La hausse du prix du bitume force la Ville de Québec à reporter des chantiers

La Ville de Québec a reporté 133 des 850 projets de réfection routière qu’elle avait planifiés au printemps.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La Ville de Québec a reporté 133 des 850 projets de réfection routière qu’elle avait planifiés au printemps.

Craignant de voir le coût de ses chantiers exploser de 20 %, la Ville de Québec a reporté 133 des 850 projets de réfection routière qu’elle avait planifiés au printemps. Une situation surveillée de près par l’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui a été contactée par d’autres villes à cet égard.

Histoire de dissiper les inquiétudes, la capitale a souligné mercredi qu’aucun des chantiers reportés n’était « critique ». On parle de travaux d’asphaltage et de réhabilitation des chaussées et non pas de grands chantiers, assure-t-on.

N’eût été ce report, la Ville s’exposait à une hausse de 20 % de ses dépenses. En procédant de la sorte, elle limite la hausse à 6,2 %.

Comment en est-on arrivé là ? La Ville montre du doigt la hausse des prix du bitume et des subventions « moins importantes que prévu » du ministère des Affaires municipales.

Si, pour l’heure, elle est la seule municipalité à avoir prévu un ajustement aussi radical, elle n’est pas la seule à être aux prises avec une hausse imprévue des coûts, selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ), qui dit « surveiller la situation de près ».

« On a eu certains échos de municipalités qui font face aux mêmes enjeux », signale son porte-parole, Patrick Lemieux. « On n’a pas eu d’autres reports, mais certains directeurs généraux et élus regardent si certains projets pourraient être priorisés plutôt que d’autres. »

Interrogée sur la part de responsabilité exacte des subventions, du prix du bitume, voire des fonctionnaires dans leur planification, la Ville a préféré ne pas fournir trop de détails.

« On ne veut pas contaminer le processus d’appel d’offres qui sera repris l’an prochain », a expliqué le porte-parole David O’Brien.

Chose certaine, le prix du bitume a explosé depuis l’an dernier, avec une augmentation de 40 %.

« Beaucoup de villes m’appellent. Les gens hésitent à reporter les travaux », mentionne Florian Lafage, directeur de l’association qui représente les fournisseurs de bitume au Québec (Bitume Québec). Selon lui, ce ne serait pas nécessairement une bonne idée puisqu’il est possible que la situation soit « pire » l’an prochain.

Par contre, cela n’a rien à voir avec le prix du pétrole, note-t-il. L’Amérique du Nord fait plutôt face à une pénurie de bitume sans précédent. « Plusieurs raffineries connaissent des difficultés d’exploitation. Il y en a même une qui a explosé au Wisconsin, poursuit-il. Dès lors, on commande du bitume par bateau en provenance d’Europe pour pallier le manque. »

L’explosion au Wisconsin est survenue en avril à la raffinerie Husky, propriété du groupe du même nom basé à Calgary. La raffinerie produisait du bitume à partir notamment des sables bitumineux de l’Alberta. La catastrophe, dont la cause demeure inconnue, avait fait au moins 11 blessés et forcé l’évacuation des 27 000 personnes vivant dans les environs.