Départ de Jonatan Julien: Labeaume tente une sortie de crise

Le maire Régis Labeaume a tenté de mettre la crise derrière lui.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le maire Régis Labeaume a tenté de mettre la crise derrière lui.
Trois jours après le départ fracassant du vice-président de son comité exécutif, le maire Régis Labeaume a tenté de mettre la crise derrière lui tout en tendant la main à Jonatan Julien pour l’inviter à réintégrer son équipe.

« C’est un gars talentueux, c’est l’histoire d’un dossier », a dit le maire en point de presse lundi.

Le dossier en question — la construction de la centrale de police — a semé la zizanie entre le maire et M. Julien la semaine dernière.

Estimé au départ à 40 millions de dollars, le coût de la nouvelle centrale de police est maintenant évalué à 72 millions. En plus, on apprenait récemment que le terrain choisi pour l’accueillir était trop petit.

Questionné par les journalistes mercredi dernier, M. Labeaume avait alors déclaré que la centrale était sous la responsabilité du vice-président du comité exécutif et que ce dernier l’avait « échappée ».

Le lendemain, alors que le maire était en mission à New York, M. Julien convoquait les journalistes pour leur annoncer son départ d’Équipe Labeaume et sa décision de siéger comme élu indépendant. « La sortie de M. Labeaume hier me concernant est injustifiée quant au fond et totalement inacceptable dans sa forme. Ce faisant, il a brisé le lien de confiance entre nous », a-t-il alors déclaré.

À titre de vice-président du comité exécutif, M. Julien était responsable des dossiers les plus costauds, soient les finances, les travaux publics, l’ingénierie et les relations de travail.

Sa version des faits
Lundi, M. Labeaume a dit aux médias qu’il avait sa propre «version des faits», mais qu’il n’allait pas la dévoiler. Il a dit qu’il avait tenté en vain de joindre M. Julien ces derniers jours, mais que ce dernier n’avait pas répondu à ses appels. 

« C’est sûr que je regrette son départ, mais c’est sa décision », a déclaré le maire en disant que sa porte restait ouverte si M. Julien souhaitait un jour réintégrer son équipe. Il a aussi laissé entendre que son ex-bras droit avait eu une réaction disproportionnée, soulignant qu’il avait déjà dit de lui-même qu’il « l’avait échappé », expression qu’il avait également déjà utilisée en parlant de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, lorsqu’elle l’avait rabroué dans le dossier d’Yves Francoeur en décembre. 

Pour l’opposition à la ville, M. Labeaume «essaie de banaliser ce qui s’est passé». «Ça démontre le genre de leader qu’est Régis Labeaume», a déclaré le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin. «C’est pas un bon leader.»

Moins virulent, le conseiller de Démocratie Québec Jean Rousseau s’est quand même inquiété de l’impact du départ de M. Julien sur la gestion de la ville. 

Pour remplacer M. Julien, M. Labeaume a nommé le président du réseau de transport, Rémy Normand, au poste de vice-président du comité exécutif et responsable des finances.

Jérémie Ernould (travaux publics, gestion des immeubles), Steeve Verret (ingénierie, infrastructures de rue) et le maire lui-même (relations de travail) se partageront les autres mandats. 

M. Labeaume a aussi indiqué qu’il allait lui-même se charger de plusieurs grands projets : le centre de glaces, le centre de biométhanisation, le nouveau marché et le projet d’agrandissement de la centrale de police qui est au cœur de cette histoire. 

Reste à savoir quel genre de conseiller indépendant sera M. Julien et quel usage il fera de toute l’information qu’il détient sur M. Labeaume, son entourage et la gestion interne de son équipe. Interrogé à cet égard, le maire n’a pas caché qu’il comptait sur sa discrétion. «Il a prêté serment, il a des informations confidentielles. C’est important, je pense que c’est un gars fair, mais peut-être que je me trompe.» La prochaine séance du conseil municipal est prévue pour lundi prochain. 

Transfert à la CAQ?
Quant au principal intéressé, il n’a pas répondu à notre demande entrevue et n’a pas repris la parole depuis sa sortie de jeudi dernier. Mais pendant ce temps, les spéculations vont bon train sur son avenir politique, d’autant plus qu’il a déjà été candidat de l’Action démocratique du Québec (ADQ) en 2003 dans la circonscription de Charlesbourg où il avait obtenu 28 % des suffrages, derrière le libéral Éric R. Mercier.

À la CAQ, nos sources indiquent que même si on souhaitait l’approcher, il serait de toute façon trop tôt pour solliciter M. Julien et qu’on préfère généralement laisser la poussière tomber en ces matières. Par ailleurs, il semble que le parti ait déjà trouvé tous ses candidats dans la région de Québec.