a participé à une assemblée de nationalistes arabes et rencontré le président Émile Lahoud. Avant la guerre civile qui a ravagé le pays, l'Irak était un des principaux partenaires économiques du Liban.

«Les responsables n'ont pas l'intention de laisser passer l'occasion de projeter l'image d'un pays qui est enfin sorti de la guerre civile, dit Ziad Makhoul, journaliste au quotidien francophone L'Orient-Le Jour. Après tout, c'est le plus gros événement du genre jamais organisé à Beyrouth et la première fois que la Francophonie se réunit en terre arabe.»

Facture

Beyrouth n'est pourtant parvenu à boucler la facture du sommet qu'à la dernière minute. Grâce notamment à une rallonge de 250 000 $ du gouvernement canadien qui s'ajoute aux quatre millions qu'Ottawa a prévu consacrer à l'événement.

La Francophonie ne mobilise pas autant de manifestants que les rencontres de l'OMC et du G8. Mais le sommet pourrait tout de même être perturbé par quelques conflits locaux.

Plusieurs députés de l'opposition ont menacé de ne pas assister au discours de Jacques Chirac devant le Parlement et de remettre au sommet un mémorandum dénonçant les atteintes à la liberté d'expression. L'opposition boycotte les travaux du Parlement pour protester contre la fermeture, le 4 septembre dernier, de la chaîne MTV et de la station Radio Mont-Liban (RML). Toutes deux sont accusées de «violation de la loi électorale» et d'«atteinte aux relations avec la Syrie». Il faut savoir que le Liban ne fait rien pour mécontenter son important voisin, dont l'armée contrôle plusieurs régions du sud et du nord du pays.

Protestation

Le cardinal Nasrallah Butros Sfeir, leader spirituel de la communauté maronite, a déclaré qu'il ne rencontrera pas Jacques Chirac.

À Beyrouth, ce geste est interprété comme une forme de protestation. Le cardinal recevra, par ailleurs, le premier ministre Bernard Landry samedi prochain.

On s'attend à ce que le président libanais fasse tout pour ne pas indisposer son homologue français, qui a accepté de réunir prochainement les principaux créanciers du Liban pour discuter de la dette du pays, qui atteint près de 40 milliards de dollars. Les observateurs n'excluent pas que les manifestations d'opposition soient carrément interdites, comme on en a l'habitude au Liban.

Les policiers libanais avaient eu l'occasion de faire une répétition générale lors de la réunion de la Ligue arabe qui s'est tenue à Beyrouth en mars dernier. Mais le 9e Sommet de la Francophonie est un événement beaucoup plus important. Les écoles et les universités seront fermées dès jeudi. Deux hélicoptères et deux bateaux seront mobilisés en permanence. Des unités médicales d'urgence sont prêtes à intervenir sur les lieux du sommet et à l'aéroport. Les mesures ont été prises contre une agression chimique. Même les repas servis aux chefs d'État et de gouvernement seront testés pour éviter les empoisonnements.

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