Québec pourrait reprendre la gestion d’une partie des ordures

À Québec, la collecte des ordures est réalisée en sous-traitance par deux entreprises privées, «ce qui place la Ville en situation de dépendance», relève le vérificateur Michel Samson.
Photo: iStock À Québec, la collecte des ordures est réalisée en sous-traitance par deux entreprises privées, «ce qui place la Ville en situation de dépendance», relève le vérificateur Michel Samson.

La Ville de Québec envisage de reprendre à l’interne une partie de son service de collecte des ordures à la suite des ratés causés par la privatisation du service.

Mardi, le vice-président du comité exécutif, Rémy Normand, a annoncé que la Ville envisageait de récupérer « une partie » du service de collecte des ordures « en régie ». Cette décision survient dix ans après la privatisation du service orchestrée par l’administration Labeaume.

Ce possible revirement a été rendu public dans la foulée du rapport du vérificateur général, Michel Samson, qui démontre que la privatisation des ordures a contribué à réduire la fiabilité du service. Entre 2017 et 2018, les plaintes adressées à la Ville concernant les ordures ont augmenté de 65 %, passant de 10 492 à 17 321.

À Québec, la collecte des ordures est actuellement réalisée en sous-traitance par deux entreprises privées, « ce qui place la Ville en situation de dépendance », relève le vérificateur Michel Samson.

« Lorsqu’on impartit un service, un des risques importants, c’est la qualité du service qui est rendu au citoyen. On doit s’assurer de le gérer puis prévoir des mesures si on a des problèmes. On n’a pas fait cet exercice-là. »

Les ratés ont ainsi été causés en bonne partie par le manque d’entreprises dans le secteur et par la négligence d’un fournisseur en particulier qui omettait la collecte dans certaines rues ou celle de certaines matières. Le vérificateur reproche en outre à la Ville de ne pas avoir été assez sévère dans les pénalités qu’elle a imposées à ce dernier (environ 43 000 $ au total).

Québec fait toujours affaire avec ce fournisseur, mais elle a resserré les critères de ses appels d’offres depuis, a souligné le vice-président du comité exécutif, M. Normand. De toute façon, dit-il, le manque de fournisseurs ne lui donnait pas le choix. « Si on ne l’avait pas, on serait dans une rupture de service pas mal plus grande », a-t-il dit.

Cinquante postes en cause

En 2009, la décision de l’administration Labeaume de privatiser le service s’inscrivait notamment dans une volonté de réduire la masse salariale de la Ville et le nombre d’employés, qui tourne autour de 5000 personnes. Une cinquantaine de postes de cols bleus avaient alors été supprimés.

En l’absence du maire, M. Normand, qui n’était pas là à l’époque, a fait valoir que l’administration ne pouvait pas savoir à ce moment que de tels ratés allaient survenir. Quant à savoir si l’embauche de nouveaux cols bleus pourrait entraîner des suppressions de postes ailleurs, il a rétorqué qu’il n’était pas question « de déshabiller Paul pour habiller Jacques ».

Ces nouveaux développements surviennent quatre ans après la réforme controversée de la collecte des ordures orchestrée par l’administration Labeaume. La Ville avait à l’époque imposé la cueillette, toutes les deux semaines, et la collecte de soir dans les quartiers centraux, ce qui avait suscité un tollé chez les restaurateurs. Les critiques avaient été telles que la Ville avait dû faire marche arrière.

Pour le conseiller de l’opposition de Démocratie Québec Jean Rousseau, c’est tout à fait inacceptable. « Une ville doit savoir gérer ses vidanges avant de gérer le reste », dit-il. « L’équipe en place est ailleurs : on inaugure, on fait des grands spectacles… » Selon lui, la Ville devrait aussi remettre en question les services en sous-traitance offerts pour le déneigement, notamment. « Je pense qu’ils ne sont pas en contrôle par rapport à ces enjeux-là. »

« Encore une fois, le vérificateur est obligé de dire à l’administration comment gérer sa ville », a quant à lui déploré le chef de l’opposition, Jean-François Gosselin qui pense que Québec a privatisé trop vite.

Quant au syndicat des employés manuels, il se réjouissait mardi des nouveaux plans de la Ville. « C’est sûr qu’on est très ouverts à ça », a déclaré son président, Alain Bourassa. « On aimerait ça pouvoir prouver qu’on peut faire mieux que le privé. »