La Ville de Québec veut éliminer les conduites en plomb en 10 ans

Tous les bâtiments construits avant 1980 sont visés par le plan d'action de la Ville de Québec.
Photo: iStock Tous les bâtiments construits avant 1980 sont visés par le plan d'action de la Ville de Québec.

À Québec, les propriétaires de résidences ayant des conduites au plomb seront dans l’obligation de les remplacer au cours des années à venir, a annoncé la Ville lundi.

« Pour le moment, on se dit que ça peut prendre jusqu’à dix ans », a déclaré la responsable de l’environnement au comité exécutif, Suzanne Verreault.

Les bâtiments les plus à risque sont ceux qui ont été construits dans les années 1945 et 1955, mais la ville entend tester l’ensemble des immeubles construits avant 1980, soit 80 000 propriétés.

Le plomb est considéré comme nuisible à la santé, même en faible quantité, selon l’Organisation mondiale de la santé. À de faibles concentrations, il affecte surtout le système nerveux et peut entraîner des effets mineurs sur le développement intellectuel des nourrissons et des enfants de moins de 6 ans.

Cette année, seulement 1000 immeubles feront l’objet de tests, mais la cadence augmentera à compter de 2021, avec un potentiel de 8000 vérifications annuelles.

La ville estime d’ailleurs devoir embaucher 10 chimistes pour mener l’opération au cours des prochains mois et 20 de plus l’année suivante.

Même s’il n’y a plus de plomb dans les conduites du réseau public, on en trouve encore dans les conduites reliant l’aqueduc à l’entrée d’eau des résidences et dans certaines composantes de la plomberie des propriétés privées.

Le plan d’action ne cible pas la plomberie privée, mais prévoit le remplacement de toutes les entrées de service problématiques, qu’on estime à 8000.

Pourquoi ? Parce qu’elles sont les plus dommageables, a expliqué Christine Beaulieu, chef de laboratoire au service de traitement des eaux de la Ville. « Dans le cas d’une résidence qui aurait à la fois une entrée de service en plomb et des accessoires de plomberie domestique en plomb, environ 75 % du plomb qu’on détecterait au robinet proviendrait du branchement de service. »

La Ville s’est engagée à financer la totalité des travaux de son côté des entrées de service, mais les travaux du côté privé seront à la charge des propriétaires.

50 millions
C’est la somme, en dollars, qui pourrait être dépensée pour réaliser le plan d’action de la Ville de Québec. 

Invitée à réagir, l’opposition à la Ville s’est dite en accord avec la direction prise par l’administration Labeaume. « C’est quelque chose de très important. Quand on parle de services municipaux, l’eau c’est dans le top des priorités. […] Pour l’instant, ce qu’on constate, c’est que la Ville va dans le bon sens avec tout ça », a déclaré Jean-François Gosselin.

Une règle pour tout le Québec

La Ville de Québec évalue pour le moment qu’il en coûtera entre 5000 $ et 15 000 $ aux propriétaires de maisons contenant des conduites en plomb. « Le citoyen va devoir embaucher une entreprise de plomberie certifiée pour faire ses modifications. Il va aussi être responsable de ses aménagements à l’intérieur et à l’extérieur de sa résidence », a expliqué Gilles Dufour, directeur général adjoint, développement durable.

Pour atténuer le coût pour les propriétaires concernés, la Ville offrira des subventions pouvant aller jusqu’à 2500 $ pour les travaux, a-t-on fait savoir.

Ces travaux ne seront pas négociables, a toutefois insisté le maire Régis Labeaume, en soulignant que le gouvernement allait de toute façon l’imposer partout au Québec.

Une information confirmée en soirée par le gouvernement du Québec. Les municipalités vont devoir « progressivement » changer les entrées en plomb, a déclaré la porte-parole de la ministre des Affaires municipales, Bénédicte Trottier-Lavoie.

En octobre dernier, la ministre Andrée Laforest avait sommé l’ensemble des municipalités du Québec de se doter d’un plan d’action sur le plomb dans l’eau. Cette annonce faisait suite à une série de reportages sur la présence de plomb dans l’eau des Québécois. Le Devoir et les étudiants de l’Institut du journalisme d’enquête de l’Université Concordia et Global News ont notamment révélé que la technique utilisée pour mesurer la présence de ce métal lourd dans l’eau potable dissimulait des concentrations élevées et potentiellement dangereuses pour la santé.

Les municipalités ont jusqu’à mars 2020 pour se doter d’un tel plan d’action.

Au total, les coûts du plan d’action de la Ville de Québec cette année sont estimés à 1 million de dollars pour les changements et à 300 000 $ pour la détection. Mais la Ville évalue que jusqu’à 50 millions de dollars pourraient être nécessaires pour financer l’ensemble du plan d’action.

Paradoxalement, la Ville de Québec était l’une des municipalités qui faisaient meilleure figure dans l’enquête du Devoir.

Contrairement à d’autres, elle n’a plus de conduites en plomb sur son territoire. Elle effectuait déjà des contrôles efficaces de la corrosion et offrait des tests gratuits aux citoyens qui le demandaient.

Depuis 2008, 1213 résidences et 55 écoles ont fait l’objet de tests. Dans près d’un cas sur dix, les concentrations en plomb dépassaient la norme de 5 microgrammes par litre de Santé Canada.

En attendant les travaux, la Ville distribuera aussi gratuitement des pichets dotés d’un filtre homologué pour le plomb aux propriétaires de maisons où des niveaux élevés auront été décelés.