Qui était Guy Blouin?

Une photo est apparue mercredi parmi les fleurs et les messages à la mémoire de Guy Blouin.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une photo est apparue mercredi parmi les fleurs et les messages à la mémoire de Guy Blouin.

Dans la capitale, tout le monde a entendu parler de Guy Blouin. Mais plus d’une semaine après son décès, l’homme qui est mort happé par une voiture de police demeure presque un mystère et sa famille préfère rester dans l’ombre.

 

Le curé de l’église Saint-Roch, Jean Piché, est un peu embêté. Il s’est engagé à faire quelque chose de spécial pour Guy Blouin lors de la messe de mardi midi. Mais, comme la plupart des gens, il ignore presque tout de lui et ne connaît personne qui puisse venir en parler.

 

« Pour le moment, ce qu’on va dire à la messe va revêtir un caractère assez général. On ne peut pas inventer des détails sur sa vie si on ne le connaît pas, dit-il. On aurait préféré que des membres de la famille demandent une prière. Mais pour le moment, ils n’en ont pas demandé. Ici du moins. Peut-être qu’ils en ont demandé ailleurs, mais on n’est pas au courant. »

 

Ce sont les habitués du parvis qui lui ont demandé de faire quelque chose, explique Jean Fortin, l’homme au chapeau qu’on a vu beaucoup dans les médias ces derniers jours. « On a voulu organiser une messe commémorative pour mettre fin à l’histoire. On veut conclure pour que ça arrête un peu », dit-il en parlant des curieux et des médias qui sont désormais beaucoup plus présents que les policiers.

 

« Mardi prochain, on va en profiter en même temps pour défaire le mausolée qu’on a construit. On va inviter le monde à prendre un objet pour rentrer dans l’église et faire un petit autel. »

 

Autour de ce « mausolée », une nouvelle photo est apparue mercredi parmi les fleurs et les messages. Celle d’un homme jeune souriant qui semble dater. Lors du passage du Devoir, les habitués et témoins de l’accident n’arrivaient pas à se mettre d’accord pour dire s’il s’agissait vraiment de M. Blouin. « C’est pas le monsieur que j’ai vu à terre. Pas pantoute », nous disait l’un d’eux.

 

Jean Fortin raconte qu’il avait parlé à la tante de Guy Blouin et qu’elle s’était justement engagée à venir porter une photo. « Il n’avait pas trop l’air familial parce que ça faisait une couple d’années que sa tante l’avait pas vu », dit-il.

 

La famille, qui est restée loin des caméras, était aussi venue déposer un message près des autres au lendemain de sa mort. « Tu es parti trop tôt, on t’aime Guy. Ta famille. » M. Fortin raconte que c’est le fils du défunt qui est venu le déposer. « Il disait qu’il ne le voyait pas souvent non plus. »

 

Solitude sociale

 

La plupart des habitués de la place disent qu’ils ne le connaissaient pas. Le Devoir a néanmoins fini par rencontrer un homme qui le côtoyait régulièrement. Paul (nom fictif), 52 ans, raconte que Guy Blouin l’avait approché pour qu’il lui trouve des « peanuts » (des amphétamines).

 

Il le connaissait depuis quatre ans. « Je sais qu’il avait un dossier criminel et que les policiers arrêtaient pas de l’achaler. » Il ajoute que Guy « avait un bon travail » dans le milieu de la construction. « Il travaillait très bien, il a même pas perdu sa job. »

 

Il habitait dans Saint-Roch et venait faire son tour au parvis quand il n’avait pas de contrats. Paul le décrit comme un « gars tranquille », ce qui étonne à la lumière de ses relations apparemment très tendues avec les policiers.

 

Ils se « tenaient ensemble », mais ne parlaient pas vraiment de choses personnelles, explique-t-il. Quand même, après son décès, il est entré en contact avec la famille. « Avant-hier [lundi], j’ai parlé avec sa soeur Sylvie. Elle était traumatisée et ne voulait pas venir ici. »

 

Pour le reste, il n’en sait guère plus. Quand on lui demande quel caractère son ami avait, il répond simplement « très bon ».

 

En raison des circonstances, la mort de Guy Blouin est loin d’être passée inaperçue. Mais comme le rappelle l’abbé Piché, ce n’est pas toujours le cas.

 

« Je ne sais pas si vous le savez, mais le groupe de Gilles Kègle [l’infirmier de rue], deux fois par année, ils font des funérailles pour les gens qui sont morts sans famille, qui n’ont de liens déclarés avec personne. Ça totalise souvent 25 personnes, dit-il. Ça veut dire que chaque année, il y a 25 personnes dans les environs du centre-ville qui meurent complètement seules, ou du moins dont la famille ne se manifeste pas. »

 

La prochaine messe des oubliés organisée par la Fondation Gilles Kègle doit avoir lieu le 10 octobre prochain. Quant à la petite cérémonie pour Guy Blouin, elle aura lieu le mardi 16 septembre, pendant la messe habituelle du midi à l’église Saint-Roch, à partir de 11 h 50.

11 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 12 septembre 2014 08 h 57

    Autres informations

    Parmi les autres informations, on sait que ce type avait des problêmes de toxicomanie et qu'il aimait narquer les policiers.

    • Brian Monast - Abonné 12 septembre 2014 11 h 01

      Petit détail, dont on jugera de l’importance : un policier est payé pour être civil, pour non seulement faire valoir la loi, mais pour instituer, par sa conduite, la civilité et l’ordre. Le citoyen ordinaire ne l’est pas.

      Quand on n’est pas capable d’en faire autant, on ne reçoit pas de salaire. On *peut* alors, peut-être, narguer les policiers (même si on peut faire des lois, douteuses dans leur véritable valeur, qui l’interdisent) ; mais on ne sera pas, en ce cas, engagé et payé pour être les remparts de l’ordre.

      Un citoyen qui nargue (en admettant que le citoyen en question narguait), c’est une occasion pour un personnel policier de montrer que c’est eux qui méritent le salaire de police en faisant preuve de hauteur, même de décorum, dans la réponse. C’est sans doute d’ailleurs ce qui se fait le plus souvent ; il ne faut pas laisser les baveux effacer le mérite là où il existe. Il faut donner, par l’exemple, une raison de plus pour entrer dans l’ordre civil, non pas provoquer les individus pour les mettre à l’épreuve, pour voir s’il n’y en aurait pas qui réagiraient par des écarts de conduite.

    • Jacques Pruneau - Inscrit 12 septembre 2014 12 h 17

      Je connais aussi des accros de la Bêtise Humaine qui veulent absolument salir tout ce qu'ils peuvent.

      Ce qui nous fait michaud mifroid.

    • Steve Lenneville - Inscrit 12 septembre 2014 16 h 06

      ET ca M. Michaud ca merite de se faire happer violemment et se faire passer sur le corps avec un véhicule pas une mais 2 fois??

    • Guy Vanier - Inscrit 13 septembre 2014 07 h 06

      Monsieur Michaud,
      si j'avais fait ça a tout les policiers qui mon donnez un billlets dans ma vie, je serai en prison, ou mort depuis longtemps.

    • Luc Fortin - Inscrit 13 septembre 2014 07 h 37

      M. Michaud,

      Évitez de marcher dans les rues de Québec. J'ai circulé d'innombrables fois dans ce secteur. Après avoir vu la SQ reconstituer la scène, je redoublerai de prudence. Devrais-je éviter de me rendre au travail en marchant, courant, prenant l'autobus et opter pour la voiture afin de me protéger contre la témérité de certains policiers? Qu'un (des) policier(s) se fasse(nt) narguer doit-il justifier ce genre de comportement?

  • Richard Millette - Inscrit 12 septembre 2014 10 h 30

    Narco? Ça change quoi...

    Bon, c'était pas un homme parfait. Qui l'est?
    Preciser qu'il utilisait des drogues ça ajoute rien de pertinent à ce drame. Il a été tué par une auto patrouille qui reculait. Quand même ce n'est pas banal. Mais peu importe les circonstances, cela reste un drame humain, toujours un de trop.

    Richard Millette, Montréal

    • André Michaud - Inscrit 12 septembre 2014 10 h 52

      Oui c'est certe un drame humain, mais il faut tenter de comprendre le contexte..en attendant les conclusions de l'enquête.

    • Daniel Bérubé - Abonné 12 septembre 2014 11 h 44

      Pour certains, salir un côté de la médaille rend l'autre plus propre... mais pas assez intelligent pour se rendre compte que c'est une illusion optique. Et comme vous dites: c'était pas un homme parfait, mais qui l'est ?

      Comme il nous fut dit un jour: "Que celui qui est sans taches (péchés) lui lance la première pierre !

      Nous devons voir notre police d'aujourd'hui agir parfois comme les soldats romains de l'époque...

  • Pierre Germain - Inscrit 12 septembre 2014 13 h 24

    Pourquoi ne connaît-on pas encore les noms de policiers impliqués dans cette affaires?

    Pourquoi la SQ prend tant de temps à rendre son rapport?

    Si les personnes impliquées n'étaient pas des policiers, il y a longtemps qu'on connaitrait leur nom, et il y a longtemps que la police aurait décider ou non de porter des accusations.

    Et si les rôles avaient été inversés, i.e. un policier s'était fait écraser par une auto manoeuvrée aussi imprudemment par un non-policier, il y a longtemps que le conducteur aurait fait l'objet d'une pluie d'accusations.

    Qui peut encore objectivement faire confiance à la police, à son honnêteté? Au fait que les policiers exécutent leur travail avec discernement, empressement et désintéressement?

  • Leclerc Éric - Inscrit 12 septembre 2014 21 h 21

    Quelle était l'intention véritable du policier?

    Tout semble indiquer qu'un policier venait de la chasser d'un banc de parc où il était couché quelques minutes auparavant.

    Et quand ont regarde la reconstitution de l'accident, ont remarque que l'autopatrouille recule très rapidement en direction de la victime, sans intention véritable de s'immobiliser.

    Je suppose qu'il y a avait deux policiers à bord du véhicule impliqué; comment a réagi l'agent qui ne conduisait, pas quelques secondes avant l'impact?

    Lorsque le rapport de la SQ sera rédigé et que la direction de la police de Québec en prendra connaissance, le policier sera-t-il puni ou blanchi?